Airbus : les sous-traitants trinquent, véritable variable d’ajustement …

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Voilà une information qu’il convient de « placer » alors que la France entière – enfin, celle qui en a encore les moyens – est occupée à préparer les festivités de Noël.

Alors que nombreux sont ceux prêts à pousser des cris d’orfraie devant le nombre de postes que pourrait supprimer le géant de l’aéronautique Airbus et sa division Airbus DS (Defence&Space), la suppression de plusieurs milliers d’emplois parmi les sous-traitants du constructeur n’en demeure pas moins préoccupante. Même si répartis parmi de multiples entreprises, les chiffres s’avèrent plus « politiquement » corrects, moins médiatiques … et donc moins médiatisés …

Et pourtant … si certains pouvaient encore en douter, la sous-traitance est clairement devenue une véritable variable d’ajustement d’autant plus « idéale » en temps de crise qu’il n’est pas nécessaire de devoir recourir à des plans sociaux pour supprimer des emplois …

Si certes, Airbus semble épargné par le plan de 5.800 suppressions d’emplois annoncé en début de semaine par sa maison-mère EADS dans la défense, l’espace et les fonctions supports, l’inquiétude commence à pointer chez syndicats et sous-traitants de Toulouse.

Car, si certes, la production aéronautique ne semble pas fléchir actuellement, l’ingénierie du secteur pourrait être frappée de plein fouet par l’arrivée à échéance les mois prochains des grands programmes d’Airbus, sans que de véritables projets d’envergure ne s’annoncent à l’horizon. Un contexte qui devrait entraîner des réductions d’effectifs drastiques chez ses sous-traitants d’ici à 2016.

Alors que les bureaux d’études du groupe et les sociétés d’ingénierie ont embauché des milliers d’ingénieurs en vue de concevoir notamment l’A380, l’A400M et l’A350-900, les projets à venir devraient nécessiter le recours à moins d’emplois hexagonaux, ou européens. Certains bruits de couloir laissant entendre que l’Inde pourrait bénéficier d’un tel contexte, sa main d’oeuvre étant qualifiée et nettement moins onéreuse.
S’agissant tout particulièrement de l’Hexagone, Luc Marta de Andrade, délégué régional du Syntec Numérique en Midi-Pyrénées (terre de prédilection de l’industrie aéronautique) prévoit la suppression de  4.000 à 7.000 postes dans les prochaines années, estimant même que l’impact se fera sentir dès 2014.

Reste qu’un rapport du cabinet Secafi présenté aux syndicats CGT d’Airbus et des sous-traitants se veut quant à lui beaucoup plus alarmiste. En l’absence de nouveau programme, les besoins en ingénieurs d’études – Airbus et sous-traitants confondus – devraient passer de 25.000 en Europe, à la fin 2012, à une fourchette comprise entre 15.000 et 17.500 en 2020. Selon le cabinet d’études, « la baisse de charge devrait représenter de 4.000 à 5.500 équivalents à temps plein entre 2013 et 2016 » pour les sous-traitants toulousains.

«Les principales victimes vont être les sous-traitants amont qui participent à la conception des avions», s’inquiètent ainsi le syndicat CGT d’Airbus ainsi que les sections syndicales CGT des entreprises de services numériques.

«La moitié des emplois du secteur au niveau régional sont menacés», s’alarment Xavier Petrachi responsable CGT d’Airbus et son collègue de la société informatique Steria, Franck Dilschneider. Les deux syndicalistes regrettant fortement que l’avenir et la recherche soient sacrifiés pour satisfaire les actionnaires.

Jean-Pierre Guiraudies, délégué Force Ouvrière de « Test et Services », filiale d’EADS actuellement en vente, déplore quant à lui que l’entreprise ne fasse «que de la production et plus d’études pour des raisons de rentabilité, vu son objectif de marge de 10% en 2015».

De son côté, si Airbus reconnaît désormais que «la charge de travail des bureaux d’études va baisser en l’absence de nouveau programme», il affirme toutefois que les suppressions d’emplois ne concerneront « que » 2000 personnes en Europe d’ici à 2016. Ajoutant que « la baisse d’activité ne pèsera pas à 100% sur les sous-traitants, grâce aux départs naturels chez Airbus et au transfert de certains ingénieurs des études vers le suivi de production ».

Propos qui ne convainquent pas la responsable du syndicat CFE-CGC à Airbus, Françoise Vallin, cette dernière estimant que «le reclassement solidaire chez Airbus d’une partie des salariés contraints de quitter Cassidian et Astrium devrait pousser à donner moins de travail à l’extérieur voire à rapatrier de la sous-traitance».

Quoi qu’il en soit, les entreprises sous-traitantes anticipent à leur manière, Altran Sud-Ouest prévoyant ainsi de supprimer 500 emplois dans les deux ans, tout en « pouss(ant) fortement à la mobilité géographique », selon un de ses délégués CGT.

Face à de telles perspectives, Martin Malvy, le président PS de la Région Midi-Pyrénées a annoncé mercredi qu’il était «préoccupé par la baisse d’activité» et qu’il allait «demander au préfet de Région d’organiser une table ronde de tous les acteurs du secteur». Rappelant que selon « les données du comité stratégique de filière régional, ces entreprises (ingénierie et bureaux d’études aéronautiques) représentent 20.000 emplois en Midi-Pyrénées».

Précisons que ces craintes interviennent alors que Tom Enders, PDG d’EADS a présenté lundi dernier son projet de réorganisation d’Airbus DS (Defence&Space), division, qui regroupera, à partir du 1er janvier 2014, la défense (Cassidian), les avions militaires (Airbus Military) et l’espace (Astrium), et ce, via la suppression de 5800 postes sur un total de 40.000. Dont 1700 emplois pour la France dont 400 postes d’intérim.

Afin d’éviter tout licenciement sec, EADS devrait proposer 1500 reclassements au sein d’Airbus et d’Eurocopter et ouvrir un plan de départs volontaires. Selon le syndicat FO Métaux, 1300 contrats de personnels intérimaires ne seront pas renouvelés.

Sources : Les Echos, AFP, Libération

Elisabeth Studer – 15 décembre 2013 – www.leblogfinance.com


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