Danemark : quand la vente à Goldman Sachs du groupe énergétique Dong provoquait une tempête politique

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Simple coïncidence ? Alors que le Danemark a été victime de deux fusillades de nature à grandement déstabiliser un pays – lequel est doté, qui plus est, d’un intérêt stratégique pour l’accès aux ressources gazières de la mer du Nord – souvenons-nous un instant de la tempête politique qu’avait provoquée en janvier 2014 la vente à Goldman Sachs de Dong, entreprise publique danoise d’énergie.
Une crise qui avait tout de même provoqué le départ de six ministres au sein du gouvernement de gauche, le 30 janvier 2014.

A l’origine de cette crise gouvernementale, le refus par le Parti populaire socialiste (SF) de vendre une part de Dong à la banque d’investissement américaine Goldman Sachs. Précisons que Dong Energy est un producteur de pétrole, de gaz naturel et d’électricité (éolienne et thermique), qui a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 67,2 milliards de couronnes (9 milliards d’euros).

« Nous avons maintenu nos positions sur Dong jusqu’au bout », avait alors résumé la ministre des affaires sociales et de l’intégration, Annette Vilhelmsen, tout en démissionnant de son poste et de la direction du parti, situé sur l’échiquier politique à gauche des sociaux-démocrates.

En novembre 2013, le gouvernement danois avait signé un accord en vue d’une augmentation de capital à laquelle Goldman Sachs apportait 8 milliards de couronnes (1,1 milliard d’euros), acquérant ainsi 19 % du capital.

Une opération plus que stratégique sur la plan de l’échiquier énergétique mondial alors que Dong, détenue jusque là à 80% par l’État, est considérée comme le fleuron national de l’économie verte. Cerise sur le gâteau : elle gère depuis 1972 l’intégralité des ressources gazières de la partie danoise de la mer du Nord …. Suivez mon regard …. Les fusillades qui ont frappé le Danemark mettent ainsi en état de choc un pays dans une position pour le moins charnière …

En janvier 2014, Poul Nyrup Rasmussen, l’ancien Premier ministre danois, avait qualifié cette arrivée du géant américain de la finance dans le capital de Dong de véritable “catastrophe” qui “[le] blesse presque physiquement”. Il avait alors qualifié la banque américaine de “partenaire louche” qui risquait de faire “perdre au Danemark sa position de leader mondial dans le green business”.

La population danoise avait elle aussi tenté de se mobiliser contre le partenariat établi entre leur pays et Goldman Sachs. Une pétition en ligne a ainsi recueilli plus de 200 000 signatures, soit près de 5% de la population danoise.

Le montage établi par Goldman Sachs pour racheter les parts de Dong en avait intrigué plus d’un. La sulfureuse banque avait en effet, acquis 19 % de l’entreprise danoise grâce à un fonds créé à cet effet au Luxembourg et détenu par des actionnaires domiciliés aux Îles Caïmans et dans le Delaware (États-Unis). De quoi provoquer la colère des danois trouvant pour le moins curieux cette présence appuyée de paradis fiscaux et les conduisant à s’interroger sur les réelles intentions de Goldman Sachs dans cette affaire, même si celle-ci avait affirmé haut et clair qu’elle considérait son investissement comme un engagement à long terme.

A noter également : l’accord avait permis à Goldman Sachs d’obtenir un droit de veto. Dong devra donc obtenir l’aval de son partenaire américain pour changer de PDG, faire des acquisitions importantes ou vendre des actions.

En mars 2014, j’indiquais pour ma part que les Etats-Unis quant à eux pourraient bénéficier des relations on ne peut plus tendus entre Russie, Ukraine et UE … pour offrir ses services – financiers – voire même profiter de l’occasion pour progresser sur le marché européen du gaz via la sulfureuse société Goldman Sachs. J’avais alors ajouté qu’un arrêté en date du 19 janvier 2010 autorisait notamment la société à exercer l’activité de fourniture de gaz sur le territoire français pour approvisionner les fournisseurs de gaz naturel.

La prise de participation de Goldman Sachs au sein du groupe énergétique espagnol Endesa pouvant également permettre à la « pieuvre » anglo-saxonne  d’avancer ses pions, avais-je également indiqué, considérant que cela constituait un élément à surveiller de très, très près, alors que la péninsule ibérique constitue une passerelle entre le gaz algérien et les consommateurs du Vieux Continent … détournant à sa manière le client final de la suprématie russe en la matière ….

Sources : AFP, Reuters

Elisabeth Studer – 15 février 2015 – www.leblogfinance.com


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