Placements: comment se constituer un patrimoine à partir de rien?

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Certes. La liste des produits d’épargne se révèle actuellement aussi longue que complexe à décrypter et les arbitrages pour tenter de trouver le placement le plus adapté à sa situation ne constituent en rien une mince affaire. Encore plus compte tenu des taux bas qui font que les livrets d’épargne, notamment, ne rapportent plus grand-chose si ce n’est rien une fois pris en compte l’inflation.

En outre, parce que chaque profil d’épargnant est différent et que les stratégies d’investissement dépendent du patrimoine, de l’appétence au risque et de la vision à plus ou moins long terme de chacun, il n’existe pas de placement “miracle” adapté à toutes les situations.

Pourtant, tel que le souligne Albert d’Anthoüard, directeur de la clientèle privée au sein de Nalo, il est aujourd’hui tout à fait possible de se constituer doucement mais sûrement un patrimoine financier et immobilier sans aucune mise de départ. A condition, insiste-t-il, non plus de forcément raisonner dans une logique de placements spécifiques mais en respectant une seule et unique règle de base: celle de “travailler”.

En partant de ce postulat, l’expert – qui aime à rappeler que “les bons coups n’existent pas” – précise qu’il est, dans l’absolu, toujours vivement conseillé de mettre un peu d’argent de côté chaque mois. “Consommer constamment est une erreur”, souligne-t-il. “Si l’on souhaite se créer un patrimoine, le corollaire c’est de cesser d’avoir un cerveau de consommateur né. Il faut arrêter de consommer à tout va, parce que l’argent que l’on ne dépense pas, on peut l’épargner”. Sauf que de l’avis d’Albert d’Anthoüard, épargner pour épargner, qui plus est, sur des livrets ne rime à rien. “Il importe d’épargner avec des objectifs précis et de s’y tenir”, maintient-il. Voici donc, concrètement, comment procéder à chaque étape de la vie.

A 20-30 ans: épargner pour se constituer un premier pécule

Lorsque l’on démarre dans la vie active – ou même avant dans la mesure du possible – l’une des priorités, pour nombre de ménages, repose sur le fait de se constituer un apport pour pouvoir, quelques années plus tard, investir dans l’immobilier et acheter un premier logement. Pour parvenir à cette fin, et après avoir évalué vos charges incompressibles, vous pouvez commencer à placer entre 10 et 30% de l’argent en “surplus” sur des livrets d’épargne.

De son côté, Albert d’Anthoüard préconise de s’orienter davantage vers l’assurance-vie. “L’idée, c’est d’épargner, dans une allocation spécifique pour ce projet et avec une sécurisation progressive, en vue de réunir la somme nécessaire pour être en mesure de s’acquitter au moins des frais de notaire”, souligne-t-il. Lesquels frais sont estimés, selon lui, en moyenne en France, entre 15.000 et 20.000 euros pour un bien de 40m2.

Pour une assurance-vie, certains établissements proposent par exemple des solutions pour placer à partir de 50 euros par mois. En dix ans, placer 50 euros par mois vous permettra d’accumuler un capital de 6.000 euros, sans compter les intérêts et l’argent générés par ce dernier. Ce ne sera pas nécessairement suffisant pour un apport dans le cadre de l’achat d’un logement. Mais cela vous permettra d’avoir un capital à placer autrement. Ainsi, si l’achat d’un logement paraît inabordable ou trop lointain, vous pouvez également miser sur des SCPI (sociétés civiles de placement immobilier), ce qui est généralement intéressant à partir de 5.000 euros, surtout que vous pouvez gonfler votre investissement au moyen d’un emprunt. De même, investir dans une place de parking permet d’avoir besoin d’une mise de départ plus faible, de l’ordre de 10.000 à 20.000 euros. Là encore, pas besoin de disposer de ce montant en cash, grâce à l’effet de levier d’un prêt.  

Bien sûr, il n’y a pas que la pierre. Les actions affichent par exemple un rendement plus conséquent sur le long terme, pourvu qu’on ait une stratégie claire en tête et qu’on s’y tienne.

A 30-50 ans: diversifier ses placements

Durant cette période, les épargnants commencent à être propriétaires de leur résidence principale. Ils ont parfois commencé à économiser pour les études de leurs enfants et/ou pour acheter un autre bien d’ici quelques années. Pour Albert d’Anthoüard, “l’un n’empêche pas l’autre. Il s’agit d’une phase d’épargne-investissement importante. Lorsque l’on est en couple, on peut par exemple économiser la somme correspondant aux frais de notaire deux fois plus vite. L’idée c’est de toujours investir dans l’immobilier en souscrivant un crédit et d’apporter le moins de cash possible. Cela revient tout simplement à jeter l’argent par les fenêtres. De l’argent qui pourrait plutôt être investi dans une assurance-vie au travers d’allocations personnalisées pour chaque projet”, estime-t-il. Pour quelle raison? Parce que selon le directeur de la clientèle privée de Nalo, il est important si ce n’est primordial de profiter de “l’effet de levier”. Soit le fait de réaliser un investissement via un emprunt qui, une fois remboursé et avec les loyers, rapportera davantage que ce qu’il a coûté à rembourser.

Une phase d’épargne-investissement qui, selon lui, se révèle d’autant plus importante dans la mesure où les prestations sociales de l’Etat providence sont de plus en plus sous contraintes budgétaires. D’où l’intérêt d’anticiper pour préparer son avenir.

