La BoE en route vers une première hausse de taux en 10 ans

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Le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE), Mark Carney, le 17 octobre 2017 à Londres-PRU/AFP/Archives/HO Le gouverneur de la Banque d’Angleterre (BoE), Mark Carney, le 17 octobre 2017 à Londres-PRU/AFP/Archives/HO

La Banque d’Angleterre (BoE) pourrait relever jeudi son taux directeur pour la première fois en plus de dix ans, afin de tenter de contrer l’accélération de l’inflation au Royaume-Uni dans un contexte d’incertitudes élevées en raison du Brexit.

« La Banque d’Angleterre semble être sur le point de dégainer l’arme monétaire jeudi en relevant ses taux d’intérêt de 0,25% à 0,50% », a estimé Howard Archer, économiste chez EY Item Club.

« Même si cela risque de se jouer dans un mouchoir de poche, nous pensons que la majorité du Comité de politique monétaire (CPM) de la BoE va voter en faveur d’une hausse des taux jeudi, la première en une décennie », a abondé Paul Hollingsworth, économiste spécialiste du Royaume-Uni pour Capital Economics.

Le taux directeur de la BoE avait été abaissé en août 2016 au niveau historiquement bas de 0,25%, afin de tenter de protéger l’économie du Royaume-Uni des effets négatifs de la décision prise un peu plus d’un mois auparavant par les Britanniques de sortir de l’Union européenne.

Et la BoE n’a pas procédé à une hausse de taux depuis l’été 2007, quand ils avaient atteint 5,75%, une décision déjà prise à l’époque pour lutter contre une inflation supérieure au niveau cible de 2%.

La hausse des prix à la consommation a accéléré en septembre 2017 pour atteindre 3% sur un an, niveau qu’elle n’avait plus connu depuis avril 2012.

La BoE pourrait même relever ses prévisions à court terme pour la hausse des prix dans le rapport trimestriel sur l’inflation et la croissance qui sera publié en même temps que la décision sur les taux jeudi.

– Marge de manœuvre –

Pour Neil Wilson, analyste chez ETX Capital, « novembre est le moment idéal pour relever les taux afin de laisser des munitions au CPM pour assouplir de nouveau (sa politique monétaire) au cas où l’économie viendrait à connaître une nouvelle baisse de régime ».

Pour le moment, l’économie britannique a relativement bien résisté aux inquiétudes provoquées par le Brexit du fait des incertitudes vis-à-vis de la future relation économique entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit, prévu pour la fin mars 2019.

La croissance a même été un peu meilleure qu’attendu au troisième trimestre, à 0,4% d’un trimestre sur l’autre, donnant un peu de marge de manœuvre à la BoE.

Mais malgré cette légère reprise de l’activité, les analystes de BlackRock estiment que « la fragilité de l’économie va être un frein » à une poursuite du resserrement monétaire après la hausse attendue en novembre.

Pour Howard Archer, la BoE devrait même par la suite retenir sa main jusqu’au moins fin 2018.

Car la BoE devrait de nouveau mettre l’accent sur les risques que font peser sur l’économie britannique les incertitudes sur l’avenir du Royaume-Uni post-Brexit.

Jusqu’à présent, les négociations entre Londres et Bruxelles n’ont pas permis de clarifier leurs relations futures.

En outre, si la hausse des taux devrait être décidée jeudi, ce vote ne devrait pas être unanime, les observateurs tablant dans l’ensemble sur une répartition de 6 voix pour et 3 contre ou 5 pour et 4 contre.

« Il est évident que certains membres du CPM ont des réserves sur le fait de relever les taux dès maintenant », a relevé Howard Archer.

Mais une absence de hausse ce jeudi « mettrait à mal la crédibilité de la Banque d’Angleterre » qui a, depuis septembre, préparé à de nombreuses reprises le marché à une telle action, a prévenu M. Archer.

Surtout que sous la houlette du gouverneur Mark Carney, la BoE a déjà à plusieurs reprises prévenu qu’une hausse de taux était possible pour finalement ne pas agir, ce qui lui a valu le surnom auprès des observateurs et opérateurs de marché de « petit-ami pas fiable ».

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