Tesla débride ses batteries face à IRMA : aide ou intrusion ?

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L’ouragan Irma : une occasion pour Tesla  de s’offrir un joli coup de pub et même des retombées boursières. En vue d’aider les propriétaires des modèles S / X 60 et 60D habitant en Floride de fuir aussi vite et aussi loin que possible les éléments déchaînés, le constructeur a annoncé qu’il allait débrider – gratuitement et à distance – les capacités des batteries de ses véhicules … mais durant une période déterminée. L’objectif affiché étant de permettre aux conducteurs de parcourir 48 km supplémentaires pour atteindre 370 km d’autonomie maximale.

Le geste d’abord révélé par le blog spécialisé Electrek a été confirmé lundi par un porte-parole de Tesla. Lequel n’a pas eu l’idée tout seul … Il a en effet décidé d’offrir cette extension jusqu’au 16 septembre prochain après l’appel d’un propriétaire lui demandant d’optimiser sa batterie alors qu’il fuyait l’ouragan.

Blocage marketing en mode débridé

Les modèles du constructeur concernés disposent  d’une batterie de 75 kWh. Mais Tesla a bridé les capacités des véhicules à 60 kWh. Pour pouvoir user des pleines fonctionnalités de sa batterie, le propriétaire doit – en temps normal – s’acquitter de frais compris entre 4 000 euros et 7 500 euros selon son positionnement dans la gamme. Blocage marketing et nullement technique qui peut être levé à distance via une simple commande informatique et éventuel transfert d’argent au préalable ….

Via son « bon » geste, Tesla aura tout de même dégainé une arme à doubles tranchants, montrant notamment au grand jour que ses véhicules sont artificiellement bridés et que l’activation de l’option est intiment liée à de l’argent sonnant et trébuchant.

Le monde de la finance n’est d’ailleurs jamais bien loin … puisque la mesure prise par Tesla a été salué en Bourse, avec une hausse de plus de 5% à New York.

Tesla is watching you

Le geste on ne peut plus commercial de l’entreprise lui aura néanmoins attiré quelques critiques. Certains consommateurs se sont ainsi interrogés sur l’ampleur de contrôle exercé par l’entreprise sur ses véhicules, y compris à distance. Redoutant que Big Brother ait l’oeil un peu trop perçant.

S’il considère certes l’initiative de Tesla comme « louable et appropriée », le site  jalopnik  nous interpelle, y voyant là « une perspective terrifiante de notre avenir automobile ». Selon le blog , il « n’est pas difficile d’imaginer un cas » plus extrême d’un scénario catastrophe où « une entreprise deviendrait le décideur principal«  lors d’une situation critique, et ce « hors de tout contrôle de la part du consommateur ou du gouvernement. »

Au final, le geste du constructeur aura engendré un débat animé des automobilistes. Ces derniers prenant de plus en plus conscience que les véhicules s’appuient sur des mises à jour en temps réel et à distance des équipements de leurs voitures, laissant ainsi le contrôle de leur conduite et de leurs comportements aux entreprises.

Le freinage automatique d’urgence validé via l’analyse des comportements conducteurs

Quelques heures avant d’offrir ses largesses aux habitants de la Floride pris dans la tourmente, Tesla avait mis en veilleuse la fonction de freinage automatique d’urgence sur tous les nouveaux véhicules Tesla construits depuis la commercialisation de la Model 3.

En parallèle du lancement de la Model 3, Tesla a en effet déployé une nouvelle série de matériels pour l’Autopilot a récemment indiqué le site Electrek.

Mais une « période de calibrage » devra être mise en place pour ces nouveaux utilisateurs. Selon le constructeur, il s’agit d’aider à valider formellement le nouvel hardware en faisant usage des données de conduite du monde réel.

En complément des déclarations d’Electrek, un porte-parole de Tesla a ajouté que dans le cadre de ce processus, le freinage automatique d’urgence sera temporairement inactif et sera placé en mode shadow. Le système enregistrera comment la fonction fonctionnerait si elle était activée, sans toutefois qu’aucune action réelle de conduite ne soit automatiquement mise en oeuvre. Le constructeur a par ailleurs assuré que cette période d’étalonnage temporaire était un protocole Tesla standard et qu’elle serait menée via « abondance de prudence. »

Selon Consumer Reports, un propriétaire de Tesla aurait reçu l’avis samedi dernier. La période de positionnement en mode shadow devrait durer environ six semaines, a par ailleurs déclaré un porte-parole de l’entreprise au site. D’autres pièces du système de pilote automatique – avertissement de collision précoce, Autosteer – resteront actives.

Il y a t-il un pilote virtuel dans la voiture ?

Plus largement, Tesla ne se cache pas de valider son matériel en recueillant des données provenant de véhicules conduits dans la  vie bien réelle. Mais les interrogations se font de plus en nombreuses … et de plus en plus inquiètes … Au fur et à mesure que les véhicules deviennent plus avancés et dépendent de systèmes logiciels modifiables de n’importe où et de façon instantanée, le contrôle et l’accès du propriétaire diminuent et sont transférés à l’entreprise.

GM peut aussi (nous) piloter à distance

Le débat prend désormais une tournure éthique alors que comme le rappelle Karl Brauer, responsable du site en ligne Autotrader, grâce au système de navigation OnStar, General Motors est capable de couper le moteur d’une voiture à distance. Même si beaucoup de consommateurs l’ignorent.

Se voulant encore plus précis dans son raisonnement, il rajoute : «  si la police demandait à GM d’arrêter une voiture, ils pourraient le faire. Je ne pense pas que GM veuille nécessairement que tout le monde le sache, mais ils peuvent le faire depuis une dizaine d’années».

Sources : AFP, Le Monde, Tesla, Jalopnik, Electreck

Crédit Photo : Tesla

Le Blog Finance

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