Fifa : le cheikh Salman prône une séparation entre foot et « business », chiche ?

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En cette veille de la nouvelle année, il est permis de rêver et de formuler des vœux pieux voire utopiques. En faisant croire que le monde du foot pourrait en 2016 devenir celui des bisounours

C’est ainsi que peut-être pris dans l’euphorie naissante de cette fin d’année ou voulant tout simplement faire un bon coup de pub, le candidat à la présidence de la Fifa cheikh Salman bin Ebrahim Al Khalifa vient de lancer sa plate-forme de campagne ainsi qu’un site internet, www.shaikhsalman.org, mettant en avant une proposition  à la limite de l’utopie : il prône en effet la séparation de la Fifa  en deux entités, l’une chargée de gérer le foot, l’autre de l’aspect financier de ce sport on ne peut plus médiatique et médiatisé …. royalties à la clé.

L’actuel président de la Confédération asiatique (AFC) propose ainsi que la « Fifa football » ait à l’avenir pour mission de gérer les compétitions internationales portant le label Fifa (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.). La « Fifa business » serait quant à elle chargée de toutes les questions de financement, de marketing, de sponsoring, de droits télé, etc.

Selon lui, « c’est uniquement en séparant strictement l’origine des fonds et en supervisant chaque dépense que nous pourrons garantir la renaissance d’une nouvelle Fifa qui rende réellement des comptes et qui soit digne du respect de chacun ».

Afin de tenter de restaurer l’image de la Fifa, écornée par les scandales de corruption, Cheikh Salman propose également de mettre en œuvre une refonte complète de l’organisation de l’instance mondiale et le recrutement d’experts extérieurs au monde du football.

« La Fifa doit être restructurée du sommet à la base dans le but de remédier à ses maux actuels. Rien de moins qu’une refonte complète et l’introduction de mécanismes de contrôle stricts pour nous permettre de redonner à la Fifa son intégrité », a-t-il déclaré.

Cheikh Salman s’est par ailleurs engagé à ne pas toucher de salaire s’il était élu et à notamment mettre davantage de transparence dans le rapport d’activité annuel. Promettant également de trancher avec le mode de management du président démissionnaire, Sepp Blatter, sans toutefois le citer nominativement.

« Le temps où les décisions étaient prises dans une tour d’ivoire est révolu. Mon travail sera de réunir les salariés de tous les niveaux, les écouter et apprendre de leurs expériences collectives et individuelles », a indiqué le membre de la famille royale du Bahreïn.
Agé de 49 ans, le Cheick Salman, également homme d’affaires, a été nommé vice-président de la fédération de football du Bahreïn en 1998, pour en prendre la tête en 2002. Une position qu’il doit plus à son appartenance à la famille royale de cet Etat à peine plus grand en superficie que Paris et les départements de la petite couronne – qu’à ses études de comptabilité à Londres si lon en croit l’Express.

Rappelons qu’en dehors de Salman bin Ebrahim Al Khalifa quatre autres candidats ont été admis à se présenter à l’élection à la présidence de la Fifa le 26 février 2016, en vue de succéder à Sepp Blatter, démissionnaire depuis le 2 juin et suspendu huit ans.

Il s’agit du Prince Ali de Jordanie, du Sud-africain Tokyo Sexwale, du secrétaire général de l’UEFA Gianni Infantino et de l’ancien secrétaire général adjoint de la Fifa Jérôme Champagne.

Alors qu’il est favori à la succession de Blatter, le président de l’UEFA Michel Platini, a été suspendu lui aussi huit ans par la commission d’éthique de la Fifa, pour un paiement suspect de 1,8 million d’euros reçu du Suisse en 2011 pour des travaux prétendument effectués entre 1999 et 2002. De ce fait, il n’a pas pu à l’heure actuelle enregistrer sa candidature, alors que la date limite pour ce faire est fixée au 26 janvier 2016.

Reste que le cheick Salman pourrait être lui aussi rattrapé par les affaires. Son profil va ainsi comme il se doit faire l’objet d’une enquête « d’habilitation » de la Commission d’éthique de la Fifa. Or, l’organisation du Bahreïn pour la défense des droits de l’homme (BIRD) l’accuse d’avoir joué un rôle clé dans la brutale répression du soulèvement citoyen de février et mars 2011. Dans une lettre envoyée en 2013 à la Commission d’éthique de la Fifa, elle a expliqué comment celui-ci aurait pris la tête d’une cellule d’identification des athlètesparticipant au soulèvement.

« Au moins six joueurs de l’équipe nationale de Bahreïn ont été arrêtés, diffamés et torturés après leur identification et leur humiliation en public par les autorités, dont la fédération de football du Bahreïn. Plus de 150 athlètes, coaches et arbitres ont été emprisonnés après avoir été repérés sur des photographies par un comité spécial présidé par le président de la BFA, Cheikh Salman ben Ibrahim Al-Khalifa », précise le courrier. Salman ainsi que tous les membres de la famille royale Al-Khalifa accusés d’être liés à des actes de tortures, ont catégoriquement nié.

Autre point noir qui pourrait faire un peu « tâche » pour quelqu’un pronant l’honnêteté : le journaliste James Dorsey, auteur du livre Le Monde turbulent du football au Moyen-Orient affirme que le Bahreïni aurait participé à l’enterrement en 2012 de la majeure partie du rapport indépendant sur les finances de l’AFC commandé au cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Doublement gênant quand on sait que le rapport est à l’origine de la radiation à vie de Bin Hammam.

Rappelons que le Qatarien Mohammed Bin Hammam a été radié à vie par la Fifa de toute activité liée au football. L’ancien président de la confédération asiatique, qui était dans la course à la présidence de l’instance internationale avant de se retirer, a été reconnu coupable de corruption (achat de voix) suite à une enquête. Clamant son innocence, il avait alors déclaré : «la justice peut l’emporter. Ce sera devant le Tribunal arbitral du sport ou, si nécessaire, devant d’autres cours de justice où l’équité sera respectée», dénonçant une procédure «biaisée» et «inéquitable».

En octobre dernier, France Football affirmait pour sa part que que cheikh Salman bin Ebrahim Al Khalifa aurait récompensé à sa manière le président de la fédération pakistanaise de football (PFF), Faisal Saleh Hayat, responsable du service légal de l’AFC, pour son implication efficace dans l’enterrement du rapport.

L’hebdomadaire a eu en effet accès à un document prouvant que l’entraîneur bahreïni Mohammed Al-Shaman, actuel sélectionneur du Pakistan, aurait été « mis gratuitement à disposition » de la Fédération pakistanaise.

Elisabeth Studer – 31 décembre 2015 – www.leblogfinance.com

Sources : AFP, France Football, L’Express, L’Equipe


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