Serez-vous bientôt remplacé par un robot au travail?

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Votre futur collègue de bureau sera-t-il un robot? Cette perspective, qui peut prêter à sourire, n’a pourtant rien du scénario de science-fiction à en croire la dernière étude* du Forum économique mondial, publiée lundi 17 septembre. Son constat: la « quatrième révolution industrielle », marquée par la numérisation de l’économie et de la société à tous les étages (big data, réalité virtuelle, cloud computing, robotisation, intelligence artificielle…) est loin d’avoir fini de remodeler non seulement les modes de travail mais aussi le marché de l’emploi.

« En 2018, environ 71% du nombre total d’heures de travail […] sont réalisées par les humains, contre 29% pour les machines. En 2022, cette moyenne devrait passer à 58% d’heures effectuées par l’homme et 42% par les machines », prédisent les chercheurs de la fondation genevoise (organisatrice du Forum de Davos). Un mouvement qui ne devrait pas s’arrêter là, les machines ayant toutes les chances d’endosser plus de tâches professionnelles que les hommes dans un futur pas si lointain. Avec à la clé, des répercussions non négligeables sur l’emploi: la moitié des entreprises interrogées anticipent dès aujourd’hui une réduction de leurs effectifs d’ici 2022. Les auteurs chiffrent ainsi la suppression de postes causée par cette automatisation grandissante du travail, à 75 millions durant les quatre prochaines années.

Nouveaux métiers

Mais le tableau n’apparaît pas complètement noir. Si la numérisation de l’économie va nécessairement provoquer de nombreuses destructions d’emplois, le rapport du Forum économique mondial prédit dans le même temps la création très schumpétérienne de « 133 millions de nouveaux jobs qui sont mieux adaptés à cette nouvelle division du travail entre hommes, machines et algorithmes ». Soit un solde positif de 58 millions d’emplois à horizon 2022.

Parmi les fonctions qui seront les plus recherchées, on retrouve sans surprise de nombreux métiers liés à la maîtrise et au développement des nouvelles technologies, tels que ceux d’analystes de données, de développeurs de logiciels et d’applications, de professionnels du e-commerce et des réseaux sociaux. Les spécialistes des technologies émergentes (machine learning, IA, big data, robotique…), seront sans surprise également particulièrement recherchés. D’autres profils devraient aussi « tirer leur épingle du jeu » selon les auteurs, comme les professionnels des services clients, les commerciaux, les responsables marketing, les formateurs ou encore les spécialistes du « développement organisationnel ».

Risque d’aggravation des inégalités

Cette remodélisation du marché de l’emploi va modifier la nature même des qualifications des salariés à court terme. « D’ici 2022, les compétences requises pour effectuer la plupart des emplois auront beaucoup changé », affirment les chercheurs qui estiment que plus de la moitié des travailleurs (54%) devront acquérir de nouveaux savoir-faire pour répondre aux besoins des entreprises. 10% d’entre eux devront même suivre des formations certifiantes de plus d’un an.

Problème, les investissements en formations des entreprises devraient cibler en priorité les salariés les plus performants ou aux responsabilités les plus importantes. « En d’autres termes, les personnes qui ont le plus besoin de se reconvertir et de monter en compétences sont les moins susceptibles de recevoir une telle formation », concluent les auteurs qui misent plutôt sur le rôle déterminant des politiques, des régulateurs et des éducateurs dans le soutien aux travailleurs laissés sur le carreau.

Car, au-delà d’un défi technologique, l’enjeu est bien d’abord sociétal. « Si elles sont bien gérées, ces transformations pourraient mener à un nouvel âge d’emplois de qualité et d’une qualité de vie améliorée pour tous, mais si elles sont mal mises en œuvre, ces transformations présentent le risque d’aggraver les inégalités et d’accentuer les écarts de qualifications entre travailleurs », préviennent les auteurs de l’étude. Si les dés sont donc lancés, la partie est encore loin d’être jouée dans cette division des tâches de plus en plus floue entre l’homme et la machine.

*Méthodologie: l’étude a été menée dans une vingtaine de pays dans le cadre d’un questionnaire en ligne adressé de novembre 2017 à juillet 2018 auprès de dirigeants de 300 grandes entreprises issues de 12 secteurs (énergie, consommation, supply chain, aviation, finances, infrastructures…) représentant au total l’équivalent de 15 millions de salariés à travers le monde.

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