Loi Macron: quand le 49-3 ruine la majorité de gauche

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Cette fois, Manuel Valls ne l’avait pas prévu. Pourtant, il estimait connaître par le menu les coutumes et travers de ses « camarades » socialistes. Mais le Premier ministre était convaincu que les députés « frondeurs » n’oseraient pas défier jusque-là, à ce point-là, le président de la République et le gouvernement tout entier.

Qui s’abstiendra sur le projet de loi présenté par le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron ? Qui osera, parmi les députés PS, se lever et, dans un geste aussi théâtral que définitif, voter contre un texte estimé par tous « emblématique » ? Un cauchemar pour Valls, car, pointage après pointage, tractation après tractation, menaces après menaces, il n’en savait toujours rien. C’était d’autant plus jouer à pile ou face avec l’avenir de son gouvernement que Valls était également dans l’incertitude quant aux députés UMP et UDI qui viendraient à son secours.

Il en existe, certes, mais combien ? Pèsent-ils aussi lourds que les frondeurs ? A toutes ces interrogations, le Premier ministre était bien incapable de répondre avec certitude. Alors, en complicité avec le chef de l’Etat, il a choisi le passage en force, l’utilisation du fameux article 49-3, jamais utilisé depuis … 9 ans, depuis que Dominique de Villepin avait fait passer en force le fameux dispositif CPE.

Reconnaissons-le sans détours : pour Manuel Valls, l’échec politique est patent.

Les profondes divergences au sein du PS

Mais, au moins, cet affrontement éclaire-t-il, pour l’ensemble des Français, les divergences profondes qui existent au sein du parti socialiste. Divergences politiques. Divergences idéologiques. Divergences culturelles. Au point qu’on peut légitimement poser une question aussi simple qu’évidente : mais que font-ils encore ensemble ? Manuel Valls n’est évidemment pas dupe. Il sait que ce refus farouche de la loi Macron n’est qu’un prétexte. L’aile gauche du parti socialiste n’est pas sociale-démocrate, encore moins sociale-libérale. L’aile gauche du parti socialiste est simplement, clairement, radicalement … socialiste. Ce n’est plus le cas du trio Hollande-Valls-Macron qui affirme haut et fort son réformisme économique et social. Jusqu’à ce 49-3, le président de la République et son Premier ministre ont tout fait, en apparatchiks accomplis qu’ils sont, pour éviter notamment la dislocation du groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale. Eh bien, c’est chose faite et accomplie : les socialistes en tant que tels sont fracturés. A tout jamais ? Ce n’est pas impossible.

Vers une recomposition politique?

Car il y a en politique, parfois, à des moments clés ou historiques, de véritables recompositions. Il était interdit au parti socialiste de faire remarquer qu’en réalité François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron sont plus proches de François Bayrou que du député Christian Paul, leader des frondeurs, ou de Jean-Luc Mélenchon et du Parti de Gauche. Dans la novlangue socialiste, un tel propos, une telle constatation était rigoureusement interdite. C’était sacrilège. Le sacrilège désormais n’existe plus.

Il pourrait apparaître insolite que cette dislocation du parti socialiste se produise au moment précis où l’UMP n’a jamais été aussi mal en point. Or, précisément, ces deux implosions concomitantes ne doivent rien au hasard. C’est le résultat, la conséquence d’un système institutionnel à bout de souffle où la guerre des chefs, tant à droite qu’à gauche, anesthésiait tout débat politique. Le mérite, l’immense mérite des frondeurs, c’est d’avoir imposé le retour de la politique, le retour des clivages, le retour des divergences, le retour du débat d’idées. On peut comprendre que ce soir François Hollande et Manuel Valls soient fous de rage. Bien sûr, ils estiment avoir été trahis. Ils avaient sans doute perdu l’habitude qu’en Ve République, les députés ne soient pas par définition godillots. Rude leçon, en effet. Elle aura – peut-être – des conséquences bénéfiques.


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