CAC 40 : Ces (plus de) 40 versions différentes du CAC 40 que vous ne connaissez sans doute pas

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(BFM Bourse) – Depuis qu’on impose aux gérants de se comparer au CAC “total return”, les investisseurs commencent à se familiariser avec la version alternative du CAC 40 prenant en compte le réinvestissement des dividendes. Mais l’indice phare de la Bourse de Paris connaît un nombre de déclinaisons insoupçonné !

Le grand public n’est pas forcément très au clair sur ce qu’est exactement le CAC 40. Dès lors qu’on ne s’intéresse pas à la Bourse, l’ignorance est totalement rationnelle. Beaucoup moins excusables sont les approximations (pour ne pas dire les âneries) de certains soi-disant experts qui prétendent expliquer le fonctionnement du principal indice de la Bourse de Paris. Quoi qu’il en soit, beaucoup de vrais candides (et de faux sachants) ignorent qu’en réalité il n’existe pas un seul CAC 40, mais toute une famille d’indices. Afin de répondre aux besoins de différents acteurs de marché, l’opérateur boursier Euronext a développé au total pas moins… d’une cinquantaine de versions.

Désigné sous le code mnémonique PX1, le CAC 40 a été lancé en 1988. Il est connu du public comme un baromètre donnant la tendance du marché parisien, à partir des cours d’un échantillon de 40 grandes sociétés. Lui préexistait l’indice de la Compagnie des agents de change (C.A.C.), ces intermédiaires qui bénéficiaient du monopole (rétabli par Napoléon après avoir été brièvement aboli sous la Révolution) de l’achat et la vente de titres à la Bourse de Paris. Avec la profonde réforme Balladur de 1987, supprimant notamment la charge héréditaire des agents de change, les opérateurs de marché ont avant tout voulu se doter d’un support permettant les opérations de couverture. Une fois l’indice institué, il devient possible de passer des contrats pariant sur le niveau futur, de manière à atténuer l’impact de fluctuations de marché sur la valeur de son propre portefeuille. Pour donner une base de référence, un niveau de 1000 points a été attribué à l’indice au 31 décembre 1987, reflétant les cours à cette date des sociétés composant son échantillon initial.

Le CAC 40 est donc avant tout un indice de prix, offrant aux professionnels une bonne approximation de la tendance du marché, dans le but d’effectuer des opérations sophistiquées. Ce n’est pas, au contraire du Dax allemand, un indice de rendement destiné à rendre compte de ce que rapportait un portefeuille de titres ! Raison pour laquelle les sociétés de gestion sont invitées à ne pas le prendre pour référence, car ce bon vieux CAC 40 est en réalité plutôt facile à battre sur la durée compte tenu de l’effet composé du réinvestissement des dividendes.

On entend souvent que le CAC 40 ne tient pas compte des dividendes, ce qui à strictement parler est faux, car à chaque fois qu’une entreprise de l’échantillon détache un dividende, sa variation est bel et bien ajustée (elle est calculée par rapport au cours de la veille, diminué du montant versé le lendemain). Mais la grosse différence avec un indice de rendement, c’est qu’avec ce dernier on simule le fait de réinvestir le dividende en rachetant des actions avec le montant reçu. Imaginez que vous déteniez il y a cinq ans de cela, le 24 juin 2016, 10 titres LVMH, valorisés alors 135,20 euros l’unité. En vous contentant de toucher les coupons, vous auriez sur votre compte aujourd’hui 10 titres valant désormais 6720 euros + 2400 euros en cash (qui n’a pas “travaillé”). Mais si vous aviez à chaque fois réinvesti les dividendes perçus, vous auriez davantage de titres pour une valorisation totale bien supérieure compte tenu de la progression du titre. Petit à petit l’effet du réinvestissement des dividendes finit ainsi par se cumuler, aboutissant à un différentiel de performance considérable.

