A400M : Airbus appelle au secours en demandant la clémence, son avenir en jeu

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Grosse frayeur à prévoir pour les salariés d’Airbus. Sans compter sur tous les sous-traitants du constructeur et les régions fortement dépendantes du géant aéronautique. Suite aux déboires récurrents de l’A400M, Airbus appelle désormais à l’aide, laissant même entendre que sa survie est engagée. Rien de bien rassurant …

Le constructeur aéronautique vient ainsi de demander une réunion ministérielle européenne sur le sujet, affirmant que sa propre viabilité était en jeu en raison des pertes accumulées par le programme de l’appareil militaire.

Désormais Airbus tente ainsi de  limiter les pertes du programme … en appelant au secours.

Cette démarche intervient alors que mercredi dernier, le groupe a annoncé une nouvelle charge de 1,2 milliard d’euros sur le dossier pour le quatrième trimestre, demandant parallèlement aux sept pays de l’Otan clients de l’A400M de limiter l’exposition du groupe aux importantes pénalités et reports de paiements auxquels il est confronté suite  aux difficultés techniques et retards de l’appareil. Réduire les risques et renforcer l’exécution de ce programme est absolument prioritaire en 2017, a  martelé Tom Enders, président exécutif, à l’occasion de la publication des résultats, précisant  que le conseil avait mandaté la direction pour réengager des discussions avec les clients pour plafonner l’exposition restante.

Dans une lettre adressée à ses clients français, belges, allemands, espagnols, turcs et britanniques, le président d’Airbus, Denis Ranque et Tom Enders font état de « risques significatifs à venir » sur le projet. « Nous sommes engagés dans le programme A400M. Cependant il est de notre responsabilité d’assurer la viabilité d’Airbus » est-il ainsi indiqué dans le courrier. Pour rappel, l’Allemagne est le principal client pour l’A400M, développé initialement pour sept pays européens membres de l’Otan.

Evoquant des pertes « colossales », les deux dirigeants demandent ainsi que les ministres de ces pays se réunissent pour prendre la mesure de la situation et convenir des prochaines étapes dans l’intérêt de la poursuite du programme, des gouvernements clients et du secteur européen de la défense.

Airbus demande également des discussions avec Europrop International (EPI), consortium fournisseur des moteurs de l’avion qui sont à l’origine de certains retards. Pour rappel, EPI réunit le français Safran, le britannique Rolls-Royce, l’allemand MTU Aeroengines et l’espagnol Industria de Turbo Propulsores (ITP).

Selon l’entourage du constructeur, le coût du projet, évalué initialement à 20 milliards d’euros, dépasse à l’heure actuelle 30 milliards. Le groupe a d’ores et déjà passé cinq milliards d’euros de provisions sur le programme à la suite de problèmes liés à sa boîte de transmission et à des fissures sur le fuselage.   L’année dernière, la charge  liée à l’A400M est passée de 1 milliard d’euros sur les neuf premiers mois de 2016 à 2,2 milliards en fin d’année. L’alourdissement de 1,2 milliards sur le seul 4ème trimestre s’explique notamment par la situation critique liée au boîtier de transmission du moteur.

Interrogée sur le dossier, une porte-parole d’Airbus a uniquement indiqué que toute discussion impliquerait à la fois les pays concernés, l’OCCAR (Organisme conjoint de coopération en matière d’armement) européen et les motoristes. Mercredi, un porte-parole de l’OCCAR a déclaré que l’agence européenne était en contacts étroits et réguliers avec Airbus, refusant toutefois d’évoquer les demandes de dernier.

Pour rappel, en 2010, Airbus a obtenu une enveloppe supplémentaire de 3,5 milliards d’euros des sept pays acheteurs, laissant toutefois entendre par la suite que cette somme ne lui permettrait pas de faire face entièrement aux difficultés financières induites par le dossier.

