Mali : 2 journalistes de RFI enlevés et tués après la libération d’otages au Niger, stratégie du chaos ?

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La « trêve » n’aura duré que peu de jours … Alors que 4 salariés d’Areva pris en otages depuis de nombreux mois ont été libérés cette semaine, deux journalistes de RFI ont été enlevés samedi par un commando au Nord du Mali, à Kidal. Evènements qui laissent sous entendre – s’il en était besoin – que les dossiers concernant Niger et Mali et Sahel dans son ensemble sont fortement liés, nous y reviendrons. Une forte odeur de pétrole et la présence d’uranium étant susceptibles d’agir grandement sur la donne.

Selon une source gouvernementale malienne, les deux journalistes – Ghislaine Dupont et Claude Verlon – ont été enlevés sur la route de Tin Essalit au Nord, alors qu’ils venaient de quitter le domicile d’un membre du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), une organisation politique et militaire touarègue du Nord-Mali.

Selon le gouverneur Adama Kamissoko, les otages auraient été enlevés par quatre hommes à bord d’une Toyota à Kidal-ville, sans qu’aucune revendication n’ait eu lieu à l’heure actuelle. Pour l’heure, l’enlèvement n’a pas été revendiqué. Le Journal du Mali indique pour sa part qu’un hélicoptère de la force Serval aurait décollé pour suivre leur trace.

Le ministère français des Affaires étrangères tient toutefois à préciser qu’il procède actuellement à des vérifications de ces informations.

Les deux journalistes se trouvaient en reportage pour l’opération spéciale de RFI au Mali qui doit se dérouler du 6 au 7 novembre. Ils s’étaient d’ores et déjà rendus à Kidal pour suivre le premier tour de l’élection présidentielle qui s’est tenu récemment dans le pays.

Rappelons par ailleurs qu’en février 2013, soit quelques jours après l’attaque d’In  Amenas en Algérie,  le groupe  public énergétique  algérien Sonatrach  avait annoncé  qu’il allait suspendre les opérations d’exploration pétrolière au niveau du bassin de Taoudeni, au nord du Mali. Raisons  invoquées : la détérioration des conditions de sécurité dans la zone.

Une  information loin d’être anodine alors que ledit bassin contient des gisements attisant les convoitises, lesquels sont répartis sur les territoires  de la Mauritanie, du Mali et de l’Algérie. La situation qui prévaut actuellement dans  la région du Sahel actuelle pouvant ainsii être fortement liée aux  richesses pétrolières dont elle est dotée.

De quoi mettre le feu aux poudres, voire inciter certains gouvernements et lobbies pétroliers et militaires à mettre en œuvre une véritable  stratégie du chaos,  permettant  notamment de justifier l’implantation  d’une base militaire US dans la région du Sahel, et  plus  particulièrement  au Niger avec l’Africom. Ce qui est désormais chose faite.

La presse algérienne rappelait parallèlement que  depuis 2007, l’Algérie   avait du faire face  à une rude concurrence avec des compagnies internationales pour la prospection pétrolière dans le bassin de Taoudeni, tel  le français Total  mais  également Woodside, Dana, IPG, le chinois CNPCIM, l’espagnol Repsol, l’égyptien Foxoil.

Si en 2006, le groupe  pétrolier  ENI avait pu acquérir cinq licences en partenariat avec la société publique algérienne Sonatrach  dans la zone, un porte-parole  du  groupe a récemment  indiqué  que la société italienne avait rendu ses licences.

Raisons  invoquées  par ENI : « le très faible potentiel de la région  ». Tout en précisant que  les licences avaient été rendues avant le début de l’opération militaire française Serval.

Reste que la revue Africa  Energy Intelligence  annonçait quant à elle  le 8 janvier  dernier,  que le le 18 décembre 2012, soit trois jours après sa reconduction au gouvernement, le ministre malien des mines Amadou Baba Sy avait signé un décret stipulant la reprise par l’Etat malien du bloc 4 jusqu’alors opéré par  ENI  et Sipex (Sonatrach).

Rappelons également que la carte d’implantation d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique) au Sahel correspond à tout point à celle du bassin de Taoudeni  …. alors  que les récentes découvertes de richesses minières contenues dans cette zone provoquent depuis quelques mois un vif intérêt pour cette région.

Jean François Arrighi de Casanova, directeur Afrique du Nord de Total avait ainsi fait état d’immenses découvertes gazières dans le secteur, freinant la progression du puits vers la zone pétrolière, en Mauritanie et le conduisant même à parler « d’un nouvel Eldorado».

En février 2011, la presse algérienne indiquait que le groupe français Total et le groupe énergétique national algérien Sonatrach avaient dans leurs besaces plusieurs projets au Sahel. L’essentiel semblant être pour les deux groupes de « rafler » le plus de projets possibles, au Mali et au Niger.

Rappelons parallèlement qu’à trois mois de l’élection présidentielle au Mali, le gouvernement, déjà confronté aux enlèvements d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et à la menace d’une crise alimentaire, avait dû faire face à une nouvelle rébellion touareg puis à un coup d’état.

Ces attaques étant alors les premières de ce type depuis un accord ayant mis fin à la rébellion mais également depuis le retour de Libye de centaines d’hommes armés ayant combattu aux côtés des forces du leader libyen Mouammar Kadhafi.

En avril 2011, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton s’était prononcée quant à elle en faveur d’une aide de 25 millions de dollars pour les rebelles libyens. Aide qui n’inclurait pas la fourniture d’armes … si l’on en croyait ses propos.

Des subsides destinées à permettre aux rebelles de lutter contre les mercenaires de Kadhafi. Ces derniers étant en grande partie des milliers de jeunes Touareg, recrutés pour apporter leur soutien au dirigeant libyen, selon la presse.

Une situation qui inquiétait d’ores et déjà grandement le Mali, lequel redoutait dès cette période des répercussions dans la région, et plus particulièrement au Sahel, tout juste identifié – hasard de calendrier ? – comme un nouvel eldorado pétrolier.

Précisons que ces populations nomades originaires du Mali, du Niger, et de l’Algérie ont, depuis les années 80, trouvé refuge auprès de l’ex dirigeant libyen lui promettant de sécuriser le Sud-Soudan, en échange de sa protection.

«Nous sommes à plus d’un titre très inquiets. Ces jeunes sont en train de monter massivement (en Libye). C’est très dangereux pour nous, que Kadhafi résiste ou qu’il tombe, il y aura un impact dans notre région », avait ainsi déclaré Abdou Salam Ag Assalat, président de l’Assemblée régionale de Kidal (Mali). « Tout ça me fait peur, vraiment, car un jour ils vont revenir avec les mêmes armes pour déstabiliser le Sahel » avait-t-il ajouté.

Situation d’autant plus inquiétante que Mouammar Kadhafi aurait pu être également tenté – la manne pétrolière aidant – de recruter auprès des jeunes Touaregs du Mali et du Niger, avais-je alors indiqué.

A Bamako et à Niamey, des élus et des responsables politiques craignaient d’ores et déjà à l’époque que la chute de Kadhafi provoque un reflux massif de réfugiés touaregs dans une région du Sahel déjà très fragile, une situation qui pourrait conduire à une déstabilisation de la région … redoutaient-ils alors.

 Sources : presse  algérienne, Africa Energy Intelligence, Reuters, Jeune Afrique

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 02 novembre 2013

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