À ce titre, la plus intéressante des variations de l’indice classique pour l’investisseur particulier est la version “dividendes réinvestis” : le CAC 40 GR, ou gross return (rendement brut), code “PX1GR” : c’est véritablement une mesure du rendement du CAC 40, simulant le fait de réinvestir systématiquement les dividendes perçus dans les actions qui l’ont versé (ou sur l’ensemble de l’indice si le dividende est très important par rapport à la valeur de l’action). Il existe même une version “PX1NR”, soit le CAC 40 Net Return, qui va jusqu’à prendre en compte un taux d’impôt sur le dividende.

Mais pourquoi ne pas imaginer un indice évacuant cette fois purement et simplement la composante prix ? Une version du CAC qui permettrait par exemple à un investisseur peu soucieux des plus-values mais parfaitement heureux de détenir des titres sans horizon de sortie juste pour leur dividende, de comparer le rendement de son portefeuille à celui des valeurs du CAC 40 (en faisant abstraction des fluctuations des cours) : Euronext l’a fait, c’est le CAC 40 Cumulative Dividend (“C4CD”), qui s’incrémente au fur et à mesure des dividendes versés depuis le 19 décembre 2016 – ou son équivalent remis à zéro chaque début d’année, le CAC 40 Dividend Index (“CACDI”).

Pour aller plus loin, il existe une version CAC 40 Synthetic qui vise à traduire la performance du CAC 40 de base + du CAC 40 Dividend (donc la performance des cours + des dividendes) diminuée du CAC 40 Funding (“C4FU”), ce dernier représentant le coût de détention des valeurs de l’indice phare par rapport à un placement sur l’EONIA. Autrement dit, le CAC 40 Synthetic traduit le rendement total de l’indice, une fois déduit le coût d’opportunité de l’investissement.

Il faut aussi penser à ceux qui considèrent qu’un indice par capitalisation a aussi ses biais. Forcément, si les compagnies dont la capitalisation grossit le plus obtiennent davantage de poids dans l’indice, et si celles qui régressent pèsent de moins en moins, par construction cela va favoriser le parcours de l’indice lui-même. Et si on essayait un CAC 40 équipondéré ? Evidemment, Euronext y a aussi pensé. Le CAC 40 Equal Weight (“CACEW”) reflète la performance des 40 titres de l’indice habituel, à qui on attribue une pondération identique lors de chaque révision trimestrielle. Et à chaque trimestre, on ramène les pondérations au même niveau.

Inversement, on peut imaginer des indices où les valeurs qui performent le mieux bénéficient d’un bonus en termes de pondération, indépendamment de leur capitalisation. Voilà donc le CAC 40 Performance Weighted, “CAPW”. Chaque mois, on examine la performances des valeurs de l’échantillon des 40 titres que l’on classe en quartiles. Celles du premier quartiles bénéficient d’une pondération de 3,5%, du deuxième de 3%, du troisième de 2% et du dernier quartile de 1,5%. Et les pondérations sont rebattues ainsi chaque mois.

Pour répondre à la demande d’instruments favorisant les investissements responsables, l’opérateur de marché a également conçu en 2017 le CAC 40 Governance (“CAGOV”). Dans cette version l’échantillon de sociétés est le même que celui de l’indice phare, mais les 40 titres sont pondérés non pas au prorata de la capitalisation mais en fonction des notes Vigeo Eoris Responsible Governance.

Afin de prendre en compte également les dimensions environnementale et sociale, une version logiquement baptisée CAC 40 ESG (code mnémonique “CESGP”) lui a été adjointe récemment. Cette dernière vise à identifier les 40 sociétés témoignant des meilleures pratiques environnementales, sociales et de gouvernance, ceci parmi les 60 principales capitalisations de la place.

Les investisseurs les plus joueurs trouveront quant à eux à leur disposition toute une gamme d’indices “shorts” simulant une position vendeuse sur l’indice -qui tend donc à progresser quand l’indice reflue. Cela commence avec le “CACSH”, sans levier, mais il existe des versions shorts en levier 2, 3, 5, 10 etc. De même qu’il existe des versions leveragées pour miser à la hausse sur l’indice, en cherchant à multiplier les gains par rapport à la progression du sous-jacent.

Enfin, la plupart des déclinaisons le sont aussi au format gross et net return, ce qui explique qu’on arrive facilement à bien plus de 40 versions du CAC !

Guillaume Bayre – ©2021 BFM Bourse

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