L’Irak rappelle à Trump que son pétrole lui appartient

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Fort heureusement il existe dans ce bas monde des hommes d’Etat, dotés de diplomatie, leur permettant de ne pas se braquer face à des propos outranciers. On imagine avec effroi ce qu’aurait pu devenir notre planète en moins d’une semaine si le hasard et les votes avaient placé au pouvoir à la même période des personnes aussi impulsives que Donald Trump et Mahmoud Ahmadinejad, l’ancien président iranien.

Mais c’est avec  intelligence qu’a répondu le Premier ministre irakien Haïdar al Abadi à la déclaration du nouveau président américain sur l’Irak et son pétrole. Il s’est en effet dit étonné mardi que Donald Trump ait regretté que les Etats-Unis n’aient pas pris possession des réserves pétrolières de l’Irak à la suite de l’intervention de 2003 contre Saddam Hussein. Tout de même … encore une fois le milliardaire n’est pas allé de mains mortes.

Dans un discours prononcé samedi au siège de la CIA, le nouveau président américain avait rappelé qu’il ne voulait pas que les Etats-Unis interviennent en Irak. Ajoutant, selon le texte mis en ligne sur le site de la Maison blanche, « lorsque nous y étions, nous nous en sommes mal sortis. Et j’ai toujours dit, en plus de cela, de garder le pétrole, je disais cela pour des raisons économiques ». Business avant tout certes …. et America first.

Les arguments du nouveau locataire – mais non propriétaire de la Maison Blanche, ouf ! – : selon lui, après après réflexion (comme quoi, il peut parfois prendre du recul), si les Etats-Unis avaient «  gardé le pétrole », l’EI n’aurait probablement pas pu exister. Estimant en effet que c’est en tout premier lieu via la manne financière prodiguée par les revenus pétroliers que l’Etat islamique (Daesh) a pu se développer. Ce qui fait dire au nouveau chef de l’Etat en guise de conclusion : « donc nous aurions dû garder ce pétrole ».

Interrogé sur ces propos lors d’une conférence de presse mardi à Bagdad, Haïdar al Abadi a souligné que le pétrole d’Irak appartenait aux Irakiens et a ajouté qu’il n’était pas sûr d’avoir bien compris le propos de Trump. « Ce qu’il voulait dire n’était pas clair », a dit le chef du gouvernement irakien. « Voulait-il parler de 2003 ou dire qu’il fallait empêcher les terroristes de s’emparer de pétrole irakien ? »

C’est qui s’appelle être pour le moins diplomate … Et Monsieur Trump ferait bien de prendre des cours accélérés auprès des Irakiens. Voire même  s’informer sur la – réelle  –  politique étrangère menée sur le terrain par les Etats-Unis ….

Rappelons ainsi un des nos précédents articles laissant entrevoir des liens éventuels voire probables entre USA et Daesh, soupçons que Poutine avait de nouveau formulé lors de sa participation au G20 en 2015. Le 13 août 2014, reprenant une analyse du quotidien Nezavissimaïa Gazeta, l’agence de presse russe  Ria Novosti, avait également dénoncé  le fait que les terroristes de EI bénéficient en réalité d’un soutien financier, matériel et militaire pratiquement illimité du Qatar, et indirectement des États-Unis et de l’UE. Après avoir rappelé que « les organisations terroristes islamistes, comme Al-Qaïda ou les talibans, ont été créés par la CIA, le Pentagone et le département d’État », les médias russes soulignaient ainsi ,  « qu’avec le consentement silencieux, voire parfois le soutien direct de Washington et de ses alliés occidentaux et régionaux, le terrorisme international se répand sur la planète, représentant une menace toujours plus importante pour l’humanité. »

Lors du sommet du G20, qui s’est tenu du 14 au 16 novembre 2015 en Turquie, soit le lendemain des attentats perpétrés à Paris, le président russe Vladimir Poutine avait souligné pour sa part que la Russie avait présenté des exemples de financement des terroristes par des personnes physiques venant de 40 pays, y compris des pays-membres du G20. Lors du sommet «j’ai donné des exemples basées sur nos données du financement de Daesh par des individus privés. Cet argent vient de 40 pays, parmi lesquels participent des pays-membres du G20», avait ainsi précisé Vladimir Poutine. Lequel a également évoqué la nécessité urgente d’empêcher la vente illégale de pétrole, laquelle rentre pour une bonne part dans le financement de Daesh comme nous l’indiquions dans un précédent article. Au final, si l’« État islamique » et les terroristes d’Al Nosra-Al Qaïda sont officiellement combattus, de plus en plus d’éléments laissent à croire qu’ils sont en réalité soutenus discrètement, par Washington et ses vassaux avais-je alors indiqué.

On ne peut ainsi que s’étonner que les « frappes aériennes » occidentales contre ces mouvements aient obtenu si peu de résultats depuis plusieurs semestres, alors qu’elles étaient venus à bout de l’armada irakienne de Saddam Hussein en 3 semaines. Rappelons ainsi que la guerre contre l’Irak a été déclarée par George W. Bush le 20 mars 2003 et que Bagdad est tombée le 12 avril de la même année.

Le Canard enchaîné du 6 octobre 2015 se veut quant à lui beaucoup plus direct, affirmant que les pilotes américains et alliés de la coalition opérant en Syrie et en Irak ont reçu l’ordre de ne jamais frapper les terroristes du groupe Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda. « La Turquie (membre de l’Otan), l’Arabie saoudite et le Qatar (alliés et clients des Etats-Unis et de la France) arment et financent cette Armée de la Conquête », une force « dirigée par le Front Al-Nosra », écrit ainsi le journal. « Les pilotes américains et alliés ont, voilà plus d’un an, reçu l’ordre de ne jamais balancer le moindre missile sur ces héritiers de Ben Laden », poursuit le Canard. Ajoutant que « c’est l’armée de Bachar, avec le soutien militaire de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah, qui a empêché Daesh de planter ses drapeaux noirs sur Damas ».

Sources : Reuters, AFP, Canard Enchaîné, Nezavissimaïa Gazeta, Sputnik/ Ria Novosti

Elisabeth Studer – 27 janvier 2017 – www.leblogfinance.com

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