Commandes d’avions: comment Airbus a surpassé Boeing en 2013

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Où donc s’arrêtera Airbus ? Il y a exactement un an, l’avionneur européen prévoyait une année 2013 solide, sans plus, avec une prévision de 700 commandes sur l’exercice. Douze mois plus tard, la circonspection a laissé place à l’euphorie: c’est un record historique de commandes qu’Airbus a annoncé ce lundi 13 janvier à Toulouse, avec 1.619 commandes brutes et 1.503 commandes nettes (défalquées des annulations).

Le géant européen bat ainsi son record de 2011, 1.608 commandes brutes, et son record de livraisons, avec 626 appareils livrés. “L’année 2013 a été une année record, aussi bien en commandes qu’en livraisons, se réjouit le patron de l’avionneur Fabrice Brégier. Nous avons doublé de taille en dix ans, c’est une réussite fantastique.”

L’A320 bat le B737 à plate couture

Certes, Boeing conserve son titre de leader de l’aéronautique civile mondiale, avec 648 livraisons, soit une vingtaine de livraisons de plus que son rival européen. Certes, Airbus ne devance que légèrement son concurrent sur le front des commandes. Mais voir Airbus reprendre la main sur la prise de commandes constitue une véritable surprise. Après avoir dominé son rival de 2008 à 2011, Airbus avait été largement devancé en 2012 (1.203 commandes nettes contre 833). La tendance semblait devoir se confirmer, le monocouloir 737 MAX ayant du retard à rattraper sur un A320 NEO lancé sept mois plus tôt avec un succès impressionnant. Loupé : Airbus maintient contre vents et marées son avance sur ce créneau.

En regardant dans le détail, on se rend d’ailleurs compte qu’Airbus a fait mieux que prévu sur pratiquement toute sa ligne de produits. L’A320 NEO, malgré le forcing de Boeing pour son 737 MAX, a fait mieux que résister : il devance son rival avec 299 commandes nettes contre 297. Fort de méga-commandes comme celle de l’indonésien Lion Air (234 commandes de NEO en mars 2013), Airbus conserve ainsi une confortable avance sur ce segment des monocouloirs, le plus important en volume: il capte toujours 60% du marché contre 40% à Boeing, un point d’équilibre inhabituel sur un segment plus familier du 50-50.

Le pourquoi de cette suprématie

Comment analyser ce leadership ? “La raison, c’est que nous avons un meilleur avion !, assure le directeur commercial John Leahy avec son aplomb habituel. Le NEO est moins lourd de 1,4 tonne que le 737 MAX 8. Ils disent que leur avion est meilleur, je dis que le nôtre est meilleur. J’ai raison, ils ont tort. Nous sommes confiants sur le fait de pouvoir maintenir cette part de marché de 60%.” Pour ne rien gâcher, la version classique de l’A320, dite CEO (current engine option) résiste bien, avec 1.027 commandes depuis le lancement du NEO.

Côté long-courriers, l’A350 continue sa remontée face au 787 de Boeing, avec 239 commandes brutes récoltées en 2013 contre 183 au Dreamliner. Le nouvel appareil a permis à Airbus de faire tomber la citadelle japonaise de Boeing. Même l’A380, longtemps privé de commandes, a redressé la tête, avec les 50 commandes d’Emirates annoncées au salon de Dubaï en novembre, qui permettent à Airbus de faire mieux que son objectif de 30 commandes.

Seul l’A330 est un peu en retrait (77 commandes), ce qui pourrait accélérer les travaux sur son éventuelle remotorisation prochaine, évoquée par l’agence Reuters le 10 janvier. En attendant, Airbus, qui investit 150 millions d’euros par an dans l’appareil, a lancé en 2013 une version musclée (242 tonnes) et une version optimisée pour le marché régional, notamment en Chine.

Les compagnies séduites par la simplicité de la gamme

Airbus revendique ainsi le leadership en commandes à la fois sur les monocouloirs et les long-courriers. “Regardez les chiffres !, exhorte John Leahy. Nous avons vendu 341 long-courriers en 2013, contre 309 à Boeing. Sur cinq ans, nous dominons aussi depuis 2008 avec 1.056 commandes contre 1.042 à Boeing.” Le directeur commercial retourne aussi l’argument de Boeing, qui souligne avoir plus de modèles qu’Airbus pour couvrir le segment du long-courrier: “Les compagnies veulent de la simplicité: Airbus couvre avec trois appareils ce que Boeing couvre avec sept!”

La bonne santé d’Airbus est loin de de se limiter aux commandes. L’avionneur aura recruté 16.500 salariés en cinq ans, dont 3.000 sur la seule année 2013, et prévoit 1.000 nouvelles embauches externes en 2014, plus 500 destinées aux salariés d’autres divisions d’Airbus Group, notamment un Airbus Defence & Space en pleine restructuration. 2013 a aussi vu le premier vol réussi de l’A350, un développement toujours dans les clous pour une certification eu troisième trimestre 2014 et une livraison au quatrième trimestre 2014 au client de lancement Qatar Airways. L’avionneur européen a enfin posé en avril la première pierre de sa future ligne d’assemblage de Mobile (Alabama), la première sur les têtes de son rival Boeing.

Boeing n’est pas en reste

Mais Airbus aurait tort de crier victoire trop fort. De “l’autre côté de l’étang”, selon l’expression du directeur de la stratégie d’Airbus Group Marwan Lahoud, Boeing a aussi frappé très fort, en récoltant 1.531 commandes brutes, son record historique, pour 1.355 commandes en 2013, son deuxième meilleur total de l’histoire. Le lancement du nouveau long courrier 777X au salon de Dubaï  a été un carton commercial historique avec 259 commandes récoltées, pour un montant catalogue de 95 milliards de dollars.

Côté livraisons, le géant de Chicago a aussi frappé très fort en battant son record historique d’avions livrés (648). “Ils ont livré 648 avions malgré l’arrêt des livraisons de 787 dues au problème d’incendies début 2013, soulignait Marwan Lahoud la semaine dernière. Cela montre qu’ils se bougent, et qu’on ne peut pas se reposer sur nos lauriers.” Ça tombe bien: tel n’est manifestement pas l’intention de Fabrice Brégier.


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