Les fleurons de la French Tech prêts à susciter une nouvelle vague d'introductions en Bourse

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(BFM Bourse) – Les planètes semblent s’aligner avec des conditions de marché favorables et l’émergence des sociétés de la French Tech. Le marché parisien pourrait connaître un “super cycle” d’introductions au cours des prochains trimestres, pour peu que les opérations de Believe ou OVH soient des succès.

Après un millésime 2020 exceptionnel en termes d’introductions en Bourse à l’échelle mondiale, mais décevant en France -le pire depuis 2012- où seul Nacon a levé plus de 100 millions d’euros, la cuvée 2021 s’annonce bien meilleure sur le marché parisien. Alors qu’elles ont hésité à pousser les portes de la Bourse dans un environnement particulièrement mouvementé en 2020, l’activité en ce début d’année, bien qu’encore relativement timide, laisse présager un retournement de tendance.

Elles sont jusqu’ici quatre (Medesis, Pherecydes, HRS et Largo) à avoir fait leur premiers pas sur Euronext Growth)*, avec des opérations toutes largement sursouscrites (entre 3,4 fois pour le spécialiste du reconditionnement éco-responsable Largo et 7,4 fois pour Medesis Pharma, bitoech montpelliéraine à l’origine d’une technologie de nano-émulsion permettant d’administrer un principe actif médicamenteux directement au cœur des cellules). Et d’autres vont suivre prochainement, à commencer par Obiz le 26 mai puis ekWateur le 28).

Surtout, et c’est un événement, OVHCloud puis Believe ont tour à tour annoncé leur projet d’introduction en Bourse, ce qui en fait les deux premiers candidats du Next40 label FrenchTech à s’aventurer sur le marché.

Paris ne joue pas dans la même cour que New York ou Londres

“L’année 2021 sera forcément mieux que l’année 2020 (…) mais il faut se rappeler que les flux sur Euronext sont assez secs depuis quelques années” nuance d’emblée Franck Sebag, associé chez EY en France. “Quand on dit que le marché repart, c’est vrai, pour autant dans les belles années on avait 4-5 milliards d’euros de fonds levés” rappelle-t-il, citant en exemple le cru 2015, où quatre entreprises (Amundi, Spie, Europcar et Elis) avaient chacune récolté plus d’un milliard d’euros lors de leur arrivée sur le marché. “Même en 2019, 3,5 milliards d’euros avaient été levés grâce à FDJ et Verallia” relève-t-il. L’année 2021 ne sera pas du même tonneau prévient Franck Sebag, même s’il estime qu’on “devrait rapidement atteindre le milliard d’euros si les opérations de Believe, Oscaro [Autodis Group] et OVH se concrétisent”.

À ce stade néanmoins, seulement 226 millions d’euros ont été levés sur les trois opérations du premier trimestre, auxquels il faut ajouter les 22,8 millions levés par Largo fin avril. “C’est un autre monde par rapport aux Etats-Unis, ou même à Londres” souffle l’expert, qui recense pas moins de 24 opérations, pour quelque 8 milliards d’euros levés (Deliveroo (1,7 milliard d’euros), DocMartens (1,5 milliard), MoonPig (700 millions), etc.) sur la place britannique entre janvier et mars. Sur la même période, 91 IPO ont eu lieu à New York, pour 38 milliards de dollars levés – sans compter les 89 milliards collectivement récoltés via les 298 SPAC sur le seul premier trimestre à Wall Street.

Les sociétés de la French Tech se lancent dans le grand bain

La dynamique actuelle apparaît cependant porteuse d’espoirs sur le marché parisien où, évènement, des sociétés à forte croissance et à vocation technologique préparent leur introduction. En l’espace de deux mois, la pépite française du cloud computing OVHcloud puis le label numérique Believe Digital ont fait part de leur intention de lever de l’argent sur le marché en 2021. Ces deux groupes sont membres du label Next40 créé par le gouvernement français en 2019 pour soutenir et promouvoir 40 jeunes entreprises qu’il considère comme “prometteuses et susceptibles de devenir des leaders technologiques”.

“Nourris d’argent privé au cours des 5 à 7 dernières années, les enfants sont prêts pour aller dans le grand bain” image Pierre Kiecolt-Wahl, associé Equity Capital Market chez Bryan Garnier. “La FrenchTech [autre label créé par le gouvernement en 2014] commence à porter les fruits de tous les investissements consentis, l’écosystème arrive à maturité” observe également Joy Sioufi, associé au sein du bureau parisien de la banque d’affaires britannique GP Bullhound. Il rappelle certes que l’écosystème tricolore “revient de loin” dans l’accompagnement de ces startups, tant sur le plan des compétences financières que sur l’aspect juridique.

