Après l’échec du Rafale en Suisse, le Gripen suédois pourrait piquer du nez à son tour

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Le malheur des uns pourrait faire le bonheur des autres : c’est bien connu … Alors que l’avionneur Dassault échoue jusqu’à présent à placer son Rafale à l’international, la roue pourrait tourner pour l’avionneur suédois Saab et son avion de combat, le Gripen.
Si les Suisses l’ont certes préféré à l’appareil français et au Typhoon, dans les faits rien n’est encore acquis … et l’avion de Saab pourrait bien se retrouver au final le bec dans l’eau …
Rappelons que le conseiller fédéral Ueli Maurer veut doter l’armée de 22 Gripen de l’entreprise d’armement suédoise. En vue d’acheter ces nouveaux avions de combat, le Parlement suisse a dû adopter une loi spéciale, la loi sur le fonds Gripen. Mais un comité libéral  » Non au Gripen » a lancé un référendum – dont le vote a été fixé au 18 mai prochain – contre ce projet d’acquisition. Ses arguments : selon lui, l’achat du Gripen représente un mauvais investissement, de plus il est inutile à la sécurité de la Suisse.

Si la gauche helvétique et les anti-militaristes suisses s’opposent d’ores et déjà à l’achat de Gripen, ce sont désormais certains milieux de droite, entraînés par le parti Vert’libéral, qui affichent leur désapprobation.
Arguments invoqués par les « opposants » : la flotte actuelle serait suffisante pour assumer les tâches de police du ciel et contrer les scénarios de menaces. Pire encore, selon eux, « le Gripen n’est pas seulement inutile, mais aussi beaucoup trop cher », puisqu’au delà de son prix d’achat de 3 milliards de francs suisses, doivent également être comptabilisées des dépenses d’entretien et d’exploitation sur des années. Lesquelles pourraient alourdir au final la facture de près de 7 milliards de francs.
Le conseiller national Roland Fischer (PVL/LU) estime lui aussi que les Forces aériennes peuvent se passer du nouveau jet suédois. Il estime en effet que la probabilité d’un conflit aérien conventionnel est aujourd’hui infime. De ce fait, il considère que les 32 F/A-18 suffisent amplement pour assurer les missions de police du ciel. La réelle menace serait selon lui liée aux lacunes de la défense suisse contre d’autres menaces, telles que  missiles de croisière ou fusées qui pourraient être d’ores et déjà en possession d’organisations terroristes.
Selon la conseillère nationale Maja Ingold (PEV/ZH), le Gripen ne serait  plus efficace pour lutter contre les menaces actuelles, les concepts de guerre traditionnelle étant désormais dépassés, si l’on en croit ses propos . Réflexion loin d’être dénuée de fondements …

Enfonçant le couteau là où cela fait mal … Jacques Neirynck (PDC/VD) a tenu à rappeler le « douloureux » épisode du détournement d’un avion d’Ethiopian Airlines vers Genève, lequel a démontré selon lui que la sécurité de l’espace aérien helvétique ne peut être garantie qu’en collaboration avec les pays voisins.
« A quoi servent des avions de combat qui volent quelques heures par jour – aux heures de bureau – dans le ciel helvétique », s’est-il demandé, pointant du doigt la faille du système …
Précisons que l’avion d’Ethiopian Airlines assurant le vol Addis-Abeba–Rome, qui avait été détourné lundi 17 février par son copilote, avait été escorté par des appareils militaires italiens, puis français, jusqu’à son atterrissage à Genève. Un porte-parole de l’armée de l’air suisse avait alors indiqué que les s forces aériennes suisses n’étaient pas intervenues, n’étant pas opérationnelles la nuit et les week-ends à la suite de restrictions budgétaires et de personnel. La Tribune de Genève avait parallèlement confirmé que les forces aériennes suisses ne sont disponibles que « durant les heures de bureau », entre 8 heures et 12 heures et de 13 h 30 à 17 heures.
Reste que les délégués de la Société Suisse des Officiers (SSO) ont quant à eux voté unanimement en faveur de la loi sur le fonds d’acquisition des Gripen.   »Depuis le début, la SSO a soutenu le remplacement de la flotte obsolète des Tiger, car une armée crédible est un système global qui doit disposer de moyens et d’équipements adaptés pour mener à bien sa mission constitutionnelle que lui a confiée le peuple », a déclaré à cette occasion le président de la SSO Denis Froidevaux. Selon lui, le recours à un fonds offre l’avantage de financer les Gripen par le budget ordinaire de l’armée sans devoir chercher un financement spécial qui obligerait à réaliser des économies dans d’autres départements.

Rappelons que fin septembre, les sénateurs helvétiques ont – au grand dam du constructeur du rafale – donner leur approbation à l’achat du Gripen, concurrent direct de l’appareil de Dassault. Le Conseil des Etats a ainsi accepté de libérer le crédit de 3,126 milliards de francs suisses (l’équivalent de 2,6 milliards d’euros) en vue d’acquérir 22 avions de combat Gripen au groupe suédois Saab. Lesquels sont destinés à remplacer les F-5 Tiger.
C’est au final, le prix qui aura permis de départager les différents concurrents, le Gripen s’avérant moins coûteux que le Typhoon, conçu par le consortium Eurofighter (BAE, Finmeccanica et EADS ), et le Rafale de Dassault Aviation.
Si l’achat lui-même ne pourra être remis en cause par un vote populaire, ayant été avalisé par le Parlement, le mécanisme de financement peut néanmoins faire l’objet d’une contestation. Lequel se base sur un fonds alimenté par un prélèvement annuel de 300 millions de francs sur le budget de l’armée, et ce pendant une durée de dix ans.
Il n’en demeure pas moins que le Gripen avait obtenu de mauvaises notes lors de ses évaluations. Lesquelles auraient dû rester confidentielles …. mais ont été publiées par la presse, laquelle a parallèlement mis en doute le processus ayant abouti à la sélection de l’avion de Saab.
Un rapport d’une sous-commission parlementaire avait émis de sérieuses réserves au sujet du contrat Gripen, sans pour autant le remettre en cause. “Le choix de l’appareil opéré par le Conseil fédéral est celui qui comporte le plus de risques – de nature technique, commerciale, politique, financière ou en lien avec le respect du calendrier”, avait-il souligné.
Mais Saab – qui a impérativement du contrat suisse pour continuer le développement de son Gripen – a su faire les concessions qu’il fallait, notamment en matière industrielle, en vue de gagner la bataille …. mais peut-être pas la guerre.
Réservons le mot de la fin à Eric Trappier, le patron de Dassault Aviation, lequel avait déclaré lors d’une audition devant les députés de la commission de la Défense que les Suisses en achetant le Gripen « admettent eux-mêmes qu’ils se déclassent en division d’honneur. Leur choix stratégique est de faire semblant d’avoir une aviation de combat tout en achetant le modèle le moins cher ». Ajoutant : « tant que l’on ne fait pas la guerre, ce n’est pas très grave”.

Sources : ats, Reuters, AWP, Opex360

Elisabeth STUDER – www.leblogfinance.com  – 03 avril 2014

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