Réforme de la SNCF: pourquoi ça bloque encore

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On comptabilise déjà sept jours d’arrêt de travail à la SNCF depuis le début de la grève perlée et les choses ne semblent pas s’améliorer. Les syndicats de cheminots dénoncent toujours le projet de réforme ferroviaire soumis ce mardi au vote solennel des députés. Dénonçant la volonté du gouvernement de passer en force, la CGT Cheminot, première force syndicale dans la compagnie, appelle à un « très haut niveau » de grève mercredi et jeudi. Certains syndicats s’interrogent même sur la façon de durcir le conflit notamment en brandissant la menace d’une grève reconductible. Sud-Rail et FO avaient déposé un préavis en ce sens dès le début du conflit, laissant cette option ouverte. Le mode d’action acté par les quatre syndicats engagés dans le mouvement – deux jours de grèves, trois jours travaillés, deux jours de grève, etc.- obligeant de mobiliser sans cesse les troupes, reconnaissent les représentants syndicaux.

Dimanche, la fermeté du chef de l’Etat, Emmanuel Macron, lors de son intervention sur BFM TV n’a pas vraiment rassuré les syndicats, même les plus réformistes. Pour la CFDT Cheminots, « la méthode du président est plus encline au passage en force et à la surenchère qu’à la négociation », critique-t-elle dans un communiqué. Même si vendredi, Laurent Berger, son secrétaire général, avait salué de « premières avancées » dans les concertations avec le gouvernement, le syndicat regrette que sur vingt propositions d’amendements « seules trois ont été actées favorablement ».

Les régions en première ligne pour la concurrence

Tout au long de la semaine dernière les députés ont en effet eu en main le projet de loi sur la réforme du rail, modifié par une série d’amendements sans pour autant remettre en cause ses éléments principaux. Ils ont notamment acté la fin du statut de cheminot à l’embauche et adopté de nouvelles garanties en vue de l’ouverture à la concurrence. Des ordonnances dans un délai de 12 mois -et non plus de 6 comme initialement prévu- « devront fixer les conditions de création du groupe public constitué par la société nationale SNCF et ses filiales » et ses conditions de fonctionnement.

Concernant l’ouverture à la concurrence, le calendrier échelonné a été inscrit dans le texte. Seules les régions seront concernées dans un premier temps, à l’exception de l’Ile-de-France dont le calendrier est décalé. Les premiers appels d’offre pourront être organisés à partir de décembre 2019. La libéralisation des TGV, sur le modèle de « l’open access » (accès libre), est prévue à partir de décembre 2020.

Point sensible et qui suscite le plus gros des concertations en cours avec les syndicats : les conditions de transfert des cheminots à une autre entreprise ferroviaire dans le cas où la SNCF perd un appel d’offre. Une série de garanties ont été inscrites dans le texte. C’est le « sac-à-dos social », qui devrait être complété d’ici l’examen du projet de loi au Sénat fin mai, en fonction des concertations en cours avec les organisations syndicales, a indiqué la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Le sort des cheminots en cas de refus de transfert ou de faillite de leur nouvelle entreprise doit encore être tranché.

Quant au statut même des cheminots, le gouvernement veut l’éteindre progressivement. À partir d’une date à préciser, les nouvelles recrues seront embauchées dans un cadre contractuel restant également à négocier.

Filialiser le fret, un nouveau chiffon rouge

Dans ce contexte, tendu, certains syndicats ont vu comme une provocation, l’annonce faite lundi par le Premier ministre Edouard Philippe de la possibilité de filialiser la branche fret de la SNCF. Si le sujet est discuté depuis longtemps au sein de la compagnie ferroviaire, également inscrit dans le rapport Spinetta qui a servi de source d’inspiration au gouvernement, il s’agit d’un nouveau chiffon rouge pour les cheminots.  « Ce gouvernement est complètement décomplexé, constate dans Le Parisien, Erik Meyer, secrétaire fédéral de Sud Rail, qui a fait toute sa carrière au sein de fret SNCF. Il accumule les sujets sensibles en masse en se disant qu’il y en a bien un qui va passer ». Selon lui, c’est l’avenir des 6.000 cheminots qui travaillent pour le fret qui est en jeu.

« À partir du moment où vous êtes dans une filiale, les conditions de travail des salariés changent, assure-t-il. Tout est remis à plat. C’est la fin, par exemple, des facilités de circulation (les billets de train à tarifs privilégiés pour les cheminots et leur famille) ». Dans un communiqué, la CGT-Cheminots dénonce également une « nouvelle provocation » et demande au Gouvernement de « surseoir à cette décision violente et inefficace ».

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