NOVACYT : Novacyt ou le parcours inédit d'un phénix du secteur biotech

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(BFM Bourse) – La société franco-britannique a accompli l’impossible en Bourse : remonter une chute de 99%. Première en Europe à avoir commercialisé un test moléculaire de détection du coronavirus, Novacyt devrait voir ses revenus plus que décuplés cette année.

N’importe quel titre, même des entreprises réputées les plus solides, connaît des chutes et des rebonds. Mais les actionnaires de CGG, Solocal ou Technicolor sont bien placés pour le savoir: à partir d’un certain seuil de baisse, la pente à remonter est quasi-impossible à escalader. Autant renoncer à l’espoir de retrouver les sommets pour ces trois actions dont la chute tangente depuis longtemps les 99%…

Ce fut aussi le cas pour Novacyt, relégué l’an dernier au fin fond du classement boursier, en n’ayant pas connu un seul exercice de progression depuis son introduction en 2012. C’est dire si plus personne ne pariait sur le dossier… jusqu’à la diffusion au monde entier d’un certain virus originaire de Chine.

Avec un rebond de plus de 7.000% à ce stade depuis début 2020, Novacyt a réussi l’impossible : remonter à son meilleur niveau d’il y a huit ans. Pour bien mesurer l’exploit que cela constitue, il faut bien comprendre que cela implique d’atteindre une capitalisation 26 fois supérieure à ce qu’elle était à l’époque. En effet, faute de capacité bénéficiaire jusqu’ici, l’entreprise s’est financée à coups d’augmentations de capital et d’émissions d’obligations convertibles. De sorte que son capital a enflé, depuis 2.707.462 actions à l’origine (soit une capitalisation de 21,9 millions d’euros sur la base du prix d’introduction de 8,10 euros) jusqu’à 70.626.248 actions actuellement ! Il a donc fallu que la capitalisation boursière remonte à 572 millions d’euros pour retrouver un prix facialement équivalent.

Depuis ce palier atteint le 7 octobre, le cours a poursuivi son ascension verticale, battant record sur record. Quelques jours plus tard, Novacyt ignorée de la plupart des investisseurs fin 2019 encore est même devenue la première capitalisation du secteur des “biotechs”, loin devant d’anciennes vedettes comme DBV, Innate ou Genfit (des entreprises qui ont un temps fait partie de l’indice SBF 120).

Si l’effet coronavirus et l’explosion de la demande de tests expliquent largement ce redressement, la société tire aussi profit d’une transformation silencieuse mais radicale de son profil. Retour en arrière.

Durant l’année 2005, l’entreprise est incubée au Genopole d’Évry pour exploiter les brevets déposés par son fondateur, le docteur Éric Peltier, dans le domaine de la cytologie en milieu liquide. La cytologie est une spécialité de laboratoire qui se fonde sur l’analyse morphologique de cellules dans un but de dépistage ou de diagnostic, sans passer par une biopsie invasive mais en réalisant un prélèvement par simple frottis. La majorité des examens cytologiques reste d’ailleurs lié au dépistage (notamment du cancer du col de l’utérus) à partir d’un frottis vaginal. Mais les techniques d’examen classiques où l’on dépose le prélèvement sur lame de verre laissent en fait à désirer car elles abîment souvent les cellules à examiner. D’où la technologie mise au point par M. Peltier, une solution de cytologie en milieu liquide entièrement automatisée et sécurisée appelée NovaPrep Processor System, qui reçoit en 2006 le premier prix du Concours National de la création de jeunes entreprises innovantes. C’est alors la création de Novacyt, qui pendant ses deux premières années est monopolisée par le développement de la solution. NovaPrep est commercialisé à partir de 2008 tout d’abord s’adressant à la gynécologie, avant l’introduction en 2011 de nouvelles applications (cytologie de la thyroïde, poumon, urines).

Mi-2012, sans aucune force commerciale et malgré la concurrence de deux acteurs majeurs américains, Hologic et Becton-Dickinson, Novacyt revendique 68 appareils vendus et plus d’un million de tests réalisés depuis sa création. Encouragée par ces débuts, la firme tente l’aventure de la Bourse et lève 2,6 millions d’euros en s’introduisant sur Alternext (Euronext Growth). Un montant destiné à la poursuite des efforts de recherche et développement, afin de proposer de nouveaux produits, et professionnaliser la partie commerciale. “Si la société dispose de moyens financiers suffisants, elle devrait enregistrer une forte croissance de son activité au cours des prochaines années”, avançait tout simplement Novacyt dans son document de base.