Le label FrenchTech a selon lui permis d’accélérer nettement le mouvement, grâce aux “efforts du gouvernement pour faciliter l’accès au marché français aux investisseurs américains et à l’accélération du capital français avec le label LateTech, composés de 24 fonds, dont 7 sur le volet coté, capables d’investir 20 à 25 millions par tour d’investissement, des phases d’amorçage aux late stages” détaille-t-il. “Cela a permis de faire émerger plus vite des sociétés à forte maturité, ou à fort potentiel de maturité rapide” explique l’expert, qui cite le néo-assureur Alan en exemple (valorisé 1,4 milliard d’euros lors de son dernier tour de table à 185 millions d’euros en avril).

Autre élément qui démontre la maturité de l’écosystème selon Joy Sioufi: le fait que de plus en plus d’entrepreneurs en sont à leur deuxième ou troisième société. “C’est le cas de la majorité des groupes du Next 40. Cela rend le capital plus efficace et le taux d’échec plus faible” souligne-t-il. Résultat: “alors qu’on stagnait à 3-4 licornes depuis quelques temps, on en a entre 12 et 13 aujourd’hui, ça reste loin du nombre au Royaume-Uni mais on se rapproche”.

L’introduction de Believe Digital: “un vrai test pour le marché”

“L’écosystème est prêt, le marché est profond, il y a toutes les compétences nécessaires pour valoriser et soutenir ces sociétés” énumère Pierre Kiecolt-Wahl. Pour autant, il faut absolument que la première réussisse “sinon le cycle peut être compromis” avance-t-il. Il incombe pour ce faire aux banques en charge des opérations (Goldman Sachs, Société Générale, Bryan Garnier, etc.) de pricer correctement ces entreprises d’un genre nouveau pour les investisseurs tricolores.

Plus qu’OVH, c’est l’introduction de Believe qui va donner le ton au marché car, contrairement à OVH accompagné depuis 2014 par Société Générale, le label numérique dirigé par Denis Ladegaillerie “vient de cet écosystème French Tech et va montrer que la sortie par IPO pour des société financées par du venture capital peut fonctionner” prédit Joy Sioufi. L’opération constituera ainsi “un vrai test pour vérifier que le marché fonctionne bien” selon Franck Sebag, qui ajoute que “si les investisseurs ne répondent pas présent, ce sera compliqué pour celles d’après”. En revanche, si c’est un succès et que la valorisation est au rendez-vous, cela pourrait détourner d’autres sociétés de la tentation de Wall Street.

Pierre Kiecolt-Wahl se montre néanmoins relativement confiant sur l’accueil que vont recevoir les sociétés technologiques. “On est très bien placés par rapport à d’autres Bourse (Milan, Bruxelles, Amsterdam voire Francfort) où le niveau de compétences sur place est très pauvre. Même l’Allemagne a besoin d’importer du capital pour soutenir leurs introductions (entre 30 et 50% des fonds apportés viennent de l’extérieur), ce qui n’est pas le cas en France où nous avons de gros fonds dédiés (Axa, Arbevel, Amundi) et sommes donc moins dépendants de l’appétit étranger”.

Vers un “super-cycle” d’IPO?

“Le pari qu’on prend tous, c’est que Believe et les autres groupes de la French Tech vont apporter un nouveau souffle au marché, une nouvelle lecture, dans les roadshows, etc. pour éduquer le marché” espère Joy Sioufi. Si tel est le cas, il n’est pas à exclure que l’on assiste à un nouveau “super-cycle d’IPO” sur le marché parisien pour Pierre Kiecolt-Wahl. Le spécialiste du marché pointe en effet, outre l’émergence des sociétés de la French Tech, une conjonction d’éléments favorables aux introductions en Bourse.

“Le marché ne ferme jamais mais il y a toujours un moment dans le cycle économique, politique et monétaire, où on voit la fenêtre s’ouvrir très grande” explique-t-il. “Nous sommes dans cette partie du cycle, qui devrait durer deux, trois ans voire davantage, il s’agit d’une question de gestion de portefeuille côté buy-side à un moment de reflation, voire d’inflation, où les gros fonds transfèrent l’argent des obligations aux actions”. Ce à quoi il faut ajouter les “énormes liquidités” déversées par les marchés, alors que les “rendements souverains restent négatifs ou très faibles et que le marché immobilier semble moins intéressant actuellement”. Bref, les planètes s’alignent pour le marché des introductions en Bourse.

Pour peu que les premières opérations soient une réussite, nous pourrions donc être à l’aube d’un “super-cycle” digne des années 1998 à 2000 (Wanadoo, Orange, EADS, Veolia), puis 2005 à 2007 (EFD, GDF, Natixis, etc.), conclut-il.

* sans compter de nombreux transferts (Geci, Voluntis, Netgem, Tivoly, Innelec) du marché réglementé à Euronext Growth

Quentin Soubranne – ©2021 BFM Bourse

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