Manipulation des cours d’aluminium : la Fed tente de freiner Goldman Sachs

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Les régulateurs américains tentent de limiter les actions des banques dans le secteur des matières premières, de sulfureuses sociétés comme Goldman Sachs et Morgan Stanley ayant été suspectées d’avoir manipulé les cours, notamment les prix des métaux. Nuisant ainsi grandement à l’industrie.

Dans un rapport au Congrès publié cette semaine, la Réserve fédérale (FED) suggère désormais que des dispositions soient prises pour que les banques ne puissent plus physiquement faire des investissements dans les matières premières.

L’OCC (Office of the Comptroller of the Currency) a pour sa part proposé d’interdire aux banques « d’échanger et d’investir dans les métaux industriels ou commerciaux », notamment dans le cuivre ou l’aluminium.

Le cas échéant, cette nouvelle disposition aurait pour effet d’éliminer une dérogation antérieure qui permettait notamment à Goldman Sachs et à Morgan Stanley de stocker, d’échanger et de transporter ces matières premières.

Si certes, la profession bancaire ne dispose que de 60 jours pour répondre à la suggestion de la Fed, reste qu’elle ne pourra pas se prévaloir d’un quelconque effet de surprise, ce rapport et ces initiatives des autorités de régulations ayant été commandés par la loi de réforme de Wall Street Dodd-Frank, adoptée en 2010.

Notons que fin 2014, de grandes banques, comme JPMorgan ou Morgan Stanley, se sont déjà défaites d’une grande partie de leurs activités dans les matières premières, notamment dans le courtage pétrolier. Ces banques d’affaires, ainsi que Goldman Sachs, ont été notamment accusées par le Congrès d’avoir « potentiellement » manipulé les prix des matières premières, particulièrement ceux de l’aluminium.

En juillet 2013, une commission sénatoriale américaine  s’était ainsi penché sur les pratiques douteuses de Goldman Sachs et de quelques autres acteurs du marché de l’aluminium. Les élus cherchaient alors à savoir si la banque faisait artificiellement monter les prix de cette matière première en vue d’étendre ses profits.

C’est ce que soutenait MillerCoors, l’un des plus importants producteurs de canettes de bière aux États-Unis, ainsi que Coca-Cola ou encore Pepsi. L’un des cadres de MillerCoors avait  affirmé à la commission sénatoriale que les manipulations de Goldman Sachs, et dans une moindre mesure d’autres banques comme JPMorgan et Morgan Stanley, avaient coûté trois milliards de dollars en 2012 aux entreprises pour lesquelles l’aluminium constitue une matière première de tout premier ordre dans leur processus de production. Le surplus du prix d’achat étant répercuté au final sur le prix du Coca-Cola et des autres boissons.

Une enquête publiée dans le « New York Times » indiquait parallèlement que “près d’un quart des réserves d’aluminium disponibles sur le marché étaient stockées” à Détroit. En effet, depuis que Goldman Sachs a acquis, en 2010, Metro International Trade Services, une société qui gère la plupart des entrepôts d’aluminium de la ville, les délais de livraison du métal s’étaient alors considérablement rallongés.

“Nous devons parfois attendre 18 mois pour être livrés” au lieu de 6 semaines précédemment, se plaignait ainsi MillerCoors devant la commission sénatoriale. Or, dans l’intervalle de temps, les propriétaires de l’aluminium devaient payer un loyer quotidien aux propriétaires des entrepôts, c’est-à-dire à Goldman Sachs et quelques autres. Mieux encore, le rallongement des délais rendait de facto le métal plus rare, faisant monter son prix sur les marchés.

La banque d’investissements exploite ainsi une faille de la réglementation du London Metal Exchange (LME). Si les textes imposent certes aux propriétaires des entrepôts de faire sortir un tonnage minimum d’aluminium par jour, ils ne précisent pas quels doivent en être les destinataires. Or, Metro International se les livre donc, en grande partie, à elle-même. “C’est une valse quotidienne de camions qui transportent des barres d’aluminium d’un entrepôt à l’autre”, avait alors constaté le « New York Times », Goldman Sachs contestant néanmoins ces accusations.

Confrontés depuis 2010 au rallongement des délais, les fabricants de canettes et les autres acheteurs d’aluminium s’étaient déjà tournés en 2011 vers le LME. La réponse de ce dernier ne les avait pas satisfaits, puisqu’il s’était borné à augmenter le tonnage minimum devant sortir tous les jours des entrepôts de 1 500 à 3 000. Ne changeant rien à la pratique elle-même. Il est vrai que comme la plupart des Bourses de matières premières, les règles sont établies par le comité directeur composé, entre autres, de représentants des plus grandes banques… dont Goldman Sachs.

Néanmoins, après avoir racheté le LME , en 2012, la Bourse de Hong Kong  avait promis de s’attaquer aux problèmes des files d’attente dans les entrepôts … tout en percevant 1% des loyers payés aux propriétaires des entrepôts.

Sources : AFP, France24, New-York Times

Elisabeth Studer – 10 septembre 2016 – www.leblogfinance.com

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