TESLA INC. : Jusqu'où peut aller Tesla cette année ?

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(BFM Bourse) – Vous avez aimé l’envolée historique du cours de Tesla en 2020 ? Ça tombe bien, le titre a déjà pris un départ canon en 2021, permettant au passage à son fondateur Elon Musk de ravir à Jeff Bezos la couronne de plus grande fortune mondiale. Les interrogations quant à la démesure d’une telle valorisation grandissent – sans réduire en rien l’appétit du marché.

Les critiques de tout ordre ont beau pleuvoir sur Tesla, et bon nombre d’investisseurs préférer se tenir à l’écart, l’action du groupe établi à Palo Alto en Californie (pour le moment, Elon Musk semblant désormais préférer le Texas) représente un investissement fructueux. Et ce n’est pas récent. En fait depuis son introduction en 2010, Tesla n’a subi qu’une seule année de variation négative (en 2016, où l’action avait perdu 11%).

Toutefois le mouvement a connu en 2020 une amplification inédite. En dépit de corrections parfois brutales, au cours de l’année dernière sa progression totale s’est élevée à 743,40%. Du jamais-vu. Jusqu’ici 2013 était le meilleur millésime pour le titre avec 344% de gains.

Et aucun signe d’essoufflement n’apparaît. Au contraire puisqu’à l’échelle des quatre premières séances de 2021, l’action a pris 15,64% supplémentaires, soit davantage que sur les quatre premières séances de 2020 (+12,1%) ! Ce nouveau cliquet a d’ailleurs permis à Elon Musk de dépasser Jeff Bezos sur le podium des hommes les plus riches de la planète.

La capitalisation a atteint 773,5 milliards de dollars jeudi, pour dépasser pour la première fois celle de Facebook et ses près de 20 milliards de dollars de bénéfices annuels (quand Tesla n’est devenu bénéficiaire qu’il y a quelques trimestre, essentiellement grâce à la revente de crédits carbone à d’autres constructeurs). À ce niveau, les investisseurs valorisent le constructeur californien près de 1616 fois le montant des bénéfices relativement limités qu’il devrait afficher au titre de 2020, selon la moyenne des prévisions des analystes.

Autrement dit, pour recouper sa valorisation stratosphérique, Tesla devrait en théorie réitérer pendant plus d’un millénaire et demi ans les profits attendus en 2020… ce qui suggère que les investisseurs, n’ayant pas l’éternité devant eux, misent plutôt sur une forte amélioration de la rentabilité à court terme. Jusqu’à quel point ?

Si l’on prend pour référence un autre géant technologique américain, Apple, sa rentabilité nette sur les dernières années tourne autour de 21%. Supposons que Tesla atteigne quasi instantanément ce niveau -intrinsèquement très élevé- tout en maintenant un taux de croissance des revenus de 50% en moyenne (tel qu’on l’a vu à l’échelle des dernières années, hypothèse très optimiste là aussi). Cela amènerait grosso modo les bénéfices à 22 milliards de dollars d’ici 2023. La valorisation actuelle représente encore 38 fois cette projection sans doute généreuse.

En termes de multiples de chiffre d’affaires, le pionnier du véhicule électrique se paie 25 fois son chiffre d’affaires, alors que le secteur automobile classique est généralement valorisé … 1 fois, et les GAFA, encore beaucoup plus rentables, étant actuellement autour de 6 à 7 fois le chiffre d’affaires.

Par quelque bout qu’on prenne l’équation, Tesla est donc aujourd’hui “plus que pricé [valorisation] pour la perfection”, observe Jean-Christophe Liaubet, Managing Partner de Fabernovel.

Avec un objectif de cours moyen de 431 et quelques dollars, presque deux fois moins que le cours actuel, les analystes sont complètement dépassés. La grille de valorisation classique semble inapplicable à Tesla. Les uns après les autres, les analystes négatifs sur le titre sont amenés à reconnaître s’être trompés. “Il n’y a guère de façon élégante d’exprimer cela que de dire que nous avons eu complètement faux sur le titre Tesla”, a reconnu cette semaine celui de RBC Capital Market (et ce n’est pas un cas isolé). Le bureau d’études misait depuis janvier 2019 sur une sous-performance du titre, ce qui signifie qu’il pensait qu’il allait progresser moins vite que le marché en général. Point de vue qui n’est plus tenable, alors que depuis lors l’action a pris 1200%.

