Analyses et opinions : Une belle cacophonie fiscale qui ne présage rien de bon

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Faites le compte sur les cinq « actualités » figurant dans cette page et en page 11 : quatre sont consacrées à des sujets fiscaux. Et il ne faut pas voir là un parti pris quelconque de notre part, d’autant que nous n’avons même pas parlé de la suppression annoncée de différentes petites taxes (sur les farines, les caravanes, les bois et plans de vigne…). Chaque jour a, en effet, réservé sa petite annonce fiscale, éventuellement démentie le lendemain ou même dans la journée, comme la possible réforme de la redevance audiovisuelle ou les velléités de remettre à plat le régime des successions.

La mise en musique de la fiscalité est toujours un art difficile mais, là, elle tourne à la cacophonie. La présentation la semaine prochaine du projet de loi de finances (PLF) et de son petit frère consacré à la Sécurité sociale (PLFSS) permettra, peut-être, de remettre un peu d’harmonie parmi les voix discordantes. Mais il faut surtout se montrer vigilant : on se souvient que l’an dernier le gouvernement avait profité du PLFSS pour tenter d’instaurer une taxation rétroactive des PEA et PEE au taux de 17,2 % avant de revenir en arrière après le lancement d’une pétition par Investir (comme quatre ans plus tôt quand un projet du même type avait été élaboré sous le quinquennat précédent).

La méfiance vaudra aussi en début d’année prochaine avec la mise en place du prélèvement à la source. Après avoir hésité, le gouvernement a décidé de lancer la machine. Sera-t-elle infernale ? Le risque est élevé : les bugs qui ont émaillé les tests, et qui avaient conduit Emmanuel Macron à envisager un report, seront-ils tous corrigés ? Le président de la République et le gouvernement peuvent s’appuyer sur une bonne adhésion des Français : selon différents sondages, ils sont plus de six sur dix à y être favorables, mais ne vont-ils pas tourner casaque quand ils verront (pour la petite moitié d’entre eux qui paie l’impôt sur le revenu…) que leur salaire net sera net de charges sociales mais aussi net d’impôt, et donc plus faibles ?

Tout cela n’est peut-être qu’une première étape vers un bouleversement beaucoup plus grand : la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu que la mise en place du prélèvement à la source rend techniquement possible puisqu’il fait disparaître le décalage calendaire entre les deux.

Après la fin programmée de la taxe d’habitation, ce serait une nouvelle étape vers une dépersonnalisation de l’impôt, donc une infantilisation des contribuables, jugés trop peu intelligents pour comprendre que ces prélèvements ont un but -financer leur vie quotidienne (écoles, routes, police…). Et auxquels il faut donc prélever l’impôt en douce, de façon insidieuse, presque invisible.


Investir – Analyses et opinions – Les Echos Bourse

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