Pétrole Brent : Face à la crise sanitaire, l’Opep tente d’enrayer la chute des cours de l’or noir

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(BFM Bourse) – Tombés au plus bas depuis plus d’un an en fin de semaine dernière après avoir lâché autour de 30% depuis fin janvier, les cours des références mondiales de pétrole brut subissent les craintes d’un effondrement de la demande en raison de la propagation du Covid-19. Les membres de l’Opep tentent de s’organiser pour faire face à cette situation… mais des dissension demeurent entre les poids lourds de l’alliance.

Un casse-tête. Voilà à quoi se trouvent confrontés les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui vont de nouveau se réunir en session “extraordinaire” à Vienne jeudi et vendredi, pour tenter d’enrayer la chute des cours de l’or noir. Extraordinaire puisque ce sommet va se tenir seulement trois mois après le précédent, contre le double en temps normal. Les ministres des pays membres du cartel s’étaient en effet quittés début décembre dernier, en actant une baisse de leur production de 500.000 barils par jour (bpj), à laquelle vient s’ajouter une contribution “volontaire” de 400.000 barils de Ryad, qui s’additionne aux 1,2 million décidés fin 2016 et reconduits depuis, avec la volonté (déjà) de soutenir les cours. Moscou, associée à l’Organisation via l’accord Opep+, est quant à elle plus réticente et dispose d’une restriction plus réduite de 70.000 bpj, malgré un niveau de production légèrement plus élevé que Ryad.

Ces efforts ont brièvement fait rebondir les cours du brut, qui ont respectivement grimpé à 60 (WTI) et 65 dollars (Brent), avant de repiquer du nez depuis l’émergence du coronavirus. À l’instar des principaux indices boursiers, les cours des barils d’or noir ont nettement corrigé la semaine dernière, jusqu’à tomber sous le seuil des 50 dollars pour la référence européenne et sous 45 dollars pour le “light sweet crude texan”.

S’ils ont profité du rebond d’envergure des indices US (+5,1% pour le Dow) pour reprendre un peu de hauteur lundi -la première séance de hausse après six baisses consécutives- (+4,4% à 46,75 dollars pour le WTI et +4,5% à 51,90 dollars pour le Brent à Londres), les cours restent sous pression et la poursuite du rebond dépendra de la réussite du sommet.

L’Arabie saoudite et la Russie en première ligne

Réuni en session “extraordinaire” dès le début du mois de février, le comité technique conjoint (JTC) de l’Opep+ (alliance qui réunit les 14 pays membres de l’Opep et leurs 10 partenaires avec la Russie en chef de file) avait recommandé une coupe supplémentaire de la production de 600.000 barils par jour afin de contrer “l’épidémie de coronavirus en Chine et son incidence potentielle sur le marché” pétrolier, selon un tweet de l’organisation. Mais pour Craig Erlam, analyste chez Oanda, “ce ne sera pas suffisant”. La Chine, très gourmande en or noir, est toujours enlisée dans une vaste crise sanitaire, et le virus se propage désormais hors de ses frontières. Jeudi, le Financial Times rapportait que l’Arabie saoudite souhaitait porter l’effort commun supplémentaire à 1 million de barils par jour.

Et c’est là que le bât blesse, pour la Russie, dont les responsables soufflent le chaud et le froid. De fait, si le ministre de l’Energie Alexandre Novak a fait part, jeudi, aux agences de presse russes de sa volonté de “coopérer davantage (…) dans le cadre des relations multilatérales de l’Opep+”, Vladimir Poutine a estimé dimanche que “le niveau actuel des prix du pétrole est acceptable” car toujours au-dessus des “42,4 dollars le baril de Brent utilisés comme niveau de base (pour calculer le budget, NDLR) dans le cadre de notre politique macroéconomique”.

De l’autre côté, Ryad et son ministre de l’Energie Abdel Aziz ben Salmane, demi-frère du puissant prince héritier Mohammed ben Salmane, tablent plutôt sur le double, a expliqué à l’AFP Bjarne Schieldrop, analyste en chef des matières premières chez SEB Merchant Banking.

L’Opep en train de perdre la main sur le marché?

Si l’Arabie saoudite montre déjà l’exemple puisqu’elle assume à elle seule un tiers de la précédente coupe de 500.000 bpj, soit davantage que les trois pays suivants, les Emirats arabes Unis (60.000 bpj), le Koweït (55.000 bpj) et l’Irak (50.000 bpj) additionnés, la politique de limitation de la production est à double tranchant. Devant une offre croissante des pays non membres de l’Opep, dont les Etats-Unis qui ne se privent pas de pomper à des niveaux records malgré le ralentissement du pétrole de schiste, les coupes décidées par l’Opep+ restreignent la part de marché du cartel et son emprise sur le marché mondial de pétrole.

“Acter de nouvelles coupes dans la production est un véritable casse-tête pour l’Opep qui a récemment vu sa part de marché tomber à un niveau historiquement bas de 35%” avertit Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote Bank.

En outre, tous les pays membres de l’Opep ne participent pas à l’effort commun. L’Iran, du Venezuela et de la Libye en sont tout simplement exemptés, leurs situations politiques et économiques internes étant déjà des fardeaux jugés suffisants par leurs partenaires. Sous le coup des sanctions américaines, Téhéran a par exemple vu sa production baisser de 40% en deux ans, quand Tripoli subit une division par dix de ses extractions depuis plusieurs semaines du fait des blocages des terminaux pétroliers par les forces loyales au maréchal Haftar, dans l’est du pays.

Enfin, cela fait plusieurs années que les autorités vénézuéliennes ne publient plus de données sur la situation macro-économique du pays tant celle-ci est catastrophique. Le pays sud-américain qui dispose des réserves d’or noir prouvées les plus importantes du monde a vu sa production chuter à 700.000 bpj en moyenne en 2019, contre 2,4 millions de bpj en 2013, à force de retarder les investissements dans son appareil productif. Des discussions seraient en cours avec le russe Rosneft, l’espagnol Repsol et l’italien Eni -à qui l’administration Maduro veut céder une partie des actifs pétroliers du pays- pour moderniser l’appareil productif.

Étau

Dans le contexte actuel, chaque ralentissement de la croissance mondiale pénalise la demande en brut et accentue le surplus du marché de l’or noir. Or, l’OCDE a ramené lundi sa prévision planétaire pour 2020 de 2,9% à 2,4%. Et de son côté, l’Agence internationale de l’énergie a révisé en baisse ses attentes concernant la croissance de la demande de brut pour 2020, attendue désormais à 825.000 barils par jour, au plus bas depuis 2011, sous l’effet des conséquences “significatives” du coronavirus.

Ce déséquilibre entre une demande qui s’affaisse et une offre toujours pléthorique est encouragé par des pays non membres du cartel comme les Etats-Unis, premiers producteurs mondiaux qui pompent à un niveau record, suivis par le Brésil, la Norvège ou encore le Guyana.

Il pèse sur les prix et resserre l’étau dans lequel est pris l’Opep, qui n’a devant elle que des solutions imparfaites. Une coupe franche soutiendrait les prix, mais elle réduirait d’autant sa part de marché; et une coupe plus timorée pourrait rassurer le marché seulement “un jour ou deux”, estime Robert Yawger, de Mizuho, interrogé par l’AFP.

En attendant la décision de l’Opep, les cours des barils de pétrole brut, dans le sillage des places boursières européennes, poursuivent leur rebond mardi matin. À 11h30, le Brent reprend 2,85% à 53,38 dollars et le WTI 3,38% à 48,33 dollars.

(avec AFP)

Q. S. – ©2020 BFM Bourse

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