Pourquoi l’offre sur eBay à laquelle l’ICE a renoncé n’est pas forcément farfelue

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(BFM Bourse) – L’IntercontinentalExchange a surpris son monde mardi en annonçant avoir approché eBay pour explorer de potentielles opportunités avec la plate-forme de commerce en ligne, avant de renoncer deux jours plus tard faute d’intérêt de cette dernière. Saugrenue au premier abord, l’idée d’une collaboration ou d’un rapprochement n’est pas dénuée de sens selon un spécialiste du secteur.

Mais quelle mouche a piqué l’IntercontinentalExchange ? Plus connu sous le nom d’ICE, l’opérateur américain de places boursières qui gère actuellement une douzaine marchés parmi lesquels le New York Stock Exchange et le LIFFE (marché à terme britannique, dont le principal produit est la série de contrats futures sur l’Euribor, marché directeur des taux d’intérêt à court terme de la zone euro) a surpris ses actionnaires en annonçant mardi envisager un rapprochement avec eBay, pour un montant de l’ordre de 30 milliards de dollars. Lui-même coté sur le NYSE, l’opérateur boursier vaut actuellement légèrement plus de 50 milliards de dollars.

L’annonce a propulsé le titre du groupe de courtage en ligne connu pour son site de ventes aux enchères, qui a gagné 11% (8% en clôture), et fait reculer le titre ICE (-7,5%), reflet du scepticisme des investisseurs quant à la valeur ajoutée d’une telle opération.

Le communiqué publié par l’ICE, premier opérateur boursier mondial depuis le rachat du NYSE pour 8,2 milliards de dollars en décembre 2012, précisait toutefois qu’eBay n’avait pas donné de suite significative, et qu’il n’y avait donc en l’état aucune négociation en vue d’une vente de tout ou partie de la plate-forme.

Des fonds activistes font pression sur eBay

D’après le Wall Street Journal, qui a le premier fait état de discussions, l’ICE ne serait pas intéressé par l’activité de petites annonces d’eBay, que ce dernier envisage de céder. De son côté, eBay a refusé de s’exprimer. Confronté depuis plusieurs mois à la pression d’investisseurs activistes (parmi lesquels Elliott) qui lui reprochent son incapacité à créer de la valeur, eBay a accepté en mars dernier le principe d’un examen stratégique. La firme prévoit de statuer sur son activité de petites annonces, qu’Elliott estime valoir entre 8 et 12 milliards de dollars. Un autre fonds activiste, Starboard Value, a de nouveau exhorté eBay à céder cette activité.

Auparavant, les deux avaient incité eBay à céder ses activités de billetterie StubHub. Un souhait exaucé par eBay qui l’a vendu au suisse Viagogo Entertainment pour 4,05 milliards de dollars en décembre dernier.

Des sources proches du dossier ont rappelé au Wall Street Journal que l’ICE avait “déjà pris contact avec eBay par le passé”. L’opérateur serait principalement intéressé par la place de marché du groupe californien et non par son activité de petites annonces en ligne.

“Au cours des vingt ans d’existence de l’ICE, le bilan de la société en matière de création de valeur pour les actionnaires, tant par croissance organique que par des acquisitions, parle de lui-même” estime l’opérateur dans son communiqué, ajoutant qu’il “cherche à explorer les opportunités potentielles qui, selon lui, permettront d’accroître la valeur actionnariale, et continuera à le faire à l’avenir”.

Si l’intérêt d’un rapprochement avec eBay ne saute pas d’emblée aux yeux, l’ICE pourrait être tenté d’appliquer son expertise technologique, qui met en relation acheteurs et vendeurs de produits financiers, au site de commerce, lequel couvre tout, de l’électronique aux objets de collection. Avant de subir de plein fouet la concurrence d’Amazon ces dernières années, il faut rappeler qu’eBay a été un des pionniers du commerce électronique.

Et la société cherche désormais à se départir de sa réputation de maison de vente aux enchères en ligne -par opposition à un marché électronique où les prix sont fixe- car le système d’enchères, un temps très prisé, est tombé en désuétude avec l’émergence de “market-places” géantes comme Amazon ou le chinois Alibaba.

“Une idée aussi novatrice qu’intéressante”

Il n’en reste pas moins que, pour Arnaud-Cyprien Nana Mvogo, analyste financier chez CIIB (Conseil en ingénierie et introduction boursière), explorer la possibilité d’une fusion entre une bourse et une plateforme de marché “est une idée aussi novatrice qu’intéressante”.

“En effet, dans les deux types d’entreprise, il existe une expertise commune: le “pricing” flexible fondé sur une informatique puissante” relève-t-il. Certes de fortes différences culturelles “pourraient altérer les synergies à attendre d’un tel deal” reconnaît-il. Notamment, “les entreprises de Bourse se nourrissent de la volatilité et certains de leurs clients, tels que les daytraders, également. À l’inverse, les clients des plateformes d’échanges de biens (comme eBay) sont à la recherche d’un environnement plus stable”.

Arnaud-Cyprien Nana Mvogo ajoute en sus que “les tentatives de flexibilisation des enchères n’ont pas été, par le passé, des expériences concluantes, y compris dans les transactions B2B (business-to-business, NDLR)”.

Il n’est toutefois “pas dit que cette situation reste figée, et les échanges entre places de marchés et places boursières, des techniques aux finalités finalement voisines, ne peuvent que permettre l’extension du domaine de la “marchéisation”, tout en faisant évoluer le périmètre concurrentiel des entreprises de Bourse”.

L’avenir des opérateurs boursiers ne s’inscrit donc peut être pas exclusivement sur les grandes places financières.

Quentin Soubranne – ©2020 BFM Bourse

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