L’éclatement de la bulle sur le bitcoin plombe les comptes de Nvidia

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La chute libre se poursuit pour Nvidia. Accusant 35% de recul en un mois et demi du fait de la purge du Nasdaq, le titre du concepteur de micro-processeurs encaisse 18% de baisse supplémentaire vendredi sur le Nasdaq après des résultats moins élevés qu’attendu en raison… de l’effondrement du bitcoin.

Pour son troisième trimestre 2018 (période d’août à octobre, l’exercice se terminant fin janvier), la firme établie à Santa Clara -la commune de Californie où siègent la plupart des acteurs américains du secteur tels AMD, Intel ou encore National Semiconductor- a fait état d’un chiffre d’affaires de 3,18 milliards de dollars, en hausse de 21% sur un an (de 2% par rapport au deuxième trimestre), avec des ventes record sur les marchés des centres de données, de la visualisation et de l’automobile.

En revanche le bénéfice opérationnel, certes encore en progression sur un an glissant par rapport au troisième trimestre 2017, s’affiche en recul de 18% par rapport au deuxième trimestre, à 1,06 milliard de dollars. Une déception qui s’explique par « des stocks excédentaires chez nos distributeurs après le boom des crypto-devises » a reconnu le directeur général et co-fondateur Jensen Huang (Huang Jen-Hsun).

Concepteur en 1999 du premier processeur graphique (GPU) à équiper un appareil grand public, ouvrant l’ère des PC dits de « gaming », Nvidia est pionnier de l’accélération matérielle, une approche visant à améliorer les performances d’un processeur en fractionnant les tâches entre différents circuits intégrés. La puissance de ses processeurs est particulièrement exploitée dans les jeux vidéo, et offre une capacité de calcul également prisée dans la modélisation, le design 3D, la recherche scientifique… et le « minage » de bitcoins. Comme les autres cryptomonnaies, le bitcoin exige une très forte puissance de calcul pour authentifier et créer de la monnaie virtuelle –le processus de « minage ».

D’importants stocks sur les bras

Or, la popularité des cryptoactifs a sérieusement diminué avec la chute des cours entamée fin 2017 (le bitcon se traitait à environ 4862 euros vendredi, au plus pas depuis plus d’un an). Et la demande de capacités de calcul suit le même chemin. Du coup, les clients de Nvidia se retrouvent avec d’importants stocks de processeurs de génération intermédiaire, une gamme appelée Pascal (en l’honneur du mathématicien français). En attendant la prochaine génération, baptisée Turing, en mémoire cette fois du cryptologue briannique Alan Turing, la directrice financière de Nvidia a reconnu que les excédents de stocks pèseraient encore sur la performance du dernier trimestre, même si le groupe avait pris les mesure pour les résorber. De ce fait, le chiffre d’affaires pour la période de novembre à janvier pourrait chuter à 2,7 milliards de dollars.

Bien que considérant que le phénomène de surstockage des puces Pascal devrait rester un évènement ponctuel par rapport à une tendance de long terme toujours florissante pour Nvidia, Goldman Sachs a retiré vendredi l’action de sa liste de valeurs préférées. « Nous avons fait clairement fausse route sur le titre en sous-estimant l’importance du gonflement des stocks sur les processeurs de gaming de milieu de gamme (représentant typiquement un tiers des ventes du segment) », a reconnu l’analyste de la banque américaine. Pour Goldman, Nvidia conserve d’importants atouts par rapport à ses (rares) concurrents sur le créneau des GPU gaming, mais il faudra sans doute plusieurs trimestres pour rétablir la confiance des investisseurs.

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