BPCE: Pérol est-il indispensable?

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Sale nouvelle pour François Pérol. L’affaire qui l’empoisonne depuis 2009 et dont il s’était cru, un temps, débarrassé, devrait déboucher sur un procès. Vendredi, le parquet national financier (PNF) a confirmé l’enquête menée par le juge Roger Le Loire, qui devrait renvoyer le dossier devant le tribunal correctionnel.

En février 2009, l’inspecteur des finances avait accepté de prendre la tête du groupe issu du mariage entre les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne. Des conditions de nomination frappées par une faute originelle, ont attaqué les syndicats CGT et SUDBPCE, qui ont finalement convaincu les magistrats…

Secrétaire général-adjoint de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, François Pérol avait suivi les négociations sur la fusion entre les Caisses d’épargne et les Banques populaires. D’où sa mise en examen pour «prise illégale d’intérêts»: la loi interdit à tout fonctionnaire de travailler pour une entreprise qu’il a surveillée dans les trois années précédant son passage du public au privé. Ce délit est passible de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.

Succès managériaux

Paradoxalement, au moment où le coriace patron du groupe BPCE est rattrapé par la justice, son bilan n’a jamais été aussi fort. Unifié, pacifié, le groupe a retrouvé une jolie rentabilité. Sur les neuf premiers mois de l’année, BPCE a dégagé 2,5 milliards de résultat net, un chiffre en progression de 8,2%. François Pérol avait pris la barre d’un navire qui tanguait fortement, il lui a aussi redonné du lest: sous-capitalisé en 2009, BPCE affiche dorénavant un ratio de fonds propres «durs» de 11,5%.

Autre trophée à son tableau, ce fin négociateur –ex-banquier chez Rothschild– vient de boucler avec succès des tractations sensibles et complexes avec la CNP, la filiale d’assurance-vie de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). A partir de 2016, les contrats souscrits par les clients des Caisses d’Epargne seront « fabriqués » et gérés par Naxitis (filiale de BPCE) et non plus par la CNP. La compagnie d’assurance a avalé cette pilule amère en contrepartie  d’une flopée de garanties. BPCE peut donc déployer, sans boulet au pied, une stratégie de bancassureur. Bien joué.

L’humeur du conseil

Ce bon bilan jouera-t-il en faveur de François Pérol ou contre lui? Le conseil de surveillance du groupe, qui lui avait apporté un soutien immédiat en apprenant sa mise en examen le 6 février, pourrait envisager le contexte sous deux angles. D’un côté, comme la situation s’est normalisée,  ce patron à poigne, doté d’un humour redoutable, apparaît moins indispensable qu’il ne l’était en plein tumulte. Après un patron de crise, BPCE pourrait se contenter aujourd’hui d’un  gestionnaire.

François Pérol, lui confie à Challenges avoir encore du pain sur la planche: la digitalisation des agences, confrontées à une baisse de fréquentation; un programme d’acquisition et de gestion d’actifs; et des ambitions à l’international, notamment en Afrique. «Si je m’ennuie, je m’en vais», dit-il. C’est donc loin d’être la cas.

D’un autre côté, les patrons des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne, qui forment le gros du Conseil (14 membre sur 18), peuvent considérer qu’ils n’ont aucune raison de désavouer un patron à qui ils doivent beaucoup. Chez BPCE, on se refuse à tout commentaire sur une procédure en cours.

Delphine Déchaux, pour Challenge

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