Reste à charge zéro: ces mutuelles qui feront payer leurs clients

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Certains consommateurs vont avoir des mauvaises surprises en découvrant la grille des tarifs de leur complémentaire santé en 2020. La réforme du reste à charge zéro franchit une nouvelle étape, le 1er janvier 2020, avec la prise en charge intégrale des lunettes et certaines prothèses dentaires (couronnes et bridges) par la Sécu et les complémentaires santé, qui devront rembourser plus. Et ce, sans augmenter leurs cotisations, d’après le scénario prévu par le gouvernement. “‘Demain on rase gratis’, ça n’existe pas. Un jour ou l’autre, tout se paye”, fulmine Philippe Mixe, président de la mutuelle Just et de la fédération nationale indépendante des mutuelles (FNIM). Selon plusieurs courtiers et comparateurs sondés par Challenges, en effet, certains assureurs et mutualistes n’hésiteront pas à faire passer leurs clients à la caisse. Malakoff Médéric, Apicil, Alptis ou encore ASAF & AFPS (filiale d’Axa) prévoient de faire grimper leurs prix de 4,5 % à jusqu’à 9%… 

De quoi faire bondir Agnès Buzyn, qui se refuse à voir cette étape majeure de sa réforme 100% santé gâchée par des craintes sur le pouvoir d’achat des Français. Car cette réforme se veut comme un vrai geste envers les consommateurs, sur fond de crise inquiétante des urgences et alors que les manifestations des gilets jaunes sont plus rares mais pas totalement éteintes. C’est pourquoi, ce vendredi 8 novembre, un comité de suivi de la réforme, présidé par Agnès Buzyn, est convoqué. Sont conviés l’Assurance maladie, les fédérations d’organismes complémentaires et les associations d’usagers. “Ce comité portera sur l’évolution des cotisations des complémentaires santé, la lisibilité des garanties offertes et la mise en œuvre du tiers payant concernant l’offre 100% santé”, précise le ministère.

Des hausses tarifaires “taboues”

Depuis plus d’un an, Agnès Buzyn le martèle : il est hors de question que les complémentaires santé répercutent les effets du reste à charge zéro, ou RAC 0, sur les consommateurs en faisant flamber leurs cotisations. Les 35 milliards collectés chaque année par les mutuelles suffiront, selon elle, à absorber le coût de la réforme, estimé à 1 milliard d’euros financé à hauteur de 75% par la Sécurité sociale et 25% par les complémentaires santé. “Il n’y a pas de justification aujourd’hui pour mettre sur le dos du reste à charge zéro, du 100% santé, une augmentation des tarifs (…) Quand on utilise cette justification, cela m’énerve énormément et je le fais savoir”, a-t-elle encore récemment déclaré à France Télévisions. La ministre s’est d’ailleurs bien préparée à la réunion d’aujourd’hui. Selon nos informations, des représentants d’un comparateur de tarifs majeur sur le marché de l’assurance ont été reçus par son cabinet il y a quinze jours pour faire un point sur les tendances à attendre côté cotisations en 2020.

La ministre a-t-elle raison de s’inquiéter ? Chaque année, les complémentaires santé augmentent leurs tarifs de 2,5 à 3% en moyenne, en ligne avec la hausse des dépenses de santé. Et selon les professionnels interrogés par Challenges, la majorité d’entre elles devrait jouer le jeu avec des hausses effectivement situées dans cette fourchette l’an prochain. Parmi eux, des acteurs comme Harmonie Mutuelle, Ociane Matmut ou April vont rester dans les clous. En 2020, les tarifs feront le grand écart et les consommateurs ne seront pas logés à la même enseigne. Les clients de la Maaf, qui a annoncé un gel de ses tarifs pour l’an prochain, ou de la Macif seront semble-t-il parmi les mieux lotis. “Dans le cadre de la réforme 100% santé les adhérents aux contrats santé individuels responsables distribués par la Macif pourront bénéficier sans surcoût d’un ‘0 reste à charge’ pour des équipements optiques et dentaires dès janvier 2020, ainsi que sur les aides auditives dès janvier 2021. En outre, aucune répercussion de l’inflation annuelle des coûts de santé ne sera appliquée sur leur cotisation santé”, précise-t-on au sein du groupe. D’autres se positionneront plus tard, comme Allianz, dont les tarifs “n’évolueront qu’en mai 2020”.  

Mais cette année en particulier, les hausses tarifaires sont “taboues”, observe Clément Janicot, directeur marketing de Santiane, courtier en assurance. Autrement dit, “aucune complémentaire ne se risque à justifier par écrit dans ses conditions générales de vente que cette augmentation est due au RAC zéro”. Le courtier prédit en outre que l’addition sera encore plus salée pour les consommateurs en 2021, année à partir de laquelle la réforme sera totalement déployée, et 2022. “Pour l’instant, dans la majorité des cas, les hausses restent modérées, les acteurs préférant lisser ces augmentations pour que cela impacte le moins leurs clients et, aussi, pour que cela se voit moins”, ajoute David Trohel, directeur des partenariats de Santiane. Encore faut-il vraiment comparer ce qui est comparable. Rami Karam, directeur général des Furêts, temporise : “Avec la loi 100% santé, entre autres, les organismes d’assurance santé revoient totalement leurs offres. Certains vont modifier toute leur gamme. D’autres vont proposer le RAC zéro en offre de base avec des options de garanties. Cela fausse la comparaison des tarifs d’une année sur l’autre.”

Pilule amère

Pour Amina Walter, directrice générale déléguée du Lynx.fr, qui évalue le coût moyen de l’assurance santé pour les Français à 892 euros en 2019, la valse des tarifs tant redoutée n’aura sans doute pas lieu. “Le déploiement complet du reste à charge zéro en 2021 va se coupler avec l’entrée en vigueur de la résiliation infra-annuelle des contrats de complémentaires santé au 1er décembre 2020 [La loi du 14 juillet 2019 instaure un droit de résiliation sans frais de contrats de complémentaire santé à tout moment après un délai d’un an à compter de la première souscription, NDLR]”, rappelle-t-elle. En clair, les consommateurs pourront faire jouer la concurrence plus facilement, “ce qui pourrait modérer les ardeurs tarifaires des assureurs et mutuelles”, abonde Stanislas Di Vittorio, président-fondateur d’Assurland.com.

Chez les assureurs et mutualistes, la pilule reste dure à avaler. Surtout “la com’ du gouvernement” autour des tarifs. Selon Philippe Mixe, “l’évolution des cotisations sera mathématique. Si l’effet de la réforme pèse sur l’équilibre budgétaire des mutuelles, les tarifs augmenteront.” D’autant que, rappelle-t-il, “l’impact de la réforme sur les mutuelles pourrait être encore plus lourd si les professionnels de santé ne jouent pas le jeu”. Dans son viseur, par exemple, des opticiens qui pourraient être tentés de déjouer la pression sur leurs marges. “Le but de la loi santé étant de faire en sorte qu’ils vendent leurs lunettes le moins cher possible, ils pourraient pousser les clients à la consommation, en les persuadant d’acheter des modèles ou des verres plus onéreux.”

Challenges en temps réel : Entreprise

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