Suisse : référendum contre l’achat du Gripen, un moindre mal pour le Rafale ?

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Le malheur des uns pourrait-il faire le bonheur des autres ? S’agissant de la bataille acharnée qui oppose actuellement Suédois avec le Gripen et  Français avec le Rafale, en vue d’obtenir un bien précieux contrat avec la Suisse, cela reste tout de même à voir.

Il n’en demeure pas moins qu’un comité libéral « Non au Gripen«  vient de lancer un référendum contre l’achat des 22 avions de combat du suédois Saab. Composé de membres issus du PS, des Verts et du Groupe pour une Suisse sans armée (GssA), il compte rassembler 10’000 signatures sur les 50’000 paraphes nécessaires.

Ses arguments : selon lui, l’achat du Gripen représente un mauvais investissement, de plus il est inutile à la sécurité de la Suisse.

«Pourquoi est-ce qu’on achète le Gripen? A cause des retombées économiques pour l’industrie de l’armement. Donc, on achète un avion inutile et inutilisable à cause de ses basses performances pour aider une industrie en difficulté», a résumé le conseiller national Jacques Neirynck (PDC/VD), lors d’une conférence de presse à Berne le 6 novembre dernier.

En vue de s’opposer à cet achat, la droite s’est rassemblée quant à elle sous une même bannière, portée par les Vert’libéraux. «Il est important qu’il y ait d’autres arguments que ceux de la gauche, qui sont souvent contre l’armée», a souligné à cet égard Roland Fischer, conseiller national (PVL/LU). Or, ce comité interparti le clame haut et fort : ils ne sont ni « contre l’armée, ni contre l’industrie ». Mais contre le gaspillage …Pour eux, dépenser plus de trois milliards pour l’achat du Gripen représentent un mauvais investissement. Ils souhaitent que les investissements s’orientent au contraire vers des “domaines porteurs pour la Suisse” tels que la formation, les énergies renouvelables ou la recherche.  Leur crainte : que les dépenses envisagées conduisent à “réaliser des économies dans d’autres domaines ». Rendant de ce fait encore plus “inutile” l’achat d’un avion de combat supplémentaire.

“Pourquoi acheter de nouveaux avions de combat alors que ceux-ci ne voleraient que les jours ouvrables et pendant les heures de bureaux”, s’interroge également Jacques Neirynck. Lequel considère que “faute de moyens et de personnel, la police du ciel est une illusion.”
Heiner Studer, ancien conseiller national du Parti évangéliste, ajoutant pour sa part que “des rapports de l’armée montrent que les actuels F/A-18 suffisent pour la police de l’air” précisant que le Conseil fédéral avait également confirmé l’information. Pour lui, il convient avant toute chose de mieux redéfinir les priorités et les dangers auxquels l’armée devrait pouvoir faire face.

Rappelons que fin septembre, les sénateurs helvétiques ont – au grand dam du constructeur du rafale – donner leur approbation à l’achat du Gripen, concurrent direct de l’appareil de Dassault. Le Conseil des Etats a ainsi accepté de libérer le crédit de 3,126 milliards de francs suisses (l’équivalent de 2,6 milliards d’euros) en vue d’acquérir 22 avions de combat Gripen au groupe suédois Saab. Lesquels sont destinés à remplacer les F-5 Tiger.

C’est au final, le prix qui aura permis de départager les différents concurrents, le Gripen s’avérant moins coûteux que le Typhoon, conçu par le consortium Eurofighter (BAE, Finmeccanica et EADS ), et le Rafale de Dassault Aviation.

Si l’achat lui-même ne pourra être remis en cause par un vote populaire, ayant été avalisé par le Parlement, le mécanisme de financement pourra néanmoins faire l’objet d’une contestation. Lequel se base sur un fonds alimenté par un prélèvement annuel de 300 millions de francs sur le budget de l’armée, et ce pendant une durée de dix ans.

Il n’en demeure pas moins que le Gripen avait obtenu de mauvaises notes lors de ses évaluations. Lesquelles auraient dû rester confidentielles …. mais ont été publiées par la presse, laquelle a parallèlement mis en doute le processus ayant abouti à la sélection de l’avion de Saab.

Un rapport d’une sous-commission parlementaire avait émis de sérieuses réserves au sujet du contrat Gripen, sans pour autant le remettre en cause. “Le choix de l’appareil opéré par le Conseil fédéral est celui qui comporte le plus de risques – de nature technique, commerciale, politique, financière ou en lien avec le respect du calendrier”, avait-il souligné.

Mais Saab – qui a impérativement du contrat suisse pour continuer le développement de son Gripen – a su faire les concessions qu’il fallait, notamment en matière industrielle, en vue de gagner la bataille …. mais peut-être pas la guerre.

Réservons le mot de la fin à Eric Trappier, le patron de Dassault Aviation, lequel avait déclaré lors d’une audition devant les députés de la commission de la Défense que les Suisses en achetant le Gripen  « admettent eux-mêmes qu’ils se déclassent en division d’honneur. Leur choix stratégique est de faire semblant d’avoir une aviation de combat tout en achetant le modèle le moins cher ». Ajoutant : « tant que l’on ne fait pas la guerre, ce n’est pas très grave”.

Sources : ats, Reuters, AWP, Opex360

Elisabeth STUDER – www.leblogfinance.com  – 11 novembre 2013

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