L'Institut Pasteur, coffre-fort à virus que les Etats-Unis nous envient

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Au printemps 2018, c’est une demande de coopération étrange que doit traiter le cabinet de Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri). Un laboratoire privé américain, subventionné pour partie par un organisme rattaché au Pentagone, souhaite travailler avec l’un des sept centres de l’Institut Pasteur en Afrique. La célèbre fondation tricolore, forte d’une collection de 20 000 souches bactériennes et de plus de 200 souches virales (fièvre jaune, Zika, rétrovirus… ), est l’un des plus grands, et plus anciens, coffres-forts mondiaux à virus.

Le domaine de recherche qui focalise l’attention des virologues transatlantiques porte sur une bactérie : Yersinia pestis, autrement dit la peste. Après plusieurs jours de réflexion, le Mesri décide de refuser. « Les Américains sont très offensifs, ils font du forcing pour récupérer le plus grand nombre de souches de virus afin de se protéger, d’élaborer des vaccins », confie une source étatique.

Stock colossal à Fort Detrick

Quelques mois plus tôt, en 2017, l’intérêt de l’allié américain pour les virus français avait aussi été visible au sein de l’Institut Pasteur de Lille. La fondation no…

opération étrange que doit traiter le cabinet de Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri). Un laboratoire privé américain, subventionné pour partie par un organisme rattaché au Pentagone, souhaite travailler avec l’un des sept centres de l’Institut Pasteur en Afrique. La célèbre fondation tricolore, forte d’une collection de 20 000 souches bactériennes et de plus de 200 souches virales (fièvre jaune, Zika, rétrovirus… ), est l’un des plus grands, et plus anciens, coffres-forts mondiaux à virus.

Le domaine de recherche qui focalise l’attention des virologues transatlantiques porte sur une bactérie : Yersinia pestis, autrement dit la peste. Après plusieurs jours de réflexion, le Mesri décide de refuser. « Les Américains sont très offensifs, ils font du forcing pour récupérer le plus grand nombre de souches de virus afin de se protéger, d’élaborer des vaccins », confie une source étatique.

Stock colossal à Fort Detrick

Quelques mois plus tôt, en 2017, l’intérêt de l’allié américain pour les virus français avait aussi été visible au sein de l’Institut Pasteur de Lille. La fondation nordiste, associée à l’Inserm et au CNRS, mène alors une coopération sur la peste avec le puissant National Institutes of Health (NIH), pilier de la recherche médicale américaine. Ce dernier a notamment assujetti son financement à la visite du laboratoire P3 lillois. « Lorsque la mission américaine est venue, nous avions caché les congélateurs afin que celle-ci ne puisse pas les photographier », commente un chercheur.

Très enclin à se voir ouvrir les portes des arsenaux étrangers, l’Oncle Sam joue chez lui la carte du protectionnisme. « En 2001, après les attaques à l’anthrax qui se sont produites sur leur sol, les Etats-Unis ont mis un terme aux visites officielles dans leurs laboratoires, c’était la fin de la réciprocité » , précise Patrick Berche, chef de service de microbiologie de l’hôpital Necker, et auteur de L’Histoire secrète des guerres biologiques (Robert Laffont).

Les Etats-Unis sont aujourd’hui le pays qui possède le plus de laboratoires P4 (le plus haut niveau de sécurité biologique) du monde. La très secrète base médicale militaire de Fort Detrick, près de Washington, ainsi que le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies d’Atlanta en abritent, par exemple, plusieurs. « Au fil des années, les Américains se sont constitués, de manière totalement opaque, un stock colossal de souches, poursuit le chercheur . Ils disent que c’est uniquement pour se défendre mais nous ne pouvons les croire sur parole. Fort Detrick a longtemps été le fief du programme d’armes biologiques des Etats-Unis. »

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