Maroc / Nigeria : lancement du projet d’extension du gazoduc d’Afrique de l’Ouest via le Sénégal

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Voilà qui pourrait bouleverser la géopolitique et l’échiquier énergétique mondial. Dans une vidéo publiée sur le compte Twitter de la présidence nigériane, le ministre des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama, a confirmé qu’un projet d’extension d’un gazoduc transafricain qui ira du Nigeria au Maroc, pour se poursuivre jusqu’en Europe, était en discussion entre les deux pays. Confirmant ainsi l’information publiée par le site marocain spécialisé Economie-entreprises. Ce projet pourrait ainsi damer le pion à la Russie, principal fournisseur de gaz de l’Union européenne.

Le chef de la diplomatie nigériane a par ailleurs indiqué qu’il s’agissait d’ un pipeline destiné au transport de gaz qui allait « traverser toute la côte ouest africaine jusqu’au Maroc et éventuellement l’Europe ».

Selon la presse marocaine, le projet d’extension jusqu’au Maroc et l’Europe était au coeur de la rencontre entre le roi du Maroc, Mohammed VI, et le président nigérian Muhammadu Buhari,  lors de sa visite officielle à Abuja les 1er et 2 décembre. Samedi, Mohammed VI et le Chef de l’Etat du Nigéria ont officialisé le lancement du projet, le contenu devant être défini après des études. Ils ont par ailleurs convenu de mettre en place un organe de coordination bilatéral.

Pour rappel, les autorités nigérianes ont déjà mis en place une pipeline gérée par la West African Gas Pipeline Company Limited (WAPCo), dont la vocation principale est  d’assurer le transport du gaz naturel depuis le Nigéria vers les marchés du Bénin, du Togo et du Ghana ». Le coût de ce gazoduc, opérationnel depuis 2010, et dont la construction avait débuté en 2005, est estimé à 974 millions de dollars.

L’objectif du projet de gazoduc entre le Maroc et le Nigeria serait donc d’étendre ce pipeline – lequel ne traverse actuellement que quatre pays ( Nigéria, Bénin, Togo et Ghana) – vers le Maroc en passant par Dakar, la capitale sénégalaise. Le projet d’extension du pipeline vers le Sénégal a  été validé par la CEDEAO ( Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest).

En août 2016, à l’occasion de l’atelier sur la validation du rapport final provisoire relatif à l’étude de faisabilité pour l’extension du réseau de gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (GAO) qui s’est tenu à Dakar, Mor Ndiaye Mbaye, Directeur de Cabinet du Ministre de l’Energie et du Développement des Energies Renouvelables du Sénégal, a indiqué que « la diversification des sources d’énergies et le recours aux énergies propres répondant aux enjeux environnementaux constituaient un défi important » pour la région et pour le Sénégal en particulier.
Il a ajouté que « les efforts déployés par le Sénégal pour améliorer sa situation énergétique ont permis entre autres de faire des découvertes importantes de gaz naturel, dont l’exploitation pourra permettre au pays de renforcer sa production d’électricité et d’exporter le gaz naturel vers les autres Etats de la région. » Face à une telle opportunité pour le Sénégal, il a salué cette initiative de la CEDEAO qui permettra selon lui de renforcer le développement du secteur énergétique dans la région.

A noter qu’étaient présents à cet atelier de validation, des experts venus des pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sierra Léon, Togo et Sénégal. Tout le monde souhaitant profiter du gâteau …

Ce projet est d’ «autant plus justifié que notre région regorge d’importantes quantités de gaz naturel dont le Nigéria à lui seul détient 90% des recettes et 30% des réserves d’Afrique, sans oublier le Ghana et la Côte d’Ivoire qui sont déjà des producteurs-consommateurs de gaz naturel», a plaidé à cette occasion Morlaye Bangoura commissaire en charge de l’énergie et des mines de la commission de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao).
En vue de conforter ses propos, il a par ailleurs invoqué «les récentes découvertes d’importants gisements de gaz naturel au Sénégal, au Niger, de même que l’exploitation prochaine de nouvelles découvertes en Côte d’Ivoire et au Ghana laissent augurer d’un avenir prometteur pour cette source d’énergie dans notre région».

Selon les propres termes du communiqué officiel, le projet tend également à favoriser l’intégration économique régionale, le pipeline devant notamment permettre d’accélérer les projets d’électrification dans la région, et devant servir de base pour la création d’un marché régional compétitif de l’électricité.

Il permettra aussi de développer des pôles industriels intégrés dans la sous-région, dans des secteurs tels que l’industrie, l’agro-business et les engrais, afin d’attirer des capitaux étrangers, d’améliorer la compétitivité des exportations et de stimuler la transformation locale des ressources naturelles.

Selon Economie-entreprises, le Maroc a déjà pu obtenir l’adhésion de plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest pour ce projet estimé à plusieurs milliards de dollars. Le média marocain affirme également que Rabat et Abuja devaient signer prochainement un mémorandum d’entente pour la construction du gazoduc.

Mohammed VI semble ainsi devancer l’Algérie, pays qui a entamé en 2002 des négociations avec le gouvernement nigérian en vue d’un projet similaire à travers le Sahel. Mais le projet est toutefois demeuré lettre morte pour des raisons de financement et de sécurité.

Rappelons que le Nigeria est un important producteur de pétrole brut et détient les premières réserves prouvées en gaz naturel d’Afrique et les septièmes au niveau mondial. Reste toutefois que le delta du Niger, zone du sud du Nigeria où se situent les champs gaziers, fait régulièrement l’objet de violences perpétrées par des groupes armés, lesquels s’en prennent aux oléoducs en vue d’obtenir un meilleur partage de la manne pétrolière. En 2016, ces attaques ont fait chuter la production de gaz et de pétrole du pays.

Sources : presse marocaine, presse sénégalaise, AFP

Elisabeth Studer – 3 décembre 2016 – www.leblogfinance.com

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