La pandémie met le marché de la EdTech en pleine effervescence

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(BFM Bourse) – Record d’investissements, floraison de fonds thématiques, ambitions boursières et d’internationalisation: en pleine frénésie, le marché des technologies éducatives (EdTech) dopé par la crise sanitaire, voit dans la nouvelle suspension des cours en présentiel une opportunité de grandir encore.

Segment jusqu’alors sous-investi dans le marché de l’éducation, la EdTech a connu “une explosion avec la crise”, observe Marie-Christine Levet, fondatrice d’Educapital, fonds européen spécialisé dans l’éducation numérique. “Alors que des millions de familles vont expérimenter de nouveau l’école à distance, il y a une réelle opportunité de croissance du secteur en France”, affirme-t-elle.

Depuis plus d’un un an, écoles, universités et entreprises ont été contraintes d’investir dans des solutions numériques au service de l’enseignement et de la formation professionnelle ou continue en réponse aux confinements planétaires imposés par la pandémie. “La EdTech a commencé la dernière décennie avec 500 millions de dollars de capital-risque investis en 2010 et terminé 32 fois plus haut, à 16,1 milliards de dollars en 2020”, selon le rapport annuel de CPR AM sur son fonds Invest-Education. Ce record d’investissements est plus de deux fois plus élevé qu’en 2019 et 2018. Et les experts s’accordent à dire que le contexte sanitaire a permis au secteur de gagner cinq à dix ans en termes de rythme de développement et que ce virage numérique a vocation à perdurer.

Une dynamique pérenne

Avant le Covid-19, le potentiel du marché était évalué à 325 milliards de dollars à horizon 2025. Désormais, les estimations tournent autour de 400 à 500 milliards, dont 50 à 90 milliards attribués à l’opportunité de la crise. En 2020, il représentait 186 milliards de dollars, soit un grain de sable (3%) du marché très éclaté de l’éducation, venu tardivement au numérique.

Bien que forcée au départ, l’adoption des usages a été très forte, relèvent les experts. “L’EdTech va augmenter encore plus vite que le reste du secteur” de l’éducation, de 15% par an d’ici à 2025, estimait également en mars Alice de Lamaze, gérante du fonds Pictet Human.

Ce qui alimente cette croissance, détaille Benjamin Vedrenne-Cloquet, patron de deux SPAC cotées au Nasdaq, dont l’objectif consiste à racheter des sociétés spécialisées dans l’EdTech, c’est le “double milliard”. Le premier, démographique, correspond à la prévision des nouveaux entrants dans le secteur de l’éducation à horizon 2030. Le second, financier, découle de l’obsolescence accélérée des actifs sous l’effet de l’intelligence artificielle, qui incite à renouveler sans cesse l’offre des produits et contenus.

Le marché est largement dominé par la Chine, qui a fait de l’éducation un enjeu majeur de son développement, mais l’Europe entend profiter de la récente adoption des nouveaux outils d’apprentissage plus personnalisé et plus immersif pour combler son retard dans l’enseignement scolaire et universitaire.

Le chinois XTB est valorisé 24 milliards de dollars

Si l’éducation est un secteur très prisé par les fonds de capital-investissement, les alléchantes capitalisations boursières ont de quoi faire rêver les spécialistes du numérique éducatif. Celle du chinois XDF, spécialiste du tutorat après-école coté sur le New York Stock Exchange, vaut 24,7 milliards de dollars. Et cotée depuis mars à la Bourse d’Oslo, la plateforme Kahoot! vaut actuellement plus de 4 milliards de dollars. Aux Etats-Unis, où les entreprises EdTech cotées ont connu une belle performance boursière (+330%) de janvier 2016 à décembre 2020, plusieurs licornes dont Duolingo et le californien Coursera envisagent de faire le grand saut.

“Il y a une tendance à la hausse de l’éducation à distance, mais cela ne veut pas dire que tous les modèles sont résilients”, tempère Marina Iodice qui supervise le fonds actions Santé et Bien-être chez le gérant d’actifs néerlandais NN Investment Partners .

Pour le français EvidenceB en tous cas, l’avenir s’annonce très prometteur et international. Fondée en 2017, la start-up qui mêle sciences cognitives et intelligence artificielle pour proposer un apprentissage personnalisé aux élèves du primaire au lycée a triplé son chiffre d’affaires depuis sa première levée de fonds fin 2019. Interrogé par l’AFP, son fondateur Thierry de Vulpillières (ex-directeur des partenariats éducatifs chez Microsoft) est confiant de récidiver le même exploit cette année grâce à la conquête du marché international.

“Il y a une valeur sur la pédagogie française considérable qui ne doit pas être un objet de rachat mais un objet d’export”, indique l’entrepreneur qui vient de boucler un partenariat avec le leader mondial de l’édition scolaire Pearson dans l’apprentissage du latin en Italie.

(avec AFP)

Q. S. – ©2021 BFM Bourse

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