Alibaba placé dans le viseur de la Répression des fraudes

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Jack Ma, le patron d’Alibaba, avait raison d’afficher ses craintes: l’UFC-Que Choisir, en collaboration avec six autres associations de consommateurs européennes, a annoncé vendredi 17 mai avoir saisi la Répression des fraudes pour enquêter sur “les pratiques contractuelles problématiques” du géant chinois du commerce en ligne.

“On prend ce signalement avec sérieux”, a assuré un porte-parole de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). “Les questions qu’il pose sont d’une très grande pertinence et on donnera les suites nécessaires”.

Un peu plus tôt, l’UFC-Que Choisir, disant s’être associée à Altroconsumo (Italie), UCL (Luxembourg), Consumentebond (Pays-Bas), OCU (Espagne), DECO (Portugal) et Test Achats/Test Aankoop (Belgique), avait demandé dans un communiqué à la DGCCRF “d’enquêter sur les conditions et pratiques contractuelles problématiques de la plateforme AliExpress, ainsi que de prendre toutes les mesures nécessaires à la défense des consommateurs”.

Elle appelle Alibaba, qui relie des vendeurs principalement basés en Chine à de nombreux consommateurs européens, à respecter la législation de l’UE. “Nous étudierons attentivement la plainte quand nous l’aurons reçue et nous sommes prêts à engager des discussions avec la Commission européenne et toutes les autorités compétentes”, a réagi AliExpress, plateforme appartenant à Alibaba, interrogé par l’AFP. “Nous respectons les droits des consommateurs et nous sommes très attentifs à ces préoccupations”.

“Changement profond”

“En tant que place de marché en ligne officiant comme tierce partie, AliExpress met en relation des consommateurs et des vendeurs à travers le monde. Nous respectons et veillons à être en conformité avec toutes les lois des marchés sur lesquels nous opérons”, ajoute AliExpress.

“L’UFC-Que Choisir alerte les consommateurs sur les risques liés aux achats sur le site AliExpress et saisit les autorités françaises pour que ces pratiques, que nous estimons illégales et/ou abusives, soient sanctionnées”, assurait pourtant l’association française.

“Depuis plusieurs années, on surveille très clairement le sujet des places de marché”, a indiqué la DGCCRF qui a constaté de nombreux manquements et va maintenant procéder à des contrôles plus répressifs. “C’est un changement profond de mode de consommation qui a un impact énorme. C’est une très bonne opportunité pour les entreprises et les consommateurs mais c’est aussi de nouveaux risques et des pratiques à réguler”.

En septembre, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait signé un décret pour renforcer la transparence des plateformes numériques.

“Inquiet des inquiétudes de l’Europe”

L’UFC-Que Choisir rappelle ainsi l’existence dans l’UE d’un délai légal de rétractation de 14 jours, qui permet de renvoyer la marchandise et d’être remboursé. Elle relève que les conditions générales des articles doivent être rédigées en français et non en anglais sur le territoire national. Enfin, en cas de litige, elle précise que les consommateurs doivent pouvoir saisir un juge français et non “aller à Hong Kong”.

Jeudi, le patron d’Alibaba, pressentant une réglementation européenne plus contraignante, avait justement affiché ses craintes. “Je suis inquiet des inquiétudes de l’Europe”, avait ainsi reconnu Jack Ma en marge du salon des start-up Vivatech à Paris. “Vous avez des règles et lois si parfaites. Si (les Européens) commencent à s’inquiéter, ils font des règles et lois. Mais quand on a un problème, on commence par résoudre le problème!”

“Si vous pensez que la révolution technologique est un problème, je suis désolé de dire qu’il ne fait que commencer. Si vous pensez qu’il s’agit d’une opportunité, elle vient de débuter. Une chose change: votre mentalité”, avait-il conclu.

Mercredi, son groupe a annoncé un bénéfice net de 3,8 milliards de dollars au premier trimestre, en hausse de 242% sur un an. Le chiffre d’affaires sur la période a lui atteint 13,49 milliards de dollars.

(Avec AFP)

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