Les ministères de la Défense des sept pays acheteurs devaient s’entretenir par téléphone jeudi des demandes d’Airbus.

Ce véritable appel au secours intervient alors que début février, l’avion de transport militaire A400M de la ministre de la Défense allemande  était tombé en panne mardi lors d’un déplacement en Lituanie. Un énième incident pour le gros porteur d’Airbus qui pourrait lui coûter cher avais-je alors indiqué.

Si le vol aller s’est passé sans encombre, l’A400M n’a pas pu toutefois repartir à l’issue de la cérémonie, victime d’une panne sur un moteur. Le retour a dû se faire à bord d’un avion de type « Transall », appareil vieux d’une cinquantaine d’années que le programme A400M doit précisément remplacer.

Ce dysfonctionnement voyait le jour alors que Berlin a régulièrement exprimé son mécontentement face aux retards accumulés par le programme A400M, lancé dans les années 2000 mais victime de multiples problèmes.

Le 9 mai 2015, un A400M s’était écrasé lors d’un vol d’essai près de Séville, dans le sud de l’Espagne, entraînant la mort des deux pilotes et de deux ingénieurs. Lors du crash, trois des quatre moteurs de l’appareil ne répondaient pas aux commandes de l’équipage.

En décembre dernier, quelques heures avant la livraison de son sixième exemplaire de l’A400M, le ministère allemand de la Défense avait déclaré que groupe d’aéronautique et de défense risquait de devoir indemniser Berlin pour les retards de l’appareil.

Le programme A400M a en effet accumulé des années de retards et d’importants dépassements budgétaires. Selon un rapport du ministère de Défense destiné au Parlement, les coûts supplémentaires incombant à l’Allemagne s’élèveraient désormais à 9,6 milliards d’euros, soit un milliard et demi de plus les montants initiaux. Le prix unitaire de l’appareil est désormais évalué à 181 millions d’euros, soit 28 millions de plus qu’au départ, précise également le document.

En août 2016, Berlin a demandé à Airbus 12,7 millions d’euros d’indemnités au titre du retard de livraison de l’avion livré en juillet. Un porte-parole du ministère de la Défense avait alors déclaré que ce dernier demanderait des compensations pour tous les retards de livraison à venir.

Le mois dernier, le ministère de la Défense d’outre Rhin a informé Tobias Lindner – parlementaire écologiste allemand – qu’il avait demandé une compensation de 39,4 millions d’euros à Airbus pour les retards de livraison des cinq premiers avions, dont 27,2 millions d’euros avaient déjà été versés.

Selon le programme initial, Berlin devrait avoir pris livraison de 11 A400M en 2016, portant ainsi sa flotte à 17 unités. Mais dans les faits, seuls six exemplaires auront été livrés entre le 1er janvier et le 31 décembre, nulle trace de la septième livraison pourtant prévue avant cette date ne filtrant dans la presse. Pour 2017, Airbus à annoncé au ministère allemand de la Défense qu’il comptait livrer 10 avions, au lieu de 12 prévus initialement, et 13 en 2018 au lieu des 14 prévus.

Parallèlement aux demandes d’indemnités, le ministère de la Défense allemand prévoit de soustraire un montant non précisé aux paiements effectués au profit d’Airbus, en raison de  »défauts » des radars et des capacités défensives du premier appareil tactique, avait également indiqué en décembre dernier un porte-parole, sans fournir toutefois plus de précision.

Les sommes concernées ne seront versées à Airbus qu’une fois que les capacités de l’avion correspondront au cahier des charges initiale, avait-t-il alors ajouté. Kieran Daly, porte-parole d’Airbus, s’était alors refusé à tout commentaire sur des pénalités ou des défauts éventuels, déclarant que le groupe poursuivait des discussions  »longues et complexes » avec les pays associés au programme A400M.

Sources : AFP, Dpa, Air et Cosmos, Reuters

Elisabeth Studer – 23 février 2017 – www.leblogfinance.com

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