La Bluecub de Bolloré jugée non écologique … car fonctionnant à l’énergie nucléaire

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La Bluecub, voiture électrique du groupe Bolloré peut certes être qualifiée de véhicule propre mais pas de voiture écologique. C’est en substance ce que vient d’affirmer le Jury de déontologie publicitaire (JDP).

Si ce dernier reconnaît certes que le véhicule d’auto-partage lancée en janvier dernier à Bordeaux est  »moins polluant » que d’autres transports, il estime toutefois qu’il ne répond pas aux critères permettant de le considérer comme « écologique ».

Dans une décision publiée cette semaine, le JDP, instance liée à l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) a donc mis à l’index le site internet de la Bluecub, lequel présentant la voiture comme « Ecologique », précisant: « 0 bruit, 0 odeur, 0 émissions de CO2″. Le jury estime que ces éléments « ne permettent pas »  à eux seuls, de qualifier le service d’ »écologique ». Au final, le jury a demandé que la diffusion de cette publicité ne soit pas renouvelée.

Pour lui, si « l’utilisation des véhicules électriques » apparaît certes comme étant « moins polluante que celle de véhicules conventionnels », elle entraîne au final plus de pollution que d’autres modes de transport, compte-tenu des sources d’énergie nécessaires à son fonctionnement.

Saisi par une ONG anti-nucléaire , le JDP permet ainsi de rappeler qu’il est nécessaire de prendre en compte le bilan énergétique complet des solutions alternatives pour pouvoir véritablement calculer son impact écologique.

Quant on sait que 75 % de l’électricité produite en France provient du nucléaire, l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité laisse ainsi entendre à demi-mots qu’un véhicule électrique fonctionnant – que l’on ne le veuille ou non – à l’énergie nucléaire ne peut raisonnablement être qualifié d’écologique. Sans parler de l’impact sanitaire de l‘extraction de l’uranium, carburant indispensable pour faire fonctionner les centrales et des déchets radio-actifs … Choses qu’on a tendance (un peu trop?!) à oublier.

L’Observatoire du Nucléaire a quant à lui salué dans cette décision – qui pourrait faire date – « une nouvelle victoire sur la communication trompeuse des lobbies de la voiture et de l’automobile ». On pourrait rajouter … et les lobbies des groupes énergétiques tels qu’Areva …

Au final, le JDP rappelle que lorsqu’il est « impossible de justifier des formulations globales » comme écologique, vert, éthique, durable etc, « la publicité doit les relativiser » avec des formulations telles que « contribue à ».

Répondant en suivant, le groupe Bolloré a déclaré qu’en « bon élève », s’il fallait « retirer un mot d’une pub », il allait le retirer. Ajoutant toutefois, qu’une fois obtenus des certificats d’énergie renouvelable pour ses Bluecub à Bordeaux – comme c’est déjà le cas à Paris et à Lyon – il emploierait le terme qu’il voudra.

A cette occasion, Julien Varin, directeur de communication du groupe Bolloré, a quant à lui tenu à rappeler que toutes les villes étaient confrontées à de graves problèmes de pollution. Selon lui, dans « le monde entier des villes se tournent vers les solutions Bolloré comme dépolluantes », prenant exemple des villes d’Indianapolis ou de Londres.

– Bolloré présent en Afrique pour développer les infrastructures de transport minier et notamment d’uranium –

Ironie du sort, simple coïncidence, le groupe Bolloré œuvre actuellement en Afrique pour développer les infrastructures de transport permettant d’acheminer l’uranium … lequel alimentera à terme les centrales nucléaires qui permettront de produire – notamment – l’énergie nécessaire à recharge des véhicules électriques. Où l’on reboucle la boucle …

Le groupe est désormais le partenaire qualifié de « stratégique » retenu par le Bénin et le Niger pour le projet de prolongement du chemin de fer entre les deux pays.

