La Banque du Japon pourrait accroître sa politique de taux négatif

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Alors qu’en août dernier, les autorités de régulation financière japonaises avaient estimé que les taux d’intérêt négatifs adoptés par la Banque du Japon (BoJ) dans le cadre de sa politique monétaire seront à l’origine d’une ponction d’au moins 300 milliards de yens (2,65 milliards d’euros) sur les bénéfices 2016-2017 des trois grandes banques du pays, le quotidien économique Nikkei affirmait mercredi que la banque centrale japonaise allait étudier l’éventualité d’une accentuation de sa politique de taux négatif lors de la prochaine réunion de son comité monétaire, tentant parallèlement d’en minimiser les effets secondaires négatifs.

Pour rappel, fin janvier, la Banque du Japon a fait basculer l’un de ses principaux taux d’intérêt en territoire négatif, sans que les investisseurs n’aient pu anticiper la chose. Raisons officielles de cette mesure : relancer l’économie et combattre la déflation alors que la croissance mondiale observe un ralentissement.
Cet été, l’Agence des services financiers (FSA) s’était pourtant inquiétée auprès d’elle d’une telle politique, soulignant que cette baisse des bénéfices limitait la capacité des banques à octroyer des prêts. Accentuant ainsi le phénomène dans une sorte de spirales infernales pour les établissements financiers, déjà pénalisés par la taxation des dépôts.

Sans toutefois citer ses sources, le journal japonais indiquait ainsi en Une de mercredi que la Banque du Japon allait faire de la politique des taux d’intérêt « la pièce maîtresse de son action monétaire, l’assouplissement par l’achat d’actifs montrant ses limites ».

En termes clairs, la BoJ, qui a décidé en janvier d’opter pour un taux de dépôt négatif, va étudier la possibilité d’en baisser davantage le niveau, qui est actuellement à -0,1%.

D’après le Nikkei, lors de son examen des résultats de sa politique (qui fera l’objet d’un rapport circonstancié publié à l’issue de la prochaine réunion des 20 et 21 septembre), la BoJ devrait conclure que « les bienfaits économiques des taux négatifs surpassent les effets négatifs collatéraux ».

Toujours selon le journal, « le gouverneur Haruhiko Kuroda et ses adjoints sont d’accord sur ce point » et « devraient donc emmener avec eux la majorité des membres de l’instance ».

Le Nikkei estime toutefois que « toute décision visant à baisser encore plus les taux requiert une prudente prise en compte de l’évolution du cours du yen et de l’économie au sens large ». Et ce, d’autant plus, que selon ses observations, la baisse des rendements des titres financiers à très long terme pèse d’ores et déjà négativement sur les pensions de retraite et assurances vie, minant peu à peu le moral des consommateurs.

Pour contrebalancer, la BoJ pourrait revoir la répartition de ses rachats d’actifs afin de les concentrer davantage sur des durées courtes et moyennes en minimisant les rachats de titres à très long terme, en vue de se prémunir ainsi d’une baisse trop importante de leur taux et sa »corder une meilleure maîtrise de la situation. Le montant global de ces rachats d’actifs serait ainsi maintenu à 80.000 milliards de yens (690 milliards d’euros) par an.

Reste que même si la BoJ a réformé et fortement accentué sa politique d’assouplissement quantitatif et qualitatif depuis le printemps 2013, elle n’est toujours pas parvenue à son objectif d’une inflation de 2%, alors qu’elle s’était fixée initialement un délai de deux ans pour atteindre son objectif. Mais ce délai a dû être prorogé à plusieurs reprises. Le quotidien Asahi affirme même désormais qu’une telle mention devrait disparaître à l’issue de la prochaine réunion au profit d’une expression plus évasive comme « dès que possible ».

Pour rappel, en août dernier, la FSA avait estimé que le bénéfice de Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG) devrait être amputé de 155 milliards de yens ur les bénéfices 2016-2017 du fait des taux négatifs. Celui de Sumitomo Mitsui Financial Group (SMFG) devrait quant à lui être réduit d’un montant pouvant aller jusqu’à 76 milliards et celui de Mizuho Financial de 61 milliards de yens.

Fin juillet, la BoJ a pris de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire, avec le doublement de ses achats de fonds indiciels cotés (ETF). Elle n’a toutefois pas souhaité augmenter la valeur de ses taux d’intérêt négatifs, déclarant qu’elle allait mener une évaluation approfondie des effets de cette mesure.

Cet avis de la FSA intervient alors que la Banque Migros a récemment indiqué qu’elle n’excluait pas de répercuter sur ses clients privés les taux négatifs introduits par la Banque nationale suisse (BNS) en cas de maintien de la situation ou si l’institut d’émission décidait de les abaisser davantage.

Sources : AFP, Le Temps, Nikkei

Elisabeth Studer – 15 septembre 2016 – www.leblogfinance.com

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