Pour les biotechs, la Bourse est un sésame précieux mais difficile d’accès

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(BFM Bourse) – Les entreprises innovantes dans le domaine de la santé arrivent à se financer facilement… une fois qu’elles sont en Bourse mais la difficulté est pour elles d’y parvenir, ont constaté vendredi des acteurs du secteur à l’occasion de la présentation du panorama annuel de France Biotech.

« Nombre d’entreprises intéressées par une entrée en Bourse ont dû y renoncer l’an dernier faute d’appétit des investisseurs », relève Alexis Janin, délégué régional d’Enternext, la filiale de la Bourse de Paris spécialisée dans la cotation des petites sociétés. En 2018, seules trois entreprises du secteur de la santé ont fait leurs premiers pas en Bourse. « Et il y a une forte chance que ce soit plus ou moins la même chose en 2019 », pronostique Alexis Janin.

« Toute opération n’est pas impossible, mais les investisseurs sont beaucoup plus exigeants ». Échaudés par des retours sur investissement très longs et un important taux d’échec de candidats médicaments en phase avancée de développement, « ils attendent des projets plus matures », note-t-il.

« Suicidaire si la biotech n’est pas au moins en phase IIb »

Selon lui, il est désormais « suicidaire » pour une biotech d’envisager une introduction en Bourse si elle n’a pas dans son portefeuille des produits au minimum en phase IIb de développement, c’est-à-dire en phase intermédiaire des essais cliniques, où l’efficacité d’un traitement commence à être testée.

Mais le « paradoxe français » est qu’une fois cotées, ces sociétés ne rencontrent aucun problème pour lever de nouveaux fonds. « Une fois qu’on est en Bourse, continuer à se financer n’est plus un souci ».Les biotechs françaises ont ainsi pu lever 120 millions d’euros sur le marché secondaire en 2017 et 248 millions sur les neuf premiers mois de 2018, toujours selon le rapport.

Un réservoir important

France Biotech rassemble les entreprises innovantes dans le domaine de la santé, que ce soit dans le domaine de la pharmacie (biotech) ou des équipements médicaux (medtech). C’est pour les premières d’entre elles que l’exercice du financement est plus compliqué, car elles ne généreront pas de chiffre d’affaires avant une dizaine d’années, tandis que la seconde catégorie peut monter une activité commerciale beaucoup plus rapidement.

L’étude présentée vendredi portait sur 365 jeunes sociétés du secteur de la santé, sur les environ 1.800 qui existent en France. Les principales régions d’implantation sont l’Ile-de-France (123 entreprises), Auvergne-Rhône-Alpes (59) et l’Occitanie (36). Elles disposaient de 386 produits en développement, contre 233 au total pour les cinq grands laboratoires pharmaceutiques français (Sanofi, Servier, Pierre Fabre, LFB et Ipsen). « C’est donc un réservoir très important pour les sociétés pharmaceutiques qui viennent de plus en plus piocher » dans la recherche des biotechs, a relevé l’auteure de l’étude Chloé Evans.

Les problèmes de financement touchent plus d’une biotech sur deux

Ces sociétés connaissent toutefois « des difficultés à croître », a noté la spécialiste. Notamment faute de financements: 52% des sociétés de l’échantillon affirment rencontrer des problèmes dans cet exercice. « Au niveau de l’amorçage » (début du projet), on est très bien équipé en France, notamment grâce à Bpifrance », relativise Sylvain Lauria, associé chez EY.

Les start-up de la santé peuvent trouver des financements initiaux assez facilement auprès des capital-risqueurs (70 opérations), même si les montants levés au cours de cette phase sont nettement moindres que dans les autres pays européens (6 millions d’euros en moyenne). « On pense souvent que le capital-risque est frileux en France, mais ce n’est pas vrai », assure Sylvain Lauria.

C’est quand il faut lancer les études cliniques, longues et coûteuses que la situation se complique. Nombre de sociétés sont à ce stade rachetées par des investisseurs, notamment américains. Au total, sur la période 2016-2018, le secteur a pu lever 3,52 milliards d’euros auprès de capital-risqueurs, lors d’entrées en Bourse ou d’appels secondaires au marché, ce qui plaçait la France au deuxième rang européen, derrière la Grande-Bretagne, mais avant la Suisse et l’Allemagne.

(avec AFP)

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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