BITCOIN : Face à l'inflation galopante, les argentins se ruent sur les cryptomonnaies

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(BFM Bourse) – Il y aurait désormais plus de deux millions de comptes argentins sur la plate-forme d’échanges de cryptomonnaies Binance, un chiffre multiplié par 10 en un an et qui correspond à 4,5% de la population. Dans ce pays en proie à de grandes difficultés économiques, les cryptomonnaies font figure de refuge.

Si la majorité des utilisateurs de plateformes d’échanges de cryptomonnaies utilisent ces dernières pour spéculer, l’affaire est autrement plus sérieuse pour d’autres. Dans un pays comme l’Argentine où plus de deux personnes sur cinq vivent sous le seuil de pauvreté, où le taux de chômage atteint 11% et l’inflation 45%, en moyenne, sur les trois dernières années, le bitcoin, l’ethereum et consorts font figure de refuge.

Pour ceux qui souhaitent mettre de l’argent de côté et contourner la limite de 200 dollars par mois d’achats de billets verts, dans une population habituée à “dollariser” son épargne pour se prémunir contre l’inflation, les cryptomonnaies apparaissent très attrayantes face aux taux d’intérêts durablement faibles. “Ce n’est pas une coïncidence si l’Argentine et le Venezuela, pays à forte inflation, sont les principaux pôles de cryptomonnaie en Amérique du Sud”, explique Marcos Zocaro, économiste et auteur de livres sur le sujet.

Sous l’effet conjugué de la rareté des dollars et de l’inflation hors de contrôle qui rendent l’épargne quasiment impossible, le marché des cryptomonnaies, encore limité, se développe ainsi à grande vitesse en Argentine. “Le nombre d’utilisateurs pour investir dans les “cryptos a été multiplié par dix en Argentine depuis 2020”, indique en ce sens Maximiliano Hinz, directeur de Binance pour l’Amérique latine.

Cette plateforme d’échange d’actifs numériques -leader incontestée du marché avec plus de 37 milliards de dollars d’échanges quotidiens de cryptomonnaies en avril (trustant 65,9% de l’ensemble du marché selon le site spécialisé TheBlockCrypto), contre 3,7 milliards par jour, en moyenne, en 2020- compte désormais plus de 15 millions d’utilisateurs dans 180 pays.

Et avec la croissance exceptionnelle du nombre d’Argentins détenant des cryptomonnaies, l’écosystème se structure rapidement. Il n’est ainsi plus rare de voir fleurir des annonces “peer-to-peer” proposant d’acheter et vendre jusqu’à des vêtements d’occasion avec du bitcoin, de l’ether, du tether ou du DAI, les cryptomonnaies les plus populaires dans le pays. À noter que les deux derniers jetons mentionnés sont des “stablecoins” qui visent à maintenir leur valeur aussi proche que possible d’un dollar américain, un constat qui a conduit la banque centrale argentine (BCRA) a demandé aux banques commerciales du pays de lui remettre les données sur les transactions effectuées par leurs clients, et aux entreprises du secteur de la fintech d’en faire de même. Selon un cadre d’une plateforme d’échanges de cryptomonnaies qui s’est confié à CryptoNews, la BCRA ciblerait en premier lieu les transactions effectuées sur ces fameux “stablecoins”, jugeant que la manœuvre permet à des Argentins de contourner les limitations strictes imposées sur les achats en dollars.

En attendant une possible évolution du cadre réglementaire, le géant local du e-commerce Mercado libre, dont le siège est à Buenos Aires (autre pays où les cryptomonnaies connaissent un essor exceptionnel), vient d’annoncer la possibilité d’acheter et vendre des biens immobiliers en bitcoins sur sa plateforme. Une décision qui “répond à une forte demande”, selon l’entreprise, alors que le marché immobilier, historiquement effectué en dollars en Argentine, tourne au ralenti en raison du manque de billets verts.

“Il y a encore quelques années, il fallait être un “nerd” pour opérer, mais les plateformes ont évolué en créant des ponts avec le public sans éducation financière”, constate Sebastian Valdecantos, économiste et fondateur en 2017 de Moneda Par, une monnaie numérique solidaire qui circule sur des marchés dans huit villes argentines. Puis les difficultés économiques ont fait émerger des “crypto-investisseurs” de tous types, selon les experts.

“J’ai des clients d’un certain âge qui avaient peur de faire un placement à échéance fixe à la banque et qui pourtant achètent des cryptomonnaies sans crainte du risque”, explique Marcos Zocaro, spécialiste des actifs numériques. D’autant que les plateformes ont largement simplifié l’achat et la vente de ces monnaies virtuelles, avec des investissements pouvant débuter à 1 peso argentin (soit 0,0088 euro).

Si les Argentins représentent plus de 10% des comptes ouverts sur Binance, les sommes investies en bitcoins restent toutefois minimes en raison du gouffre entre le peso et la plus célèbre des cryptomonnaies. Un appartement dans le centre-ville de Buenos Aires peut par exemple être proposé à la vente pour 2 bitcoins. Ces investisseurs se caractérisent également par “l’aversion au risque, bien que cela puisse paraître contradictoire dans cet écosystème hautement volatil”, explique Emiliano Limia, porte-parole de Buenbit, une entreprise locale de technologie financière.

(avec AFP)

Quentin Soubranne – ©2021 BFM Bourse

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