Trump promet une réforme fiscale … financée par une hypothétique croissance

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Après l’échec de la réforme de l’Obamacare et ses revers judiciaires sur ses tentatives de contrôle de l’immigration, Donald Trump joue désormais la carte de la réforme fiscale.

Depuis quelques jours, il s’agite en vue de pouvoir pouvoir présenter quelques lignes directrices de sa réforme fiscale. Semblant quelques fois semer la panique au sein de ses équipes, bousculées par ce nouveau timing.

A moins d’une semaine de la célébration de ses cent premiers jours de Donald Trump à la Maison-Blanche, le secrétaire au Trésor US,Steven Mnuchin, et Gary Cohn, le conseiller économique du président ont dévoilé mercredi soir les grandes lignes de sa réforme fiscale. Laquelle constitue l’un des trois piliers du plan de relance  voulu par le candidat républicain, avec la déréglementation et le programme de construction d’infrastructures .

Selon un document émis par la Maison blanche dévoilant les grandes lignes de la réforme fiscale promise par le candidat républicain, le président américain propose d’abaisser l’impôt sur les sociétés à 15% contre au moins 35% actuellement. La Maison-Blanche souhaite également faire bénéficier de ce taux les entrepreneurs (commerçants, professions libérales et indépendants, dirigeants propriétaires d’entreprise…), dont les bénéfices commerciaux sont aujourd’hui imposés comme des revenus, soit jusqu’à près de 40 %.

D’après ce résumé établi sur une seule page, et en droite ligne avec ses promesses de campagne, Donald Trump souhaite également baisser les impôts des ménages américains, en réduisant de sept à trois le nombre de tranches d’imposition des contribuables US, en doublant le montant des déductions fiscales et en supprimant les droits de succession sur les biens immobiliers. Toujours aussi dithyrambique, le milliardaire a déclaré avec force le week-end dernier qu’il s’agira de « la plus grosse baisse d’impôts jamais annoncée ». Pour l’heure, on attend de voir …

Les mesures présentées devraient ravir les patrons de PME, lesquels s’estiment désavantagés par rapport aux grands groupes soumis à l’impôt sur les sociétés, et réclamaient depuis longtemps un traitement plus équitable.Mais au delà des petites entreprises, ces nouvelles règles fiscales devraient plaire aux dirigeants de grands groupes familiaux tels que celui de Donald Trump …

Pour que ses réformes puissent se concrétiser, le locataire de la Maison Blanche devra toutefois parvenir à un compromis avec le Congrès, seul habilité à décider de grandes réformes fiscales. Or, le coût élevé des mesures fait d’ores et déjà débat parmi les parlementaires. Certains « faucons » s’alarment du coût exorbitant d’une réforme aux cadeaux fiscaux désormais financés uniquement par une hypothétique hausse de la croissance, la remise en cause de la réforme de l’Obamacare privant l’Etat d’une importante baisse de dépenses qui aurait pu aider à parvenir à équilibrer autant que faire se peut le budget. Les économies qu’il était prévu de tirer de la réforme de l’assurance santé devaient en effet compenser en partie les réductions d’impôts envisagées et donc la baisse de revenus pour le budget fédéral.

Selon le think tankTax Foundation, cette réforme devrait engendrer un manque à gagner de plus de 2.000 milliards de dollars sur 10 ans.

Il y a moins d’une semaine le secrétaire au Trésor US, Steven Mnuchin, avait quant à lui indiqué au Financial Times que la grande réforme fiscale promise par le président américain Donald Trump « sera probablement un peu retardée en raison de la réforme de la santé », retoquée fin mars.

L’objectif initial de faire adopter par le Congrès un texte sur le sujet avant août « est très optimiste voire pas réaliste actuellement », avait expliqué en début de semaine dernière Steven Mnuchin au quotidien britannique, affirmant toutefois qu’il misait toujours sur un remaniement du code fiscal d’ici la fin de l’année.

Reste que le remaniement de l’ensemble du code fiscal US a été l’un des défis que plusieurs présidents, républicains comme démocrates ont tenté de relever sans pouvoir y parvenir, ses grandes lignes demeurant inchangées depuis 1986. Ils n’auront pu parvenir à faire face aux obstacles de procédures, la remise à plat de telles mesures nécessitant des compromis bien souvent difficiles à obtenir.

Alors que les leaders républicains insistent pour que le remaniement fiscal soit « neutre » pour le budget, donc sans incidence sur les recettes budgétaires, Steven Mnuchin avait indiqué de manière appuyée au Financial Times que « la croissance économique génère beaucoup de revenus ». La différence entre une croissance de 1,8% et de 3% est « stupéfiante », avait-t-il estimé, affirmant que selon les scénarios retenus, les revenus générés pouvaient varier de près de 2.000 milliards de dollars.

Des propos qui faisaient alors échos aux prévisions d’accélération de la croissance US  établies par le FMI, lequel avait quelques heures auparavant laissé inchangées ses prévisions d’accélération de la croissance outre Atlantique, prenant acte du regain de confiance impulsé par Donald Trump …. mais pointant néanmoins du doigt le flou de son plan de relance.

Dans son rapport semestriel sur la conjoncture, le Fonds monétaire international avait maintenu ses estimations de janvier dernier, indiquant que le produit intérieur brut des Etats-Unis devrait progresser de 2,3% cette année et de 2,5% en 2018, tablant sur une nette accélération par rapport à la performance mitigée de l’année dernière (1,6%).

Moins de 100 jours après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, le FMI continue donc de croire à une accélération de la croissance américaine – à court terme – une projection fondée par les promesses de dérégulation et de baisses d’impôts sur les sociétés.

« Jusqu’à maintenant, le changement attendu de politique économique a dynamisé les marchés financiers et renforcé la confiance des milieux d’affaires, ce qui pourrait alimenter encore davantage l’élan actuel », écrit le Fonds monétaire international, rappelant que la croissance était auparavant freinée par de faibles investissements.

Le Fonds estime que ce nouvel élan d’optimisme est en particulier alimenté par le plan de relance budgétaire promis par Donald Trump et notamment par une politique de grands travaux de 1.000 milliards de dollars. Néanmoins, le FMI souligne toutefois que « l’ampleur et la nature » de ce plan reste entouré d’incertitudes et met d’ores et déjà en garde contre de possibles effets pervers. En effet, selon lui, si le levier budgétaire était actionné de manière trop vigoureuse, on pourrait assister à une hausse de l’inflation contraignant la Fed – la banque centrale américaine – à réduire plus rapidement que prévu sa politique en faveur du crédit, au risque de provoquer des turbulences financières.

Enfin, le FMI se montre beaucoup plus pessimiste que le pensionnaire de la Maison Blanche en ce qui concerne le long temre. Dans un « horizon lointain », le potentiel de croissance américain ne sera que de 1,8% alors que Donald Trump a assuré quant à lui pouvoir atteindre une expansion économique de 4%.

Sources : Reuters, AFP, Les Echos

Elisabeth Studer – 26 avril 2017 – www.leblogfinance.com

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