Pétrole Brent : Pourquoi le prix du baril de pétrole a reculé de plus de 10% en un mois

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(BFM Bourse) – Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre cède de nouveau du terrain ce mardi et se rapproche des 75 dollars. Sur un mois, la baisse s’élève à plus de 10%. Celle-ci va-t-elle se poursuivre ? Et si oui, jusqu’à combien ? Éléments de réponse.

Alors qu’une pétition contre la hausse des prix à la pompe a atteint les 500.000 signatures en France, le cours du baril de pétrole, lui, recule sensiblement depuis son plus haut des quatre dernières années atteint le mercredi 3 octobre dernier (86,74 dollars pour le Brent). À 18h15 ce mardi, ce même baril pour livraison en décembre se négociait à 75,61 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, soit 1,63% de moins que la veille. Par rapport au 3 octobre, la chute est de près de 12,8%.

À quoi cette baisse conséquente peut-elle être imputable ? La crise vénézuélienne, avec une production en chute libre, et les sanctions américaines contre l’Iran, avaient joué à la baisse sur l’offre et donc poussé à la hausse les cours du baril. Mais l’annonce récente de l’Arabie Saoudite qui souhaite augmenter sa production ainsi que les prévisions de ralentissement de la croissance mondiale qui menacent la demande et la hausse des stocks de brut américain, entre autres, le font de nouveau reculer.

Les inquiétudes sur la croissance mondiale menacent la demande

À 18h15 ce mardi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre valait 75,61$ (-1,63% par rapport à lundi) tandis que le baril de « light sweet crude » (ou « WTI« ), pour la même échéance, perdait 0,98% à 66,0$ dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). Pour les analystes de JBC Energy, « la faiblesse des prix du pétrole depuis lundi est probablement due à un marché frileux, alors que certains parient sur de nouvelles taxes américaines sur les importations chinoises ». Des tensions commerciales persistantes qui pourraient peser sur la croissance mondiale, et donc sur la demande de pétrole.

Un avis partagé par les analystes de Mirabaud qui estiment que « les inquiétudes sur la croissance mondiale occupent davantage l’esprit des investisseurs que les interrogations autour du retour des sanctions sur le pétrole iranien ».

Du côté de l’offre justement, Washington appliquera ses sanctions contre les exportations de pétrole iranien à partir de la semaine prochaine. Les pays consommateurs se sont déjà adaptés à cette nouvelle donne. « Les importations japonaises de brut iranien sont tombées à 132.000 barils par jour en septembre, contre 190.000 barils en septembre 2017 », notent ainsi les analystes d’ING. Et d’autres clients de l’Iran, troisième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), se détournent de son offre pour éviter de s’attirer les foudres de Washington. « L’Arabie saoudite a promis aux États-Unis de garder des niveaux de productions élevés pour compenser cette perte de l’offre » relève Fiona Cincotta, analyste chez City Index, ce qui « empêche des achats frénétiques sur le marché » selon elle.

Un « prix sain » compris entre 60 et 75 dollars pour le baril de WTI ?

Pour Bob Dudley, le patron de BP (l’un des six « Supermajor » pétroliers au monde avec Total, ExxonMobil, Shell, ConocoPhillips et Chevron Texaco), il existe « un prix sain » pour le pétrole, qui correspond à un équilibre entre pays producteurs et consommateurs. Celui-ci serait compris entre 50 et 65 dollars le baril de WTI. Un baril à 80$ ne serait donc pas bon pour la santé de l’économie mondiale. Un raisonnement que partagent Donald Trump, le Fond monétaire international (FMI) ou encore l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Pétrole cher et dollar fort pénalisent les pays émergents

Basée à Paris, cette dernière observait dans son dernier rapport daté du 12 octobre dernier, que « la demande et l’offre sont toutes deux proches de nouveaux pics historiques (baptisés « Twin Peaks », ndlr) de 100 millions de barils par jour ». L’AIE notait également que « l’énergie chère [était] de retour » et que c’était susceptible de peser sur la croissance, notamment celle des pays émergents.

De fait, les économies en développement comme l’Inde, l’Afrique du Sud ou la Turquie connaissent les prix de l’essence les plus élevés de leur histoire parce que leurs devises se sont rapidement dépréciées par rapport au dollar américain, alors même que les prix du pétrole (libellés en dollars) augmentaient. Le dollar restant fort, les pays exportateurs d’or noir -États-Unis en tête- ont tout intérêt à ce que le cours du baril diminue pour pouvoir continuer à le vendre.

« Je pense qu’on va continuer de varier entre 65 et 75 dollars. On a des pressions et des vents contraires persistants avec d’un côté les sanctions contre l’Iran et de l’autre des craintes concernant la vigueur économique mondiale » juge pour sa part John Plassard, spécialiste de l’or noir pour Mirabaud Securities.

Quentin Soubranne – ©2018 BFM Bourse

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