Ces boursicoteurs sur Reddit qui ont fait flamber l'action GameStop pour contrer des fonds spéculatifs

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(BFM Bourse) – Une horde d’investisseurs individuels a décidé de faire rendre gorge à des fonds pariant sur la baisse du cours d’un distributeur de jeux vidéo plutôt sur le retour, GameStop. S’organisant spontanément via la plate-forme communautaire Reddit, ils ont décidé de se porter à l’achat sur la valeur de façon concertée pour pousser le cours à la hausse jusqu’à faire craquer les vendeurs à découvert.

“Le méga-short squeeze de Reddit sur le titre GameStop”: voilà une bonne dose de jargon pour décrire un épisode déconcertant qui se déroule sur le New York Stock Exchange, et dont l’épilogue reste sans doute à écrire

GameStop est un distributeur de jeux vidéos et de produits électroniques grand public à l’ancienne, c’est-à-dire au travers de boutiques physiques (le groupe texan est notamment propriétaire de l’enseigne Micromania en France). À ce titre, l’entreprise est à la peine depuis des années face à l’essor des ventes en ligne (directement par les éditeurs de jeux ou par les plateformes telles que Steam). Déficitaire, GameStop n’a d’autre choix que de fermer un peu plus de points de vente chaque année. Coté au NYSE, le groupe a perdu près de 95% de sa valeur au cours des cinq dernières années.

mais la faiblesse intrinsèque du cours (plancher des 10 dollars enfoncé en 2019, des 3 dollars en 2020) a commencé à intéresser quelques boursicoteurs à la recherche de paris à haut risque / haut potentiel. Notamment des habitués du sous-forum “WallStreetBets” sur Reddit, prêts à tenter le coup en plaisantant qu’au niveau abyssal de capitalisation (tombé pas loin de 100 millions de dollars l’an dernier, ce qui représente une micro-cap à Wall Street), les habitués du forum n’auraient pas un gros effort financier à faire pour prendre le contrôle.

Arrivée d’un nouvel investisseur de poids

Fin août dernier, l’arrivée d’un entrepreneur de l’e-commerce a donné lieu à une première accélération. Via son fonds RC Ventures, Ryan Cohen a acquis 9% du capital de la chaîne en difficulté. L’homme d’affaires est connu pour avoir cofondé et dirigé un site de vente de produits pour animaux, Chewy, qu’il a revendu en 2017 pour 3,35 milliards de dollars. Dans le sillage, GameStop a annoncé quelques bonnes nouvelles, comme la conclusion en octobre d’un partenariat pluriannuel avec Microsoft, et une nouvelle augmentation de la participation de Ryan Cohen. De quoi ramener au fil des mois le titre à proximité de 20 dollars, niveau représentant déjà un plus haut depuis 2017, à la grande satisfaction des boursicoteurs qui avaient eu le flair de parier sur un rebond au moment où l’action GameStop était la plus délaissée.

Mais certains fonds ont jugé que la reprise du titre était prématurée ou excessive, et ont parié en parallèle sur un retour vers les planchers en vendant le titre à découvert. Ce qui signifie qu’ils ont emprunté des titres pour les vendre sans les détenir, espérant que le cours redescendrait pour leur permettre d’acheter moins cher au moment de restituer les titres à leurs propriétaires.

Des vendeurs à découvert contraints d’abandonner la partie

Dans ce contexte, l’affect s’est invité dans l’histoire. Furieux de voir des fonds spéculatifs (la vente à découvert, activité la plus risquée qui soit en Bourse car le potentiel de perte est littéralement illimité, est l’apanage de quelques professionnels seulement) se dresser sur leur chemin, les adeptes des forums boursiers ont décidé de faire méthodiquement monter le cours pour faire plier les “short sellers”. Une forme particulière de “pump & dump”, puisqu’en l’espèce les promoteurs du titre ne sont pas à la manoeuvre à l’aide d’informations plus ou moins trompeuses ou d’estimations exagérées, mais s’encouragent les uns les autres à acheter méthodiquement dans le but explicite de faire plier les hedge funds vendeurs.

Et, grâce à la caisse de résonnance qu’apportent les réseaux sociaux et les chat rooms des brokers en ligne, la masse est en train de réussir son pari face à des professionnels à l’image sulfureuse : +57% le 13 janvier, +51% vendredi dernier, +92% mardi. Face à cela, les vendeurs à découvert ont du mal à tenir leur positions – car leurs bailleurs de fonds voyant les pertes latentes gonfler risquent de demander à sortir. Ils sont donc obligés de couper leurs pertes, donc de racheter avant que le titre ne devienne encore plus cher, ce qui accroît le rebond, etc. Melvin Capital, le plus offensif des fonds spéculatifs qui pariait contre la hausse de GameStop, a clôturé mardi sa position. Gabriel Plotkin, son gérant, a annoncé avoir jeté l’éponge après une lourde perte. Selon lui, Melvin Capital n’est pas exposé à la faillite, mais d’autres hedge funds (Citadel et Point72) ont dû injecter près de 3 milliards de dollars pour se maintenir à flot.

Guillaume Bayre – ©2021 BFM Bourse

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