NG Biotech, le Petit Poucet frenchy des tests sérologiques devient grand

Mots-clefs : , , , , , , ,

Ils y croyaient, mais c’est toujours mieux inscrit noir sur blanc. Le week-end dernier, les équipes de NG Biotech, une PME d’Ille-et-Vilaine, avaient de quoi se réjouir. Le jeudi 21 au soir, les autorités sanitaires incluaient son tout nouveau test sérologique parmi les 23 dispositifs homologués en France. Une validation en bonne et due forme pour l’industriel– sur fond de polémique et de grand flou sur l’utilité et l’efficacité des tests sérologiques pour détecter l’immunité des personnes au Sars-CoV-2.

Baptisé du nom (si peu commercial!) NG-Test® IgG-IgM COVID-19, il est l’un des rares tests de diagnostics rapides (TDR), conçu et produit en France. Le feu vert des autorités donne un sacré coup d’accélérateur à la légitimité de l’entreprise, qui avait déjà décroché mi-mai la commande de 100.000 tests auprès de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), en plus de ceux déjà engrangés auprès des hôpitaux de sa région.

Lire aussireportage – dans ce laboratoire d’analyses, un drive pour se faire dépister du Covid-19

Des commandes – et des jobs

Fin mars, c’est la Direction générale de l’Armement (DGA) qui lui apportait un soutien d’un million d’euros. De quoi l’aider à doper sa production, alors que l’Etat et les Français rêvent de connaître la carte immunitaire du pays – surtout en cas de deuxième vague de l’épidémie. Un second site, près du premier de Guipry (Ille-et-Vilaine), démarrera bientôt. “Nous pourrons livrer deux millions de tests en juillet et le double à la fin de l’année”, promet Alain Calvo, directeur du développement stratégique. En trois mois, l’effectif de NG Biotech a doublé (70 personnes). A ce rythme, il pourrait atteindre 150 salariés à la fin de l’année.

Le Covid-19 offre décidément une belle opportunité – et un sacré coup de pub – à cette PME experte en solutions de diagnostics innovants, crée en 2012 par les immunologues Alain Calvo et Milovan Stankov, et son fils Milovan Stankov Pugès, aujourd’hui PDG. Jusqu’ici, NG Biotech évoluait surtout dans les tests sérologiques de grossesse et d’antibiorésistance. Sa tactique sur ce marché où les géants s’appellent Roche, Abbott ou bioMérieux ? “Trouver des innovations disruptives, qu’on peut étendre à d’autres domaines”, dit Alain Calvo. Ainsi, son TDR Covid-19, breveté et marqué CE, permet d’avoir un résultat en laboratoire en quinze minutes, à partir d’une goutte de sang. Surtout, il utilise le même principe “tout en un” de son test de grossesse, intégrant l’auto-piqueur et le collecteur de sang dans un même boîtier. Pratique pour tester au chevet du patient, aux urgences notamment. Et fiable : selon les paramètres d’usage pour les tests sérologiques, ce test affiche un taux de sensibilité (sa capacité à détecter même un faible taux d’anticorps) de 95 %, et de spécificité (son aptitude à distinguer les anticorps spécifiques au Sars-CoV-2 des autres) de 100 %.

Désormais autorisé à être prescrit et remboursé, le TDR de NG Biotech sera vendu entre 10 et 15 euros. Côté commercialisation, la PME a fait appel à son partenaire historique Eurobio Scientific, autre pointure tricolore du secteur, très introduit dans le milieu hospitalier. “La distribution est un facteur clé pour un acteur de cette taille”, rappelle un analyste du secteur.

D’autres projets disruptifs dans les tiroirs

Question : ce Petit Poucet, déjà présent dans 50 pays avec ses autres produits, imposera-t-il ce test hors de France ? “Les payeurs privilégieront les géants, gage de fiabilité et de capacité à fournir, tacle l’un d’entre eux. Nous, nous sommes capables de produire des millions de tests sérologiques… chaque semaine.”

NG Biotech veut y croire. Espère faire enregistrer son dispositif aux Etats-Unis – même si la FDA, dans la jungle des vrais et faux tests, vient de sacrément restreindre l’accès au marché. Surtout, elle a déjà d’autres projets dans ses tiroirs. Une version TROD (test rapide d’orientation diagnostique) du Covid-19, susceptible d’être réalisée par le médecin de ville, l’infirmière ou le pharmacien – comme il en existe pour les angines, par exemple. Ou encore un test virologique du Sars-CoV-2 par la salive, plus rapide et plus simple à effectuer que les habituels prélèvements nasaux. Avec le CEA, son allié scientifique historique, elle peaufine aussi des tests ultrarapides dans l’antibiorésistance. Battre le fer…

Challenges en temps réel : Entreprise

Partager cet article