Pourquoi la Fed redistribue les cartes en Bourse

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Chaque semaine Hubert Tassin de bourseacademy.com fait le point pour Challenges.fr sur les marchés financiers et les tendances à jouer. Dans l”émission des Décideurs de la gestion animée par Thomas Blard, il adapte la stratégie de portefeuille avec les meilleurs spécialistes de la gestion. Cette semaine : Bertrand Puiffe (FF Nordic Fund).

 

Marquée par la nouvelle réduction des rachats d’actifs par la Réserve Fédérale américaine (le fameux tapering), la semaine a enregistré une poursuite de la dégradation des Bourses. Les indices européens reculent désormais d’environ 3% depuis le début de l’année et les américains de 3,5%. La baisse est amplifiée au Japon (-7,9 %) et sur les marchés émergents avec pour certains d’entre eux, encore des chutes de monnaie. Depuis la fin 2013, l’indice Hang Seng de Hong Kong a perdu 19% (-15 % à Shanghai) , le RTS Russe 19% et le Bovespa Brésilien 20,4%. Au sein des Brics, l’Inde est le seul marché à résister (+3,2%).

La politique de la Réserve Fédérale n’est pas étrangère à ce krach des émergents. Pour sa dernière réunion à la tête de son comité monétaire de la Fed avant de passer la main, le vendredi 28 février, à Janet Yellen, Ben Bernanke a confirmé mercredi la stratégie annoncée en décembre. Au-delà de statistiques économiques ponctuelles mettant en évidence une consolidation dans certains secteurs, (commandes de bien durables, ventes de logements neufs), la force de l’économie américaine et une croissance finalement nettement plus marquée que ce qui était anticipé montrent la puissance du cycle économique.

Un des grands marqueurs de l’institut d’émission est le marché de l’emploi et, sur ce plan l’objectif de chômage ramené à 6% de la population active est en vue (encore 6,7% en décembre). La Fed fait donc ce qui avait été annoncé, réduisant les injections monétaires, mais poursuivant le dispositif : elle va continuer à fournir aux banques des refinancements presque illimités à taux pratiquement nul. De plus, si la réduction progressive des injections mensuelles par pas de 10 milliards de dollars (85 milliards encore en novembre, 65 milliards aujourd’hui) laisse envisager un arrêt des rachats avant la fin 2014, les phases suivantes du retour à la norme monétaire (adaptation des anticipations de taux directeurs en fonction de la croissance, hausse des taux, rachat des actifs au bilan) ne sont pas envisagées avant 2015 dans le meilleur des cas.

La politique monétaire américaine tient compte de la valorisation des actifs américains (immobilier et actions) , mais ce n’est qu’un des éléments de sa politique et, aujourd’hui, la réalité de la reprise lui permet de compter sur la croissance pour assurer une valorisation moins artificielle. L’expansion de 3,2% (en rythme annuel) de l’économie américaine au quatrième trimestre 2013 porte le score annuel à 3,8%. L’élan donné pour 2014 est vif, car les effets fiscaux négatifs qui ont coûté 1,7 % de croissance en 2013 vont avoir un effet divisé par 2 cette année.

C’est sur ce prisme de politique économique intérieure qu’il faut analyser la stratégie de la banque centrale américaine. Elle gère ses affaires et laisse le reste du monde s’adapter. Dans ce contexte, le Japon doit mener à bien la troisième phase du plan Abe (nouvelle baisse du yen et réformes structurelles) alors que l’Europe bénéficie avec un effet amoindri de la reprise américaine, aidée par une baisse généralisée de la pression fiscale, France exceptée.

Des valeurs d’Europe du Nord pour surfer sur la croissance

La gestion du portefeuille prend en compte ce scénario économique mondial assez marqué. La croissance américaine reste le thème principal. La confirmation de la sortie de l’Europe de la récession et l’entrée dans une phase de croissance, encore modeste, mais réelle, est le second. Avec le Japon, on entre dans plus d’incertitude : le pays est attendu sur des réformes structurelles qui n’ont pas pu être engagées depuis plus de 20 ans. Le risque le plus fort concerne l’ensemble des pays émergents, Chine en tête. Le resserrement relatif de la politique monétaire américaine va se poursuivre et maintenir une pression qui va faire éclater les bulles financières et immobilières, mettre en évidence les surcapacités, ramener les taux de croissance sensiblement en-dessous du potentiel.

La répartition de portefeuille continue à privilégier les actions (pas de potentiel pour les obligations), avec un biais Amérique-Europe et une grande prudence sur les marchés émergents et sur les valeurs internationales vedettes des dernières années. Elles doivent réviser leur taux de croissance et les multiples d’évaluation vont être revus à la baisse ; parmi les reculs supérieurs à 5 % depuis le début de l’année, on relève ainsi Seb, Hermes International, Rémy Cointreau ou Danone.

Les décideurs de la gestion mettent l’accent cette semaine sur les valeurs de l’Europe du Nord. Les finances publiques saines et des entreprises compétitives au sein du Vieux Continent ont permis le développement de sociétés solides souvent placées sur des marchés de niche. Dans un environnement de reprise européenne, elles vont bénéficier d’un effet volume et d’un effet prix, auxquels pourront s’ajouter des soutiens publics. Parmi les valeurs recommandées, on peut retenir Saab et Pandora.

Le suédois Saab (code mnémonique 0GWL) est recentré sur les industries de défense et est fortement exportateur (les deux tiers du chiffre d’affaires). Il va bénéficier des succès commerciaux du Grippen, avion de dépense multi-rôles. Polyvalent et moins sophistiqué que le F18 ou le Rafale, il est surtout moins cher et convient à des armées de pays qui ne sont pas sous pression géopolitique aiguë, comme en en a témoigné le contrat récemment obtenu au Brésil. Le bilan de Saab, très solide permettra des effets de levier lors des prochains succès commerciaux.

Le danois Pandora (code 0NQC) s’est imposé comme un grand acteur de la joaillerie de création, s’imposant aux Etats-Unis et au Royaume Uni d’abord, puis dans le reste de l’Europe. Présent également en Australie (près de 10% de son chiffre d’affaires), il présente une stratégie qui le place très bien pour profiter de la reprise des pays développés. Son chiffre d’affaires a été multiplié par près de 2,6 depuis 2009 et sa marge brute a dépassé 32 % en 2013.

Les conseils boursiers de la semaine en vidéo :

Hubert Tassin, de bourseacademy.com, pour Challenges


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