Accord Chine/Ukraine pour produire du gaz à partir du charbon, bouleversement géopolitique en vue ?

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Alors que la bataille sur les tarifs gaziers est – quoi qu’on en dise – au coeur des discussions entre la Russie et l’Ukraine d’une part et de l’Ukraine et l’UE d’autre part, la Chine vient d’avancer un pion qui pourrait fortement changer la donne. Annonçant en effet qu’elle aiderait l’Ukraine à produire du gaz de synthèse à partir de charbon. Un sérieux pied de nez à Moscou, qui tente de maintenir sa suprématie sur les approvisionnements gaziers de l’Europe, lesquels transitent en majorité par l’Ukraine.

Un accord a en effet été signé mercredi à Pékin entre le ministre ukrainien de l’Energie Edouard Stavitski et le Groupe chinois d’ingénierie chimique (CNCEC), s’insérant au sein du programme ukrainien de remplacement de gaz naturel par le charbon.

Edouard Stavitski indiquant à cette occasion procéder avec la Chine « à la réalisation d’un projet conjoint d’envergure ». Tout en précisant que le groupe CNCEC et sa filiale Wuhuan Engineering figurent parmi les leaders des marchés chinois et mondial dans le domaine de la carbochimie.

Selon le ministre, la réalisation du projet permettra à l’Ukraine d’économiser jusqu’à 4 milliards de m³ de gaz synthétique par an et devrait induire la création de plus de 2.000 emplois.  Le gouvernement ukrainien a ainsi l’intention de remplacer le gaz importé de Russie par l’utilisation de ses propres ressources minières, notamment par du charbon dont elle a déjà augmenté la production.

En vertu d’un accord signé en décembre 2012 , la Banque chinoise du développement accordera un crédit de 3,656 milliards de dollars au groupe gazier public ukrainien Naftogaz pour la réalisation du programme. Pékin s’engageant parallèlement à mettre ses technologies à la disposition de Kiev.

Rappelons qu’à l’heure actuelle, la Chine met les bouchées double en vue de développer son industrie de production de gaz synthétique issu de charbon. Les autorités chinoises ont ainsi récemment approuvé la création de neuf sociétés, dont la capacité globale de production pourrait dépasser plus de 37 milliards de m³ de gaz synthétique. Parallèlement, des sociétés privées chinoises envisagent de construire 30 autres usines, dont la production globale annuelle devrait s’établir atour de 200 millions de m³ de gaz.

La presse russe s’empresse quant à elle de relever que les experts de l’Université Duke, aux Etats-Unis, ont d’ores et déjà relevé que la production de gaz synthétique à partir de charbon risque d’avoir des conséquences écologiques graves. Ces derniers indiquant notamment que les usines de production de gaz de synthèse émettent des quantités importantes de dioxyde de carbone, ainsi que du sulfure d’hydrogène et du mercure, tout en consommant beaucoup d’eau (de 50 à 100 fois plus que les usines de gaz de schiste).

Cet accord avec la Chine s’inscrit dans la volonté actuelle de l’Ukraine de diversifier ses importations de gaz tout en tentant de renforcer la sécurité énergétique nationale et européenne. Le pays est en effet doté d’une position on ne peut plus stratégique, achetant la majorité de son gaz importé en Russie, tout en étant un pays de transit pour le gaz russe vers l’Europe.

En mai 2012, l’Ukraine avait signé un accord-cadre avec RWE, société allemande de services publics d’électricité, pour son approvisionnement en gaz. La partie allemande pouvant vendre à l’Ukraine jusqu’à 5 milliards de mètres cubes de gaz par an. Au premier trimestre 2013, le gaz russe coûte à l’Ukraine 406 USD par mille mètres cubes. Selon le premier ministre ukrainien, le gaz acheté auprès de RWE reviendrait quant à lui 100 USD moins cher.

Ukraine négocie également avec la Slovaquie et la Roumanie pour son approvisionnement en gaz. Selon les éléments indiqués en septembre 2013 par le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, l’Ukraine a réduit sa consommation de gaz russe ces derniers mois, laquelle est passée de 41 milliards de mètres cubes en 2010 à 27 milliards en 2013.

A noter enfin que  la Chine devrait également  aider l’Ukraine dans la production de biocarburants. En février 2012, la Chine a en effet manifesté son intérêt d’investir dans la production de biocarburants d’éthanol dans le pays. Dix usines ukrainiennes de production d’alcool pourraient être ainsi transformées en installations de production d’éthanol.  En cas d’accord, les partenaires chinois fourniront l’équipement, la technologie et le financement (120 millions de dollars selon les estimations) nécessaire au projet.

Sources : Ria Novosti, Worldwide News Ukraine

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com  – 08 décembre 2013


Le Blog Finance

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