C’est en effet le 7 novembre dernier que le Président nigérien, Mahamadou Issoufou, et son homologue béninois, Boni Yayi, ont signé un Mémorandum d’Entente pour la réhabilitation, la construction et l’exploitation des chemins de fer reliant Cotonou à Niamey. Tronçon intégré dans la boucle ferroviaire qui doit relier Cotonou (Bénin) à Abidjan (Côte d’Ivoire) , via Niamey (Niger) et Ouagadougou (Burkina Faso ). Les deux Chefs d’états ont décidé conjointement de confier la gestion des travaux à une société multinationale,en lieu et place de l’Organisation Commune Bénin-Niger (Ocbn), le capital initial étant de 70 milliards F Cfa.

Selon un plan d’action approuvé par les deux parties, un partenariat gagnant-gagnant sera établi entre les deux Etats – lesquels seront actionnaires à hauteur de 10% chacun – les opérateurs économiques privés de chaque pays obtenant 20%, la participation de Bolloré s’élevant quant à elle à 40%. Le groupe français étant chargé notamment de mobiliser les ressources nécessaires pour la réhabilitation de la ligne ferroviaire interrompue depuis 1936 et la réalisation de nouvelles infrastructures. Le coût du projet est estimé à 800 milliards de francs CFA. Les travaux devraient démarrer à la fin mars 2014.

Fin octobre, le Niger et la compagnie Pan African Minérals ont pour leur part signé un mémorandum d’entente relatif à l’exécution des travaux du tronçon Niamey-frontière du Burkina Faso, de la boucle ferroviaire ouest africaine. Ce dernier, estimé à 1.000 milliards de francs CFA, devra relier le Bénin à Abidjan en passant par le Niger et le Burkina Faso, soit 2.970 km de rail, dont 1.176 km de construction neuve et 1.794 km de réseau à réhabiliter. Le ministre nigérien du Plan, Amadou Boubacar Cissé, soulignant à cet égard que c’était « la première fois qu’un investisseur minier accept(ait) d’entrer dans ce genre de projet ».

Le patron du groupe Timis a tenu à préciser que la réalisation de ce projet aura « un impact économique certain pour le Niger et les pays de la région, en facilitant l’exportation de la production agricole, du bétail et des ressources minières, ainsi que l’importation d’autres produits. »

Le 18 octobre dernier, la Côte d’Ivoire avait annoncé pour sa part que le président ivoirien Alassane Ouattara et ses homologues Blaise Compaoré (Burkina Faso), Mahamadou Issoufou (Niger) Faure Gnassingbé (Togo) et Boni Yayi (Bénin) – soit les dirigeants de ces cinq pays du Conseil de l’Entente (une organisation de coopération régionale d’Afrique de l’Ouest) – avaient appelé le groupe français Bolloré et la société Panafrican Minerals de l’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis, à s’associer en vue de travailler sur la réhabilitation et l’extension du chemin de fer qui ira d’Abidjan (Côte d’Ivoire) à Lomé (Togo) en passant par Ouagadougou, Dori et Tambao (Burkina Faso), Niamey (Niger), Parakou et Cotonou (Bénin). Si en juillet dernier, certains médias ivoiriens avaient fait état d’une alliance entre Bolloré et Panafrican Minerals, aucun accord officiel n’avait été annoncé jusque là. Selon la présidence ivoirienne, une convention relative à ce projet, dont le coût est estimé à 1000 milliards de Francs CFA, devrait faire l’objet de discussions entre les deux opérateurs et les pays concernés.

Rappelons qu’en septembre dernier, oeuvrant dans le cadre du développement de son secteur minier, le gouvernement nigérien a attribué à Pan-African Minerals plusieurs permis pour la recherche d’uranium et des substances connexes dans le département d’Arlit, au Niger. Là où le français Areva est également présent. Durant les 3 prochaines années, la société s’est  engagée à investir un montant minimum de 20 millions de dollars US pour mener des travaux d’exploration et développer les gisements d’uranium qui auraient été découverts.

Sources : Observatoire du Nucélaire, Presse africaine, Xinhua, Maroc Agence de Presse (MAP)

Elisabeth Studer – 5 avril 2014 – www.leblogfinance.com

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