NATIXIS (ex.Natexis Bq Popul.) : Le désastre boursier NATIXIS (ex.Natexis Bq Popul.) reste en travers de la gorge des petits actionnaires

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(BFM Bourse) – Depuis plusieurs séances, l’action Natixis cote davantage que le prix de 4 euros par action proposé par BPCE pour racheter les 29,3% du capital aux mains des minoritaires. Dénonçant une offre injurieuse en regard des 19,55 euros demandés lors de l’introduction du groupe en 2006, les petits porteurs commencent à se fédérer.

“Ne rien faire devant ce scandale c’est se rendre complice”… Sur une plateforme internet spécialisée, les premiers signataires d’une pétition adressée au ministre de l’Economie Bruno Le Maire et à l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour dénoncer le “scandale du rachat des actions Natixis à 4€ par la BPCE qui les avait émises à 19,55€” ne mâchent pas leurs mots. Pour l’instant, l’initiative ne dépasse guère le stade du défouloir, puisque la pétition ne s’accompagne d’aucune demande précise. Il n’en reste pas moins que beaucoup d’actionnaires de long terme partagent le sentiment de s’être fait avoir. Et de façon plus terre à terre, le cours de Natixis dépasse symboliquement le prix proposé par BPCE. Cela révèle qu’une frange non négligeable d’actionnaires sont déterminés à ne pas apporter leurs titres au prix actuellement envisagé.

Les écrits restent. Sur le site corporatif de Natixis, l’historique des communiqués de presse ne remonte pas, c’est sans doute fortuit, aussi loin que l’introduction en Bourse de l’entreprise. Mais une petit plongée dans la presse de l’époque ramène à la surface quelques perles qui restent en travers de la gorge des actionnaires de la première heure.

Formée par la réunion de Natexis (banque de financement des Banques Populaires, dont la cotation précédait celle de Natixis) et d’Ixis (banque d’investissement des Caisses d’Epargne), et dirigée pour faire bonne mesure par un ex-Crédit Lyonnais, Dominique Ferrero, cet attelage entre banquiers mutualistes visait à peser davantage sur le marché, avec une capitalisation qui passait mécaniquement de 10 à environ 25 milliards d’euros, et devenant la 15e banque de la zone euro par le montant des fonds propres. “Natixis sera extrêmement créateur de valeur”, assurait dans un entretien au journal Les Echos Charles Milhaud, le patron des Caisses d’Epargne. “Si Natixis marche, ce que je crois, nos concurrents ont du souci à se faire”, indiquait même au Monde Philippe Dupont, patron des Banques Populaires.

1,5 million d’investisseurs individuels

L’ouverture d’une partie du capital auprès des petits porteurs s’était réalisée à grand renfort de publicité – notamment une campagne TV de 15 millions d’euros élaborée par Euro RSCG visant à mettre en lumière une finance socialement utile. Les conseillers financiers des deux réseaux avaient été mis à contribution pour proposer directement aux clients des différentes succursales des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne de miser sur la pouliche maison.

Certes, investir dans une banque principalement active sur les grands méchants marchés financiers n’était pas le premier réflexe des épargnants d’alors. Mais l’argument était soigneusement fourbi: “Natixis n’est pas seulement une grande banque d’investissement. Les participations qu’elle détient dans les réseaux des Caisses d’épargne et des Banques populaires (20% de chacun) en font aussi une véritable banque universelle”. En effet, le schéma de départ attribuait à l’entité cotée 20% des certificats coopératifs d’investissement (CCI) des Caisses d’Epargne et autant de ceux des Banques Populaires, c’est-à-dire des parts de la banque de réseau des deux côtés. L’idée était de garantir à Natixis un flux de bénéfices relativement stables, l’activité de banque au détail étant réputée plus régulière que la banque d’investissement et de financement, davantage soumise aux aléas des marchés (ces CCI ont par la suite été rétrocédés aux maisons mère, en 2013).

La réalité fut… notablement différente. Moins d’un an après l’opération, qui avait séduit 1,5 million d’investisseurs individuels en novembre 2006, la crise des “subprimes” éclatait à l’été 2007. “Une affaire de portée limitée”, rassurait Dominique Ferrero dans Les Echos. En réalité, la banque via sa filiale américaine CIFG avait largement souscrit à ces produits “toxiques”, qui ont provoqué des pertes quasi sans fin.

Une augmentation de capital au pire moment

Début 2008, la première publication de résultats du nouvel ensemble fait apparaître un lourd déficit… alors que la crise financière est encore loin d’avoir atteint son paroxysme. En juin, les deux maisons-mères doivent avancer 2,5 milliards d’euros en urgence. En septembre, Natixis n’a d’autre recours que de s’adresser au marché pour obtenir 3,7 milliards supplémentaire afin de renforcer sa solvabilité. Le timing de l’augmentation de capital ne peut pas tomber plus mal : aux Etats-Unis la banque Lehman Brothers fait faillite et le Trésor américain doit déployer 180 milliards de dollars pour sauver AIG. Pour attirer suffisamment d’investissement, Natixis doit consentir à un prix sacrifié de 2,25 euros – soit presque 90% en-dessous du prix d’introduction moins de deux ans auparavant.

Sur l’ensemble de 2008, le titre perd 85% de sa valeur mais le pire est encore devant: la dégringolade amènera Natixis nettement sous l’euro symbolique, à 76 centimes au plus bas historique de mars 2009 ! Le titre remontera ensuite, mais ne connaîtra pas pour autant un parcours de tout repos (à l’échelle des dix dernières années par exemple, Natixis a connu autant d’exercices de baisse que de hausses en Bourse).

Des valeurs bancaires dans la tourmente

Les actionnaires auraient-ils pu espérer mieux ? La contre-performance de Natixis n’est pas non plus une exception. Sur longue période, l’évolution depuis novembre 2006 est même… légèrement supérieure à celle de l’indice EuroStoxx Bank – essentiellement grâce au coup de pouce apporté par l’annonce de l’OPA il y a un mois.

En outre, les dividendes perçus au fil du temps ont tout de même permis de diminuer le prix de revient. Selon la base de données de BFM Bourse, chaque titre a donné lieu à 4,74 euros de dividendes depuis l’ouverture du capital. Cela éponge un peu la moins-value, mais sans l’annuler complètement. D’après nos calculs, même en réinvestissant sur le champ les dividendes perçus, la rendement total serait encore de l’ordre de -38%.

Au cours de 4,13 atteint vendredi soir par Natixis, certains des détenteurs actuels semble plus enclins à rester au capital, plutôt que refermer la page à 4 euros. En espérant peut-être combler peu à peu ces pertes, ou à défaut obtenir un geste supplémentaire de l’initiateur?

Guillaume Bayre – ©2021 BFM Bourse

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