Les bonnes et mauvaises surprises des résultats d’Airbus

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Airbus a-t-il réalisé une bonne année 2019? Difficile de répondre, tant les résultats annoncés ce jeudi 13 février par l’avionneur européen apparaissent contrastés. Côté positif, le groupe a réalisé une excellente année commerciale, avec des prises de commandes en hausse de 46% à 81,2 milliards d’euros, portées par le succès de la gamme d’avions civils d’Airbus. La performance opérationnelle est également très bonne, avec un résultat opérationnel de près de 7 milliards d’euros (+19%) et des livraisons à un niveau record (863 appareils livrés). “Nous avons réalisé un très bon exercice 2019, avec de solides performances financières sous-jacentes essentiellement liées à nos livraisons d’avions commerciaux”, estime Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus. Les déboires du 737 MAX ont permis à Airbus de reprendre le titre de leader mondial de l’aviation, qui lui échappait depuis 2011. Il devrait le conserver sans grande difficulté en 2020, avec 880 livraisons prévues.

Airbus peut également se réjouir de deux bonnes nouvelles annoncées coup sur coup les 12 et 13 février. D’abord, la signature par la France et l’Allemagne du premier contrat de démonstrateurs du programme d’avion de combat franco-allemand SCAF. Paraphé avec plus de huit mois de retard, cet accord négocié au forceps permet à Dassault Aviation et Airbus de lancer les travaux de R&D sur un premier démonstrateur d’appareil, qui devrait voler à partir de 2026. S’il est de taille modeste (155 millions d’euros partagés entre Paris et Berlin), ce contrat est un gros soulagement pour Airbus, qui est partenaire principal du maître d’oeuvre Dassault sur le prototype d’avion (NGF, Next Generation Fighter), et leader industriel sur les drones d’accompagnement (“remote carriers”), et le “cloud de combat”, sorte de bulle numérique permettant le combat collaboration entre les avions pilotés et les drones.

Provisions record

L’autre bonne nouvelle est le rachat, annoncé le 13 février, de la part du canadien Bombardier dans le programme de monocouloir A220. Avec cette opération, Airbus détient désormais 75% des parts de l’ex-CSeries, le gouvernement du Québec conservant les 25% restants. Pour un prix raisonnable (591 millions de dollars), l’avionneur européen conforte ainsi son contrôle sur cet appareil prometteur de 100 à 160 sièges, dont les commandes ont grimpé de 64% depuis la prise de contrôle d’Airbus (658 appareils commandés à fin janvier). Airbus a d’ailleurs annoncé dans la foulée un protocole d’accord avec la compagnie nigériane Green Africa pour l’achat de 50 A220-300, la plus grande version de l’A220.

Mais ces bonnes nouvelles ne suffisent pas à effacer les coups durs de l’année 2019. Malgré sa solide performance opérationnelle, Airbus a bouclé l’exercice dans le rouge, affichant une perte nette de 1,36 milliard d’euros du fait d’un niveau énorme de provisions (5,6 milliards d’euros). La plus grosse charge, de 3,6 milliards d’euros, était attendue: elle correspond au montant des amendes qu’Airbus va verser à la France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis pour clore les affaires de corruption qui plombaient le groupe depuis 2015. D’autres provisions sont de mauvaises surprises, notamment celle sur l’avion militaire A400M, sur lequel Airbus a passé une énième charge de 1,2 milliard d’euros. L’avionneur européen a revu à la baisse les perspectives export de l’appareil, notamment du fait de la suspension des licences d’export d’armement vers l’Arabie Saoudite décidée par Berlin. Ce blocage allemand, prolongé jusqu’à mars 2020, a également contraint Airbus à passer 221 millions d’euros de provisions supplémentaires.

Defence and Space en crise

Fini? Toujours pas. L’avionneur a également passé 202 millions d’euros de provisions sur l’A380, dont la production s’arrêtera en 2021, et une centaine de millions sur les frais de conformité, en clair les honoraires des avocats et conseils juridiques qui ont travaillé sur les affaires de corruption. Depuis 2017, Airbus aura ainsi dépensé 430 millions d’euros de frais d’avocats, qui s’ajoutent à l’amende de 3,6 milliards d’euros. L’avionneur européen a donc acheté sa tranquillité au prix fort: 4 milliards d’euros en tout. Et ce n’est pas fini: le groupe prévient que les frais de conformité en 2020 pourraient atteindre 500 millions à un milliard d’euros.

L’autre gros point négatif des résultats 2019 est la mauvaise performance de la division Airbus Defence and Space (ADS): ADS est passé de 676 millions d’euros de résultat opérationnel en 2018 à une perte de 881 millions d’euros en 2019, du fait d’un marché spatial encore hésitant et de campagnes export difficiles dans la défense. “La division prépare un programme de restructuration destiné à restaurer une rentabilité élevée proche de 10%”, indique le groupe.

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