L’année suivante, les revenus ne décollent pas vraiment. C’est avec une première fusion en 2014 que le groupe franchit un pallier. La société fusionne avec Lab21, spécialiste du diagnostic en oncologie et dans les maladies infectieuses. Le nouvel ensemble bénéficie d’un portefeuille de tests élargi et conjugue les capacités R&D, côté Novacyt, et l’infrastructure commerciale, les unités de production et le réseau de partenaires de Lab21. Au terme de l’opération, la direction générale est confiée à Graham Mullis, le patron du groupe britannique, tandis qu’Eric Peltier devient responsable de l’innovation du nouveau groupe.

En 2016, Novacyt annonce l’acquisition pour 13 millions d’euros d’une autre société britannique, Primer Design. Cette société privée de diagnostic moléculaire basée en Angleterre, est spécialisée dans la création, la fabrication et le marketing de kits de test en temps réel, réactifs et instruments, à partir d’une technologie peu connue à l’époque dite d’amplification en chaîne par polymérase ou… PCR.

Les perspectives dans ce domaine apparaissent rapidement prioritaires et amènent la société à revoir sa stratégie pour NovaPrep. Renonçant à commercialiser en direct, la direction confie à un distributeur, Microm Microtech, les droits exclusifs de distribution de cette plate-forme ce qui lui permet de réduire ses coûts. Dans la foulée, le fondateur met fin à son mandat au sein du Conseil d’Administration et quitte la société. En 2017, Novacyt renforce son ancrage britannique avec une introduction au segment AIM du London Stock Exchange (sous le code NCYT) en levant 9,7 millions d’euros supplémentaires.

En 2018, alors que les tests PCR se développent de façon plus convaincante, le groupe décide de revendre l’activité NovaPrep, considérant que sa popularisation nécessiterait des investissements trop importants. La plate-forme originelle de Novacyt est ainsi cédée pour… 400.000 euros (plus une redevance de 10% des ventes dans certains pays) à Algimed, fournisseur d’équipements pour laboratoires d’analyses cliniques et alimentaires.

Puis fin 2019-début 2020, la région du Wuhan en Chine est à l’origine d’une épidémie d’un nouveau coronavirus respiratoire, désigné 2019-nCoV. Alors que moins de 10.000 infections ne sont encore comptabilisées à l’échelle mondiale, l’OMS annonce dès janvier 2020 une urgence de santé publique de portée internationale. De son côté Novacyt annonce le lancement via Primerdesign d’un test -le premier en Europe- capable de détecter uniquement la souche 2019 du virus, à la différence des autres tests, “moins spécifiques et qui peuvent également réagir à d’autres espèces apparentées, donnant lieu à un faux diagnostic”.

Constatant une demande importante, avec une dizaine de pays dès le départ, le directeur général observait combien les clients du groupe avaient “besoin de solutions de diagnostic rapides et fiables dans des moments tels que ceux-ci”, et espérait pouvoir “contribuer à stopper” la propagation inutile du virus grâce à ce test capable de “générer un résultat en moins de deux heures, ce qui signifie que tous les échantillons peuvent être analysés rapidement”.

Malheureusement, toute la planète est depuis aux prises avec le coronavirus qui a provoqué plus d’un million de décès et mis à genoux les principales économies. La pandémie du Covid-19 a eu en parallèle pour effet de mettre Novacyt sur le devant de la scène grâce à un ensemble de solutions de diagnostic moléculaire in vitro qui connaissent un succès mondial. Le groupe a considérablement augmenté sa base de clientèle, s’est forgé une solide réputation de performance pour ses produits et a établi de nombreux nouveaux partenariats stratégiques importants.

Cette assise solide, combinée à une performance financière impressionnante, a permis un changement complet d’envergure au cours du premier semestre 2020, conséquence directe du succès qui se poursuit du portefeuille de produits pour la Covid-19 (croissance de plus de 2.000% des revenus de PrimerDesign à 70,6 millions d’euros, contre 3,3 millions d’euros au premier semestre 2019).

Novacyt a profité de cette manne de revenus pour rembourser d’un coup, en juin dernier, l’intégralité de ses dettes d’un montant total de 7 millions d’euros. Et le groupe s’attend à une croissance encore plus forte au deuxième semestre, ce qui devrait conduire à comptabiliser pour l’ensemble de l’exercice un chiffre d’affaires d’au moins 150 millions d’euros.

Guillaume Bayre – ©2020 BFM Bourse

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