L’Ukraine prévient la Russie : une intervention russe conduirait à la guerre

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Nous l’avions redouté : le conflit entre Ukraine et Russie pourrait mener à la guerre. Avec un enjeu majeur : la Crimée, laquelle est une république autonome au sein de la république d’Ukraine. Ceci pour des raisons militaires, géopolitiques, économiques et stratégiques, nous y reviendrons.

En tout état de cause, l’Ukraine a annoncé samedi soir avoir placé ses troupes armées en état d’alerte complète de combat, tout en renforçant la protection des centrales nucléaires et de certains sites stratégiques. Les autorités précisant parallèlement qu’une intervention de la Russie sur son territoire conduirait à la guerre.

Après s’être réuni pendant plus de trois heures avec les chefs des services de sécurité, le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a affirmé que ce qu’il qualifie « d’agression russe » contre son pays ne pouvait aucunement être justifiée.

« Nous sommes persuadés que la Russie ne lancera pas d’intervention, car cela signifierait la guerre et la fin de toute relation entre les deux pays », a pour sa part déclaré le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

Le chef du gouvernement a déclaré avoir eu un entretien avec son homologue russe Dmitri Medvedev au cours duquel il a demandé que la Russie « fasse revenir ses forces de Mer Noire dans leurs casernes », en vue de « faire baisser la tension ».

« Une intervention militaire serait inacceptable car ce serait une violation de tous les accords internationaux », a-t-il ajouté.

Samedi soir, le président russe Vladimir Poutine n’avait pas encore pris de décision officielle quant à un éventuel recours à l’armée russe en Ukraine. C’est en effet ce qu’a indiqué son porte-parole, Dmitri Peskov, peu après l’approbation par le sénat russe réuni en session extraordinaire d’un déploiement de troupes sur territoire ukrainien.

– L’Ukraine accuse la Russie de déployer des forces militaires

Parallèlement, samedi, lors de la première réunion du nouveau gouvernement ukrainien à Kiev, le ministre de la Défense Igor Tenioukh a accusé la Russie d’avoir renforcé ses forces militaires en Crimée de 6.000 hommes, ajourtant que près de 30 blindés avaient également été déployés.  Le tout constituant à ses yeux « une violation grossière » des accords régulant la présence de la flotte russe de Mer Noire.

« La présence inadéquate des militaires russes en Crimée est une provocation, mais les tentatives de faire réagir l’Ukraine par la force ont échoué », a pour sa part averti le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

« La Crimée abrite la flotte russe de la mer Noire et la Russie à ce titre a le droit de déplacer des troupes sur le territoire de la péninsule, mais elle doit en informer les autorités ukrainiennes 72 heures à l’avance, ce qui n’a pas été fait », a par ailleurs indiqué le ministre des Affaires étrangères, Andriï Dechtchitsa.

– La marine russe confirme un déploiement militaire à Sébastopol

La marine russe a quant à elle confirmé le déploiement de soldats à Sébastopol, en Crimée, ajoutant que le déploiement des troupes en Ukraine a débuté le 23 février.

La Russie a également confirmé qu’un grand navire de débarquement, le Nikolay Filchenkov, de la flotte de la mer Noire de la Fédération de Russie basée à Temryuk (Russie), a envoyé plusieurs centaines d’hommes. Selon le site Internet de la Marine.Le Filchenkov a également livré dix BTR-80 et 80 véhicules blindés.

Quatre « Iliouchine Il-76 » ont assuré les transports aériens depuis une base aérienne près de Moscou, dont notamment le transport de forces spéciales aéroportées pour la ville d’Anapa, au bord de la mer Noire. Six hélicoptères de transport Mil MI-8 ont également été envoyés.

Selon le journal russe Izvestia, quatre navires de la ville russe de Kubinka, avec à leur bord un régiment de troupes spéciales, auraient pris la mer, direction Sébastopol.

– Toute intervention militaire russe injustifiée selon Cameron

Le Premier ministre britannique David Cameron a quant à lui déclaré samedi qu’il avait déclaré la veille à Vladimir Poutien qu’il ne « pouvait y avoir de justification à une intervention militaire extérieure en Ukraine ». Ajoutant : « chacun doit réfléchir soigneusement avant d’agir et travailler pour réduire les tensions et non les aggraver ».

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague avait préalablement condamné la décision du parlement russe d’autoriser une action militaire et indiqué qu’il avait convoqué l’ambassadeur russe pour lui communiquer sa préoccupation.

– Obama menace à demi mot Moscou de représailles en cas d’intervention

Barack Obama s’est déclaré quant à lui profondément inquiet à la suite d’informations faisant état de mouvements de troupes russes en Ukraine, après avoir mis en garde Moscou la veille contre toute intervention militaire en Ukraine.

« Les Etats-Unis seront solidaires de la communauté internationale pour souligner qu’il y aura un coût à toute intervention militaire en Ukraine », a par ailleurs mis en garde le Président américain.
Selon un haut responsable américain, Barack Obama pourrait renoncer à participer au sommet du G8 prévu en juin à Sotchi en raison de la gravité de la situation.

– Tarif du gaz contre maintien d’une base russe à Sébastopol

Rappelons enfin que c’est en avril 2010, après des élections ukrainiennes adoucissant des relations préalablement tendues entre la Russie et l’Ukraine, que Moscou avait accepté de mettre de l’eau dans son vin en ce qui concerne le tarif du gazen vue de préserver son implantation militaire – on ne peut plus stratégique – en Crimée. Laquelle Crimée est une république autonome au sein de la république d’Ukraine.

Dmitri Medvedev, alors Président russe et son homologue ukrainien d’alors, Viktor Ianoukovitch, avaient annoncé le maintien après 2017 de la base navale russe implantée en Ukraine, en échange d’une réduction de 30% sur le prix du gaz facturé à Kiev.

Le président russe avait par ailleurs annoncé que ses » partenaires ukrainiens » allaient « recevoir un rabais sur le prix du gaz ». La remise accordée sera de 100 dollars pour un prix fixé à 330 dollars/1.000 mètres cubes. En cas de prix inférieur à ce montant, la facture sera allégée de 30% avait tenu à préciser D.Medvedev, à l’issue de négociations avec M. Ianoukovitch.

En vue de limiter les éventuelles protestations des autres clients de la Russie, l’homme fort du Kremlin avait ajouté que la réduction serait considérée « comme une partie du loyer de la base militaire à Sébastopol ».

Précisons par ailleurs que ce délai de 2017 avait quant à lui été fixé en 1997 – soit donc pour une durée de vingt ans – moyennant le versement par l’armée russe, à la ville de Sébastopol, d’une rente annuelle de 100 millions de dollars (74 millions d’euros).

Rappelons enfin que durant le conflit qui a opposé en 2009, la Russie et la Géorgie, la base russe de Sébastopol s’était révélée stratégique, permettant à Moscou d’envoyer un croiseur en mer Noire afin de contrecarrer des manœuvres de l’Otan.

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com  – 01 mars 2014


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