21% des salariés vont se faire livrer leurs achats de Noël au bureau

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Poser une demi-journée de congés pour réceptionner chez vous le cadeau de Noël de belle-maman, convaincre votre concierge d’accepter de stocker le vélo dernier cri livré pour le petit dernier, faire la queue à La Poste pour récupérer le colis dont la livraison a échoué car le transporteur est passé pile poil au moment où vous étiez sorti promener Médor… Face aux petits tracas de la commande en ligne, une part conséquente de salariés semblent avoir trouvé la parade: la livraison directe au bureau. Ils seraient 28% à y recourir au moins occasionnellement, selon un sondage Ifop pour BNP Paribas Real Estate*, publié ce jeudi 12 décembre. Une tendance qui se renforce pour les fêtes: 21% des salariés prévoient de se faire livrer leurs achats de Noël au bureau. “Un chiffre encore loin d’être majoritaire mais qui représente tout de même un potentiel de 5,3 millions de salariés”, pointe l’étude.

Une estimation à prendre avec précaution. Le sondage a été mené avant le début des grèves qui pourraient conforter les Français à se faire livrer chez eux plutôt que sur un lieu de travail qu’ils ont déjà eux-mêmes du mal à atteindre.

“Cela reste bien sûr minoritaire mais, à mon avis, vu le bond du e-commerce observé ces dernières années, il s’agit là d’un phénomène qui va croître dans les années à venir quand on voit que 45% des sondés reconnaissent un intérêt dans le fait de se faire livrer au travail. Et si l’on se fie à la part importante des millenials qui le font déjà, ce mouvement ne peut que se confirmer”, anticipe Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. 

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D’après l’étude, les 18-34 ans sont effectivement beaucoup moins hésitants que leurs aînés à se faire livrer leurs colis personnels au travail. Autour de 33% d’entre ont opté pour cette alternative, contre 24% des plus de 50 ans. La tendance touche par ailleurs davantage les CSP+, les travailleurs franciliens et salariés d’immeubles de bureaux et de boutiques. Ce ne sont en revanche pas les salariés d’ETI ou de grands groupes qui s’autorisent le plus ses envois mais au contraire davantage ceux de PME de moins de 50 salariés (30% d’entre eux). Selon le directeur général adjoint de l’Ifop, cela s’explique notamment par le fait que l’écrasante majorité des entreprises françaises (98%) sont des TPE-PME.

Un défi culturel et logistique pour les entreprises

“Cette tendance témoigne d’une séparation entre sphère professionnelle et personnelle totalement abolie, où le lieu de travail est désormais considéré comme un lieu de vie à part entière”, affirme Frédéric Dabi. Cette nouvelle donne pose en revanche un défi pour les employeurs tant d’un point de vue culturel que logistique. Parmi les principaux freins cités à cette pratique, “le fait que votre entreprise n’autorise pas la réception des colis personnels” arrive en deuxième position, cité par 42% des répondants, juste derrière “le manque de confidentialité de vos achats” (45%), et devant “les remarques que pourraient faire vos collègues et supérieurs sur vos achats” (39%). La politique de l’entreprise est même citée comme premier frein par 27% des sondés.

“Ces interdictions n’empêchent par que les livraisons personnelles se réalisent. La preuve, parmi ceux qui réceptionnent déjà leurs colis au bureau, 30% pointent le fait que leur employeur ne l’autorise pas, souligne Frédéric Dabi, qui ajoute: une entreprise qui se veut citoyenne, impliquée dans la cité, a intérêt à accompagner le phénomène au niveau de son image mais de son activité aussi.” Selon lui, un salarié qui n’a pas à poser de RTT ou à partir plus tôt pour réceptionner un colis chez lui, c’est un travailleur plus serein, donc certainement plus productif également.

Pression des fêtes de fin d’année

Reste que ces politiques restrictives ne sont pas seulement le fait d’un petit lobby de réceptionnistes et de patrons réfractaires par principe. La bonne gestion de la réception des colis pose problème pour les entreprises tant d’un point de vue légal que logistique, en particulier pendant la période des fêtes de fin d’année. “Bien souvent, les services d’accueil de nombreux immeubles de bureaux ne sont ni habitués à gérer ce type de livraisons ni équipés pour le faire. Or, il y a un vraie question de disponibilité et de responsabilité en cas de vol ou de détérioration du produits par exemple”, souligne Csongor Csukas, président de BNP Paribas Real Estate Property Management France, qui développe notamment une offre de consignes de colis digitalisées à destination des entreprises.

Ajoutée à cela, une pression supplémentaire à l’approche des fêtes de fin d’année. “Quelques jours avant Noël, des transporteurs comme La Poste enregistrent une journée de pic avec un flux de colis à livrer deux à trois fois plus élevé que la moyenne quotidienne. Imaginez maintenant une entreprise de 1.000 salariés, où seulement 10% d’entre eux décident de se faire livrer au bureau ses derniers cadeaux. Cela peut potentiellement représenter jusqu’à 200 colis personnels à réceptionner en une journée pour l’entreprise. Suffisant pour devenir ingérable quand on traite ça à l’ancienne”, pointe Mike Haziza, directeur conseil logistique et supply chain chez BNP Paribas Real Estate.

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Reste que déployer un service capable d’absorber ce flux à un coût. Pour une consigne digitalisée dans un immeuble de bureaux, comptez par exemple quelques dizaines de milliers d’euros pour l’installation, puis quelques centimes d’euros par livraison de colis. Mais, rien n’est trop beau pour satisfaire la fièvre acheteuse de vos collaborateurs, non? 

*Méthodologie: L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1348 salariés, représentatif des salariés français âgés de 18 ans et plus. Cet échantillon a été constitué à partir d’un échantillon de 2530 personnes, représentatif de de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon de départ a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interviewée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 20 novembre 2019.

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