Marque de luxe italienne cherche Français, riche de préférence

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Le groupe PPR vient de s’offrir, après des années de négociations, l’une des plus belles pépites de la joaillerie italienne, le groupe Pomellato. La bataille a été rude, d’une part parce qu’il y avait des concurrents sur les rangs (Prada, Diesel) et d’autres part parce que cette société milanaise est détenue par deux familles, les Rabolini, largement majoritaires, et les Damiani, qui ne sont pas d’accord sur l’avenir capitalistique de leur marque.

PPR n’en est pas à son premier achat en Italie. Le groupe français est sans doute aujourd’hui le groupe de luxe qui détient le plus de griffes italiennes avec Gucci, Bottega Veneta, Brioni ou encore Sergio Rossi et maintenant Pomellato. Mais LVMH n’est pas en reste avec Fendi, Emilio Pucci et Bulgari.

La presse italienne vent debout contre les emplettes des deux géants français

Cela fait longtemps que les groupes de luxe français, plus structurés que les italiens, ont commencé à faire leur marché de l’autre côté des Alpes, provoquant parfois des réactions protectionnistes de la presse italienne mécontente de voir une partie de leur patrimoine tomber dans les mains de groupes étrangers. Mais à chaque fois, PPR comme LVMH ont pu démontrer à leurs interlocuteurs à quel point ils respectaient l’italianité des marques rachetées.

Ces opérations en cascade laissent-elles encore des opportunités? Combien restent-ils de marques de luxe italiennes indépendantes, susceptible d’être rachetées? « Beaucoup plus qu’en France », répond le banquier François Arpels, de la banque Bryan Garnier & Co. Et l’expert d’en dresser une liste non exhaustive. En joaillerie, « deux marques indépendantes subsistent, Buccellati et Vhernier », assure ainsi François Arpels.

Ce « prince des orfèvres » finira tôt ou tard dans l’escarcelle d’un géant

Buccellati est regardé de près par tous les groupes de luxe dans le monde. Fondé à Milan en 1919, ce « prince des orfèvres » est connu pour avoir appliqué à la joaillerie les techniques de l’orfèvrerie, notamment en travaillant l’or comme de la dentelle. Mais ce groupe familial vient d’accepter un actionnaire extérieur dans son capital. Le mois dernier, le fonds d’investissement italien Clessidra SGR, dirigé par Claudio Sposito, a racheté les parts du fils du fondateur de l’entreprise, Gianmario Buccellati et celles de sa dernière épouse Rose. Les trois enfants et leurs cousins conservent le solde, soit 37%.

Clessidra accompagnera cette marque dans son développement international et notamment dans l’expansion de son réseau de boutiques, qui ne comprend que cinq magasins en propre dans le monde. « Mais le fonds n’a pas vocation à rester ad vitam aeternam au capital de Buccellati, tôt ou tard, des groupes s’en empareront », décrypte François Arpels. Plus jeune, plus petit mais plus contemporain Vhernier est entre les mains de l’homme d’affaires italien Carlo Traglio. Cette marque qui dispose d’une boutique à Paris, rue Saint Honoré, s’est vu confié par Hermès la réalisation de sa ligne Centaure.

Les Versace se laisseront-ils tenter par un gros chèque ?

Mais c’est dans la mode que les marques indépendantes sont encore les plus nombreuses. A commencer par la marque Versace, toujours dans les mains de la famille mais peut-être plus pour très longtemps. Cette marque fondée en 1978 réalisait en 2012 un chiffre d’affaires de 409 millions d’euros (+20%) et un résultat opérationnel de 46 millions valorisant la société autour de 700 millions d’euros. Depuis l’assassinat du fondateur de la maison en 1997, le capital est réparti entre sa sœur Donatella (20%), son frère Santo (30%) et sa nièce Allegra (50%). D’après Reuters, la famille serait prête à ouvrir son capital. Une réflexion est en cours. « La famille est consciente que nous devons maintenant financer notre croissance », a révélé Gian Giacomo, le gérant de Versace.

Introduction en bourse, rapprochement avec un spécialiste du luxe, les options sont ouvertes. Parmi les marques indépendantes, il faut encore citer la très discrète Dolce & Gabbana, qui ne publie pas ses comptes. Le groupe Costume National est toujours la propriété des deux frères fondateurs, Ennio et Carlo Capasa qui ont créé cette marque de prêt-à-porter haut de gamme masculine et féminine, à Milan, en 1986. La banque Sequedge a néanmoins pris 17% du capital en 2010, avec une option pour monter à 34% fin 2011.

Convaincre les Zegna et les Piana sera plus difficile

Le groupe Zegna, leader mondial du prêt-à-porter de luxe masculin est toujours contrôlé à 100% par la famille. C’est aujourd’hui la quatrième génération qui est aux commandes de ce mastodonte aux 550 boutiques et qui flirte désormais avec le milliard d’euros de chiffre d’affaires.

De même, le groupe de luxe Loro Piana, est aussi entre les mains de la même famille depuis six générations. « Comme Zegna, Lora Piana est une marque très recherchée par les groupes de luxe car elle dispose non seulement d’un produit de qualité mais aussi d’un savoir-faire unique dans le tissage et contrôle finalement tout le processus, de la fabrication à la commercialisation du produit final », note François Arpels. Mais pour l’heure la famille a toujours repoussé les avances des grands groupes.

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