Durant cette période, il peut également s’avérer intéressant de se constituer un portefeuille diversifié (afin de limiter les risques) en investissant, par exemple dans la pierre-papier (SCPI, OPCI, etc.) mais également en Bourse. Le tout, avec l’accompagnement de votre de banque ou d’un gestionnaire d’actif agréé par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Ces derniers vous proposeront – en fonction de votre projet et de vos revenus – différentes enveloppes d’investissement.

Selon les situations, des supports comme l’assurance-vie ou encore le nouveau Plan d’Epargne Retraite (PER) issu de la loi Pacte pourront également vous être suggérés. Si vous pouvez vous le permettre, vous avez également la possibilité d’opter pour un plan d’épargne en actions (PEA) qui vous permettra de vous constituer, sur le long terme, un portefeuille d’actions investies directement ou bien au travers de fonds (le tout en bénéficiant d’une fiscalité avantageuse). A noter cependant que ce type d’enveloppe n’est pas dénuée de risques (vous ne pouvez y investir qu’en actions européennes, le risque est donc concentré sur une unique classe d’actifs et une seule zone géographique) et qu’il s’agit d’un placement à considérer sur le long terme (sur au moins dix ans).

A 50-65 ans: réduire ses impôts et préparer sa retraite

A partir de 50 ans, l’une des grandes priorités des épargnants consiste à préparer leur retraite en faisant en sorte de réduire – tant que faire se peut – leur imposition. Des enveloppes comme le PER ont l’avantage de répondre à cette double ambition. Et ce, dans la mesure où les versements réalisés sont déductibles de vos revenus imposables dans la limite de 10% chaque année (pour rappel, plus votre taux marginal d’imposition est élevé, plus le montant de la déduction est importante). L’avantage de ce support tient au fait qu’une fois à la retraite, vous pouvez récupérer votre épargne soit sous la forme d’un capital versé en une ou plusieurs fois, soit sous forme de rente.

Prudence cependant car, selon les instances financières via lesquelles vous passerez, des frais de gestion et de sortie plus ou moins importants seront appliqués.

Pour sa part, Albert d’Anthoüard insiste sur la nécessité de continuer à économiser en vue de préparer sa retraite. A ce titre, il conseille, “de commencer le plus tôt possible et de ne pas se réveiller à 60 ans, même s’il n’est jamais trop tard”, insiste-t-il. Il propose de tabler sur l’assurance-vie pour effectuer vos versements mensuels afin de récupérer votre mise (en rente ou en capital) au moment de la retraite.

“Il faut se tourner vers les offres qui vous permettent une personnalisation optimale. Votre voisin n’aura pas les mêmes problématiques de retraite que vous. Or, ans beaucoup d’établissements vous pourriez être pourtant géré comme lui”, assure l’expert.

A 65 ans et plus: faire un point sur son épargne et rééquilibrer son patrimoine

Une fois votre retraite venue, l’heure est au bilan. Les conseils, à l’instar du directeur de la clientèle privée de Nalo, recommandent de “faire un point précis afin de vérifier que toute votre retraite vous sera bien versée”, insiste Albert d’Anthoüard. “Il faut bien se renseigner sur les revenus auxquels vous avez droit. Il convient de faire un vrai point avec un spécialiste”. Pourquoi? “Parce qu’un tiers des retraités ne perçoivent pas les bons montants. C’est considérable. Il faut donc vérifier que rien n’a été oublié et le faire, si possible, au moins deux ans avant votre départ à la retraite”.

En outre, poursuit-il, “il est nécessaire de faire un point récapitulatif sur votre épargne ainsi que sur votre patrimoine immobilier. C’est le moment de voir ce qu’il est préférable de vendre ou de conserver. Au moment de leur revente, certains biens immobiliers détenus depuis longtemps peuvent être exonérés de fiscalité sur les plus-values réalisées. Il est donc important, à ce moment, de rééquilibrer son patrimoine avec la perspective des 20 années à venir. Sera-t-on en mesure de le gérer deux décennies plus tard? Forcément, la question de la dépendance doit être posée et des précautions d’épargnes prises. Cela peut-être aussi le moment de revoir son régime matrimonial en vue de protéger son conjoint et prémunir ses enfants”.

Au final, si vous souhaitez vous constituer un patrimoine sans aucune mise de départ (et ce, quel que soit votre âge), il est préférable de demeurer “classique” dans votre approche d’investissement et d’éviter des placements à risques ou atypiques à l’instar des crypto-monnaies, des diamants, du vin, ou encore des forêts.

Enfin, Albert d’Anthoüard recommande vivement d’éviter les niches fiscales immobilières – lequel rappelle que “l’investissement, c’est investir et non faire de la réduction fiscale”, l’Etat se servant selon lui de la fiscalité pour “réorienter l’épargne”. D’ailleurs, selon un rapport remis récemment au gouvernement, un investissement dans le Pinel n’est pas rentable dans la moitié des cas étudiés. D’où l’importance de bien faire attention à tous les paramètres avant de se lancer, comme nous l’expliquons dans notre guide sur le sujet.

Albert d’Anthoüard insiste également sur la nécessité de toujours investir “au travers d’une approche par âge”. L’idée, conclut-il, “c’est de mettre en place une stratégie à court ou à long terme et de la déployer en fonction de son patrimoine, de son profil et des échéances de ses projets”.

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