La Grèce, « ce junckie qui réclame sa nouvelle dose et qu’il faut sevrer »

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Pour son premier déplacement à l’étranger, depuis sa nomination à la tête des finances grecques il y a 5 jours, Yanis Varoufakis a choisi la France. Ce dimanche 1er février, il était arrivé à Bercy, bien décidé à casser l’image des Grecs irréductibles d’extrême gauche. L’allure sportive soulignée par un costume très près du corps, élégant, mais sans cravate, à l’image de son Premier ministre Alexis Tsipras qui n’en porte jamais, il a parlé avec calme, pondération, sur ce ton pédagogue et professoral si naturel pour celui qui a enseigné 25 ans durant l’économie dans le monde entier : Grèce, Australie, Etats-Unis, Royaume Uni, Belgique. A une ou deux reprises, il s’est amusé à se demander tout haut si c’était le professeur ou le ministre qui s’exprimait.

Cet anglophone parfait qui est devenu au fil des années la coqueluche des médias anglo-saxons (BBC, CNN, The Economist, The Telegraph), et dont les tweets incessants –y compris depuis qu’il est grand argentier – sont amplement relayés, a utilisé des mots simples et des idées forces fédératrices. La Grèce a été shootée à l’argent pendant des années, elle est « comme un junckie qui réclame une nouvelle dose, il faut l’aider à se sevrer ». Mais s’il veut un aménagement de la dette monumentale -175% du PIB- de son pays, il ne veut pas que ce soit au détriment des autres pays. « Ni du contribuable allemand, ni irlandais, ni espagnol, ni français, ni européen ». Il s’est dit prêt aussi à se faire aider pour réformer son administration et enfin endiguer la fraude fiscale qui la mine.

Il a parlé d’ « unité », de « concertation », de « travail tous ensemble autour d’une table », s’est référé au mythique Jean Monnet. A même évoqué « le contrat social européen ».

Mentionnant son road show européen, commencé à Paris et qui se poursuit dès demain à Londres et Rome, il a observé, un brin provocateur, avoir « hâte d’aller à Berlin, Helsinki, Madrid et Francfort », les fiefs les plus rétifs à Syriza.

Des faux airs de Bruce Willis

Ce ministre aux faux airs de Bruce Willis, et au sourire très Californien, s’est en revanche un peu crispé quand il s’est agi de l’Allemagne. Avec son homologue Schäuble, il n’y a eu qu’un échange poli, mais pas d’invitation à se voir. « Ça va se faire d’un jour à l’autre », a-t-il lancé, vague. Là où il s’est carrément durci, c’est lorsqu’une question a évoqué le risque d’une cassure entre le Sud de l’Europe, emmenée par la Grèce anti austérité, et le Nord. Là il a rappelé les années 1930, les « risques de fragmentations », soulignant qu’au Parlement grec la 3è force politique n’ « est pas un parti neo nazi, mais un parti nazi ».

Autre sujet sur lequel il ne semble pas prêt à transiger, c’est la Troïka. A l’instar de la population grecque, il ne veut plus en entendre parler. Il veut négocier d’égal à égal, non pas avec des « technocrates », mais directement avec la BCE, la Commission européenne et le FMI. Fonds dont il a opportunément rappelé que son pays en avait été membre fondateur.

Plus professeur et moins ministre à la fin de sa prestation, poussé par une question, il a dit tout le mal qu’il pensait « en tant qu’économiste » du plan Juncker, ajoutant « qu’il serait regrettable que l’Europe ne sache pas accepter la controverse intellectuelle ». Après une petite heure de questions réponses avec la presse venue de toute l’Europe, l’atypique Yanis Varoufakis est parti, apparemment content d’avoir distillé un message apaisant, même si on a senti que, chez lui, les joutes verbales sont une vraie satisfaction. Dans les semaines à venir, il risque de se faire plaisir.

Sabine Syfuss-Arnaud


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