Mario Draghi, Mario Monti, Lucas Papadémos : quand des anciens de Goldman Sachs prennent le pouvoir

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Au fond, José Manuel Barroso n’aurait-il pas raison en affirmant que les institutions européennes s’avèrent discriminatoires à son égard en pointant du doigt ses nouvelles accointances avec Goldman Sachs ? Car il semble qu’entre la sulfureuse banque US et les dirigeants de l’Union européenne, c’est une longue histoire d’amour … Jugez plutôt …

Les passerelles entre ce monstre de la finance mondiale et les milieux politiques européens sont en effet nombreuses. Certes, jusqu’à présent le passage était réalisé dans l’autre sens, s’agissant de hauts responsables de la banque placés par la suite à des postes stratégiques au sein des institutions européennes. La toile se tissant ainsi beaucoup plus discrètement.

Ainsi en septembre 2013, alors que certains restaient dubitatifs face à la politique menée par la Banque Centrale Européenne, cette dernière n’excluant pas de lancer une nouvelle opération de refinancement à plus long terme (LTRO) avec pour objectif – affiché – d’éviter que les taux du marché monétaire ne remontent à un niveau favorisant l’inflation, on était d’ores et déjà en droit de s’interroger …

La pratique d’une telle politique en zone euro pouvant permettre au final de dessiner un arbre susceptible de cacher la forêt des difficultés financières US … Voire pourrait jouer en la faveur de la monnaie américaine via son impact sur la parité euro/dollar.

Or, avions-nous préciser, si Mario Draghi est avant tout connu du grand public à l’heure actuelle en tant que Président de ladite BCE, il n’en demeure pas moins un « ancien » de Goldman Sachs, laquelle exerce un pouvoir majeur sur la finance US voire mondiale compte-tenu de ses tentacules déployées de part le monde. Autre élément de taille : les Etats-Unis se trouvaient alors de nouveau au pied du mur, ou plutôt de la falaise budgétaire, à quelques jours d’une échéance déterminante. Laquelle avait toutes les « chances » de conduire le pays – déjà alors en fort mauvaise posture économiquement et financièrement parlant – dans une nouvelle crise budgétaire.
Quelques jours auparavant, Barack Obama avait ainsi estimé que l’intransigeance de ses adversaires républicains risquait une nouvelle fois de provoquer un catastrophique défaut de paiement. Delà à ce que la politique menée par la BCE … serve au final les Etats-Unis, il n’y a peut-être qu’un pas …
Pas totalement irraisonnable d’y penser quand on sait que Mario Draghi ne fut ni plus ni moins vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe durant la période 2002-2005.
Mieux encore : devenu « associé », il est chargé des  « entreprises et pays souverains ». Une fonction qui le conduit tout droit à remplir une mission de toute première importance. A savoir : multiplier le nombre d’acquéreurs d’une pilule supposée miracle mais devenue à terme très difficile à avaler : le produit financier dénommé « swap » … lequel aura notamment pour « avantage » de permettre de dissimuler en partie de la dette souveraine. Une « solution «  de toute première importance quand il s’agit d’afficher des comptes grecs en bien meilleure santé que dans la « vraie vie ».

En février 2010, alors que certaines rumeurs laissaient entendre que des banques américaines – et non des moindres – pourraient être derrière les spéculations visant la Grèce, le New York Times affirmait de son côté que des banques de Wall Street – telles que Goldman Sachs – auraient usé d’instruments financiers complexes en vue « d’aider » Athènes à dissimuler l’ampleur de sa dette. Des montages, précisait le journal, « de même ordre que ceux qui ont été à l’origine de la crise financière outre-Atlantique ».

Selon le New York Times, citant « des personnes au courant de la transaction« , un montage élaboré par Goldman Sachs aurait ainsi permis en 2001 d’aider le gouvernement grec à emprunter des milliards. Un « soutien » qui serait intervenu quelques temps après l’adhésion de la Grèce à l’Union monétaire européenne. Sous la forme d’une transaction sur devises, et non d’un prêt, l’opération aurait pu ainsi être tenue éloignée des yeux du public. Une méthode qui en diminuant de facto le montant officiel des emprunts contractés par la Grèce aurait également trompé les régulateurs et les investisseurs sur la réalité de l’endettement du pays.

L’action de la banque américaine aurait donc permis à Athènes de respecter les règles édictées par Bruxelles en matière de déficit …. tout en continuant de vivre au-dessus de ses moyens. Goldman Sachs n’ayant rien d’un philanthrope, la banque aurait rémunéré ses « services » à hauteur de quelque 300 millions de dollars. C’est en tout cas ce qu’affirmait alors le NYT citant « plusieurs banquiers au courant de la transaction« . Moyennant le versement d’argent frais, le gouvernement grec aurait gentiment accepté de rétrocéder certains de ses revenus à venir, comme des taxes d’aéroports ou des recettes du loto.

Le journal précisait encore que début novembre 2009, une équipe de Goldman Sachs, dirigée par son président Gary Cohn, se serait rendue à Athènes en vue de lui proposer un autre montage financier, une sorte de méthode « miracle » pour s’affranchir à moyen terme du poids de la dette sociale. Le mécanisme n’ayant toutefois pas été retenu.
Certains affirmaient également alors que des banques US pourraient tirer les ficelles, histoire de plomber la zone euro. ….. et de pouvoir proposer à terme à la Grèce des emprunts à des taux prohibitifs.

Mieux encore, en novembre 2011, un article du Monde – lequel est loin d’être réputé comme un journal conspirationniste – confirmait mes « impressions » premières d’éventuelles « accointances » entre les nouveaux dirigeants italiens et grecs de cette période et les « grands » de ce monde … ou plutôt des financiers qui tirent actuellement les ficelles sur notre planète … et en tout premier lieu Goldman Sachs. Le célèbre journal révélait en effet à cette date  que le nouveau président de la Banque centrale européenne  Mario Draghi,  le nouveau Président du conseil italien Mario Monti et le nouveau premier ministre grec  Lucas Papadémos  appartenaient à ce que l’on surnomme le    »gouvernement Sachs » européen.

Si Mario Draghi fut ni plus ni moins vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe durant la période 2002-2005, Mario Monti  était à cette date quant à lui  conseiller international de Goldman Sachs depuis 2005. Le journal italien « Il Fatto Quotidiano », repris par Courrier International, parlait même de ce fait de « gouvernement Napolitano-Monti-Goldman Sachs « , rappelant alors que depuis six ans, Mario Monti était conseiller pour la banque américaine en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute.

Lucas Papadémos fut pour sa part gouverneur de la Banque centrale grecque entre 1994 et 2002. A ce titre, il a lui aussi collaboré à l’opération de falsification des comptes réalisée par Goldman Sachs.

Elisabeth Studer, le 13 septembre 2016 – www.leblogfinance.com

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