L’Allemagne et le président de l’Eurogroupe pour une évolution du MES en Fonds monétaire européen

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Le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem estime que le mécanisme européen de stabilité (MES), dispositif européen de gestion des crises financières de la zone euro, devrait à terme devenir une version européenne du Fonds monétaire européen. C’est en effet ce qu’il vient de déclarer dans un entretien accordé au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Rappelons que le MES – considéré comme un fonds de sauvetage permanent de la zone euro –  remplace depuis 2012, au sein du Pacte budgétaire européen, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF). L’Eurogroupe réunit quant à lui les ministres des Finances de la zone euro.

« Je pense que cela serait très logique que le fonds de secours MES évolue en FMI européen sur le moyen à long terme », déclare ainsi Jeroen Dijsselbloem dans un article à paraître lundi. Selon lui, cette évolution signifierait que la « troïka » actuelle des créanciers internationaux de la Grèce, qui regroupe la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI, ne pourrait perdurer telle quelle sur le long terme. Il considère par ailleurs comme justifié le malaise de plus en plus croissant de la BCE dans son rôle au sein de la troïka, estimant parallèlement que la Commission européenne a de son côté d’autres « tâches importantes » mobilisant ses efforts. Le MES devrait « développer l’expertise technique que le FMI est seul à détenir pour le moment », ajoute-t-il encore.

Les institutions doivent conserver en attendant leurs rôles dans le cadre du plan d’aide dont bénéficie la Grèce, estime par ailleurs Jeroen Dijsselbloem, souhaitant toutefois que le FMI tranche rapidement sur une éventuelle participation de sa part au programme. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) verse actuellement des milliards d’euros à la Grèce, dans le cadre du troisième plan de sauvetage financier du pays. Les conditions à réunir pour pouvoir bénéficier des fonds du MES font l’objet d’une négociation entre l’État membre concerné et la Commission européenne, en liaison avec la BCE. Lorsque c’est possible, le FMI est également invité à participer activement.

A noter que cette déclaration intervient à la veille d’une réunion de l’Eurogroupe lundi, durant laquelle Jeroen Dijsselbloem s’attend à peu d’avancées sur le dossier grec. Le désaccord entre Athènes et ses créanciers internationaux sur les modalités d’examen de ses réformes l’empêche à l’heure actuelle d’obtenir le déblocage d’une nouvelle tranche d’aide. Si le Fonds monétaire international a joué un rôle central lors des deux premiers plans de sauvetage de la Grèce, en 2010 et 2012, il rechigne à participer au troisième plan d’aide qui prévoit l’octroi de crédits de 86 milliards d’euros à Athènes entre 2015 et 2018, en échange de la mise en œuvre de réformes destinées améliorer la compétitivité de l’économie grecque. Il considère en effet comme irréalistes les objectifs économiques fixés à la Grèce par les Européens.

Ces propos du président de l’Eurogroupe se font l’écho de ceux du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, qui a également proposé de transformer le MES en « fonds monétaire européen », avec pour objectif d’améliorer la gestion des crises en Europe. La chancelière allemande, Angela Merkel, et son ministre des Finances veulent ainsi moderniser et façonner le fonds de sauvetage installé au Luxembourg sur le modèle du Fonds monétaire international (FMI), en créant un « Fonds monétaire européen » propre à l’UE. Lequel devrait selon eux être en mesure de surveiller les finances de tous les pays de la zone euro.

Mais le commissaire européen à la fiscalité, Pierre Moscovici, ne l’entend pas de la sorte, rappelant que la supervision des budgets de la zone euro relève de la compétence de la Commission. Selon lui, un Fonds monétaire européen ne devrait « pas être un organe composé uniquement de technocrates ».

L’eurodéputé Vert allemand Sven Giegold redoute quant à lui que la transformation du MES en Fonds monétaire européen ne contourne le Parlement européen et la Commission. Il a d’ores et déjà averti que Berlin « mettait en péril les institutions européennes » au Conseil européen et a reproché à l’ancien président du Parlement et principal rival Angela Merkel, Martin Schulz (SPD), de ne pas s’être prononcé sur le sujet.

Sources : Reuters, euractiv, Der Tagesspiegel, La Croix, AFP

Elisabeth Studer – 19 mars 2017 – www.leblogfinance.com

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