Notre-Dame : Merci patrons !

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Le désarroi dans lequel se trouve actuellement la France a ceci de bon qu’il redonne à l’entreprise une place qu’elle n’a jamais eue. L’entreprise réhabilitée, l’entreprise valeur refuge, nous en avons rêvé. Le socle entrepreneurial est devenu aujourd’hui un repère et un recours dans de nombreux domaines.

Devant l’effroyable incendie de Notre Dame de Paris, saluons la réaction immédiate des deux grands chefs d’entreprise François Pinault et Bernard Arnault qui, les premiers, ont proposé de consacrer l’un 100 millions et l’autre 200 millions d’euros à la reconstruction de notre cathédrale en entraînant beaucoup d’autres. Des gestes symboliques qui, espérons-le, redoreront un peu l’image injuste de ces “salauds de patrons” du CAC 40 !

Le mouvement ETHIC a également lancé un appel à ses membres. Nous n’avons pas l’habitude en France de reconnaître la place et le rôle du mécénat, reléguant souvent celui-ci à une forme de ” charité ” dont les riches feraient preuve pour se dédouaner d’avoir gagné de l’argent. Evidemment, les extrémistes de toujours ont beau jeu de dire que ces dons sont une aubaine fiscale, que c’est ” juste de la com’ “, que c’est l’argent qui n’a pas été versé pour sauver des vies humaines… Les réseaux sociaux touchent les bas-fonds des âmes noires.

Symbolique et fort aussi de constater la volonté croissante des entreprises de s’impliquer dans ce qui touche à la collectivité, bien au-delà de leur objet social (pas besoin de Loi pour ça). Sur un plan sociétal, les entreprises ont également pris un tournant qui consiste à poursuivre des objectifs en matière de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) et au-delà pour certains. Les directions d’entreprise s’impliquent de plus en plus dans le bien-être quotidien des salariés, on a beau continuer de brandir le spectre du burn-out, la prévention en la matière est réelle. On peut bien sur se moquer de ces efforts de recherche de bien-être et même de confort ou de plaisirs ludiques, comme l’a fait Nicolas Bouzou dans son livre L’entreprise inhumaine car, certes le babyfoot n’est pas l’eldorado du salarié et le management laisse à désirer, mais on ne peut pas critiquer les efforts pour améliorer la qualité de vie au travail des collaborateurs en s’en moquant, même si cela passe par de petits agréments du quotidien qui peuvent paraître insignifiants (massages au travail, pots, aide pour arrêter de fumer, afterwork, sport, etc.)

La crise des gilets jaunes a d’ailleurs étonnamment épargné de sa vindicte l’entité que représente l’entreprise, peut-être parce que l’on comprend enfin que le pouvoir d’achat, s’il dépend évidemment du salaire, n’a rien à voir avec ce que pourrait être un salaire brut allégé des prélèvements et charges. Un vrai sujet (à suivre).

Un espoir collectif inattendu

L’entreprise devient aussi fer de lance de la formation professionnelle, devant l’incapacité de l’Education Nationale au sens large à former des jeunes aux emplois dont nous avons besoin. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à créer leur propre école de formation, que ce soit pour une entreprise de produits de beauté avec son école Guinot Académie, l’École hôtelière de Paris avec le CFA MEDERIC ou encore l’École de Paris des Métiers de la Table, sans parler bien sûr de tout l’univers du luxe comme Hermès qui forme les artisans aux arts de la main.

Non, les entreprises ne refusent pas de créer de l’emploi, encore une fausse accusation qui tombe, non elles ne licencient pas par plaisir elles sont bien au contraire en demande de candidats et en recherche de croissance, elles veulent recruter plus et mieux, entre autres en tentant de faire tomber les seuils qui limitent de fait la masse salariale.

Saluons enfin ces jours-ci, la multiplication d’entreprises citoyennes et le Président et fondateur du groupe Paprec ou encore Michel Hervé (fondateur du groupe Hervé) tous deux signataires du manifeste ” Europe : Je Vote !”, car nombreux sont les patrons qui appellent leurs collaborateurs à se rendre aux urnes à l’occasion des élections européennes 2019. Il faut souligner cette mobilisation d’autant plus importante qu’elle est bien sur apolitique et nous rappelle que l’Europe est l’affaire de tous.

C’est donc bien un espoir collectif inattendu que cette prise en charge de la collectivité par les entreprises. Un élan encore renforcé par l’incendie qui a embrasé le cœur des Français, peut-être l’ébauche d’un changement d’état d’esprit tant espéré qui fleurit dans ce printemps de toutes les anxiétés. A quelque chose malheur est bon…

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