L’envolée de la capitalisation est d’ailleurs en soi un facteur qui fausse la donne: Tesla devient tellement cher que l’entreprise peut lever en un clin d’œil des sommes considérables en ne touchant qu’à peine à son capital. L’an dernier, la firme a ainsi procédé à deux reprises à des émissions d’actions nouvelles, d’un montant de 5 milliards de dollars chacune. Des titres qui ont été absorbés par le marché en l’espace de quelques heures de cotations. Cette force de frappe mobilisable à tout moment, pour alimenter sa R&D par exemple, devient un facteur positif pour sa valorisation, ce qui alimente la hausse etc.

À la différence d’un constructeur automobile classique qui doit gérer au plus près ses ressources pour abaisser les émissions de CO2 de sa gamme (les modèles les plus rentables étant souvent les plus polluants), “Tesla est dans un phénomène autoréalisateur, l’entreprise n’a pas son pareil pour vendre une vision à ses clients, aux investisseurs, ce qui crée une spirale vertueuse”, admire Jean-Christophe Liaubet.

“Tesla disrupte l’analyse financière car il invente de nouveaux modèles”, explique le spécialiste. Dans la valorisation totale du titre, “on peut estimer que le business actuel dans les voitures électriques, capacité à passer à l’échelle comprise, vaut environ 250 à 350 dollars par action. Les deux tiers de la valorisation reposent donc sur des anticipations de nouveaux modèles de développement dans le futur”.

Par exemple, ainsi qu’Elon Musk commence à l’évoquer, l’idée de créer une flotte de taxis autonomes à partir des véhicules commercialisés. “Imaginez que vous avez une Tesla dans votre garage que vous n’utilisez que le week-end. En semaine, vous pourriez mettre votre auto à disposition grâce au guidage autonome pour réaliser des trajets en ville”, et partager les recettes des courses avec le constructeur. “Il y a aussi toutes les applications liées aux batteries, domaine où Tesla possède selon les experts deux à cinq ans d’avance sur la concurrence, sur d’autres marchés que l’automobile”, notamment le stockage d’électricité produite grâce à des moyens domestiques comme le toit solaire.

Mais, ces anticipations de développement sur de nouveaux marchés restent valorisées de façon plus qu’optimiste, estime Jean-Christophe Liaubet.

“Chez Fabernovel, nous voyons deux types de risque. Tout d’abord, il y a celui d’une montée en puissance de la compétition. Les concurrents traditionnels sont loin de rester les bras croisés. Volkswagen et Toyota (qui communique peu mais fait beaucoup) notamment nous semblent bien placés. Et l’hypothèse de voir un groupe technologique comme Apple investir le marché de l’automobile électrique prend de plus en plus de poids”, souligne Jean-Christophe Liaubet.

D’autre part, le titre pourrait être en quelque sorte rattrapé par les lois de la gravité à travers une compression des multiples de valorisation. Par définition, la valorisation d’une société en Bourse est le produit d’un résultat financier par le multiple qui reflète l’appétit du marché. “Un dégonflement du phénomène de flux qui a alimenté le parcours récent du titre, grâce aux transferts de capitaux depuis les acteurs carbonés vers Tesla, pourrait se traduire par une telle modération. En outre, la croissance des résultats ne va clairement pas aussi vite que celle du cours de Bourse”. Une re-corrélation entre l’évolution boursière du titre et le rythme beaucoup moins rapide de progression des indicateurs financiers ne peut être exclue.

D’ailleurs que la capitalisation de Tesla représente 25, 15 ou 10 fois son chiffre d’affaires, “cela resterait pour autant une valorisation appréciable pour une belle entreprise”, souligne le spécialiste.

Guillaume Bayre – ©2021 BFM Bourse

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