Espagne / Libye : retour du pétrolier Repsol contre contrôle de l’immigration ?

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Propos d’une importance notable en terme de géopolitique mondiale : le groupe pétrolier espagnol Repsol est disposé à reprendre ses activités en Libye. C’est en effet ce qu’a déclaré jeudi à Tripoli le chef de la diplomatie espagnole. Conditionnant toutefois ce retour à une situation sécuritaire le permettant et l’aboutissement de négociations sur le paiement d’arriérés.

Le ministre espagnol, José Manuel García-Margallo, effectuait une visite ayant pour but officiel de soutenir le gouvernement d’union nationale. Gouvernement dans lequel la communauté internationale place tous ses espoirs pour mettre fin au chaos régnant dans ce pays riche en pétrole, où l’Etat islamique (EI) semble dicter sa loi.

Suite à sa rencontre avec le Premier ministre désigné du gouvernement d’union, Fayez al-Sarraj, le chef de la diplomatie espagnole a tenu à préciser que Repsol était disposée à reprendre la production dès qu’un accord serait conclu sur des arriérés dus par les Libyens.

Le ministre espagnol a par ailleurs rappelé qu’installée en Libye depuis 1975, Repsol produisait 340 000 barils par jour – soit environ 22% de la production pétrolière libyenne – jusqu’à l’été 2014, date à laquelle l’entreprise pétrolière a cessé l’exploitation en raison de la détérioration de la situation sécuritaire en Libye.

Si l’on en croit José Manuel García-Margallo, Repsol aurait les capacités pour produire 100’000 b/j à al-Charara, son principal champ pétrolier dans le sud du pays.

Le gouvernement d’union et l’Espagne ont par ailleurs évoqué « l’intensification (…) de la coopération en matière de lutte contre l’immigration clandestine et contre le terrorisme (…), a également précisé le chef de la diplomatie espagnole. Car, ne nous leurrons pas … les deux dossiers sont intimement liés.

Ainsi, en janvier 2012, à l’occasion de la première visite du chef du gouvernement italien Mario Monti à Tripoli, Italie et Libye avaient signé un nouveau pacte, lequel devait servir de cadre politique à leurs relations après la chute de Mouammar Kadhafi. « La déclaration de Tripoli vise à ouvrir de nouveaux horizons pour la coopération entre les deux pays, à renforcer leur amitié et leur coopération dans le cadre d’une nouvelle vision des relations bilatérales » et « dans le respect de la souveraineté nationale » précisait le texte de l’accord .
Précisons par ailleurs que Mario Monti était  arrivé en Libye à la tête d’une importante délégation, comprenant ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense … ainsi que le dirigeant du géant pétrolier italien ENI, Paolo Scaroni. Ce dernier avait alors « profité de l ’occasion » pour indiquer que la compagnie était presque revenue à son niveau de production d’avant-guerre sur le territoire libyen, avec 270.000 barils par jour contre 280.000 avant la révolution.

M. Monti avait également affirmé que son pays était prêt à assister la Libye dans sa reconstruction et sa stabilisation démocratique, tout en se disant prêt à réactiver la coopération entre les deux pays dans la lutte contre l’immigration illégale. Rappelant ainsi à demi-mots le traité d’amitié signé en 2008 entre le colonel Kadhafi et le chef du gouvernement italien d’alors, Silvio Berlusconi. Lequel prévoyait notamment des investissements italiens en Libye à hauteur de 5 milliards de dollars dont la construction, pour environ 3 milliards de dollars, d’une autoroute littorale de 1.700 km. En contrepartie, le régime de Tripoli s’était engagé à limiter l’immigration clandestine. Le traité avait conduit à une chute de 94% de l’immigration illégale vers le sud de l’Italie.

Désormais, le gouvernement d’union – soutenu par la compagnie nationale pétrolière libyenne – entend relancer  l’exploitation pétrolière, secteur clé de l’économie du pays, après de fortes baisses de production, histoire notamment de reconstruire sa manne pétrolière lui permettant d’asseoir son pouvoir. Double « opportunité » pour l’Espagne pour obtenir une part du gâteau libyen et tenter de restreindre les flux migratoires.

Sources : AFP, Reuters

Elisabeth Studer – 29 avril 2016 – www.leblogfinance.com

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